LA. FORMATION DU SÉNAT
Le Sénat , composé originairement de cent membres , a été augmenté à deux reprises pour arriver à Feffectif de trois cents. Tous les historiens sont d'accord là-dessus. Mais ils cessent de Têtre dès qu'il s'agit de mesurer l'importance et de fixer la date de ces deux augmentations successives. S'ils sont unanimes pour reporter la seconde à l'élévation des familles nouvelles , ils attribuent cette élévation les uns à Tarquin l'Ancien, les autres aux deux premiers consuls Valérius et Brutus. Ils ne diffèrent pas moins sur le nombre des sénateurs ainsi introduits dans la curie, les uns l'évaluant à cent , les autres h cent cinquante. Pour le premier accroissement , ils le font remonter tantôt à l'annexion des Sabins, tantôt à celle des Albains, et tantôt ce sont cinquante nouveaux sénateurs, tantôt cent qui viennent s'ajouter aux anciens.
M. Belot a montré que ces divergences ne sont point dues au caprice. Les hommes qui se sont proposé de décrire le développement des institutions sous les rois se sont trouvés en présence d'une conclusion donnée d'avance et de certaines traditions qu'il ne leur était pas permis d'écarter, bien qu'elles ne parussent s'accorder ni entre elles ni avec cette conclusion même dont elles étaient les éléments nécessaires et , pour ainsi dire, les facteurs. Dans ces conditions , chacun a construit son système à sa guise, n'ayant d'autre souci que d'aboutir, au moyen de combinaisons diverses , mais équivalentes, à un but commun (1).
La tradition du double accroissement du Sénat est la première à considérer , car elle domine toutes les autres et les ordonne sous une même pensée. Et plus les historiens ont pris de peine pour y conformer la suite de leur récit , mieux ils en établissent l'autorité.
Ils racontaient tous que Rome naissante s'était agrandie d'abord par l'annexion des Sabins , puis par celle des Albains. Quoi de plus simple que de faire coïncider avec ces deux accroissements de la ville les deux accroissements du Sénat? Mais si le Sénat avait été augmenté pour la dernière fois sous Tarquin , il n'y avait plus de place antérieurement que pour une première augmentation, et, entre les Sabins et les Albains, il fallait choisir. Aussi Tite-Live , qui admet les seconds , n'a-t-il pu faire autrement que d'exclure, contre toute vraisemblance, les premiers. Denys procède en sens inverse, non sans éprouver quelques scrupules. Tullus Hostilius promet aux Albains de les rece-
(l) Cheval rom., I, p. 109 et 117, — V. p. 95-124.
voir dans le Sénat, mais en vain (j). La raison d'arithmétique est la plus forte.
Ce n'est pas tout, et le problème réduit à ces termes est loin d'apparaître dans sa complexité. La tradition du double accroissement du Sénat ne le présente que sous un de ses aspects. Pour Tembrasser tout entier, il faut placer les accroissements du corps sénatorial à côté de ceux du corps équestre.
IV. — La formation des centuries équestres. — Du rapport établi par les historiens anciens entre la formation du Sénat et celle des centuries (2). — L'entrée successive des trois tributs dans les corps sacerdotaux et le Sénat.
Sur ces derniers , les seuls textes sont ceux de Tite-Live et de Cicéron. Denys n'avait ni une connaissance assez exacte ni surtout un sens assez profond des choses romaines pour saisir l'importance du développement de la chevalerie. Il mentionne la création des trois premières centuries par Romulus (3). Mais pour ne voir dans celles-ci qu'une garde du roi, il est amené à imaginer une cavalerie distincte dont il n'évalue pas la force à moins de mille chevaux (4). Il est vrai qu'il compte à la mort de Romulus quarante-six mille fantassins (5). Il n'est pas surprenant qu'avec ce point de départ l'histoire dès centuries lui échappe.
On ne saurait demander à Plutarque un système dont la nécessité ne s'imposait pas à son histoire fragmentaire. Constatons seulement qu'il rapporte à l'introduction des Sabins le premier accroissement des centuries (6) que Tite-Live recule jusqu'à celle des Albains.
Quand Romulus , dit Tite-Live, se fut réconcilié avec Tatius , il partagea le peuple en trente curies , et , en même temps , il leva trois centuries de cavaliers : les Ramnenses , les Titienses , les Luceres (7). Plus loin : Quand TuUus Hostilius eut fait entrer les Albains dans la cité , il créa dix turmes de cavaliers choisis parmi les nouveaux venus (8). On a vu que la turme était un es-
(2) V. Belot, Cheval rom,y I, p. 95-110.
(5) Ibid.
(6) Rom.t 20.