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LES PATRICIENS DANS LES SIX CENTURIES

dans les turmes ? Ou bien y avait-il des centnries pour les patriciens et des centuries pour les plébéiens ? C'est une autre question qu'il faut examiner.

Tite-Live, parlant de l'institution des douze centuries, dit que Servius y inscrivit les premiers citoyens : tf Equitum ex primoribus civitatis duodecim scripsit centurias (1). » Plus loin , il raconte que Brutus , après la chute de la royauté , fit entrer au Sénat les personnages les plus distingués de Tordre équestre. « Primoribus equestris gradus lectis. » « On ne saurait croire, » ajoute-t-il , a combien cette rhesure contribua à assurer la concorde dans l'Etat et à attacher la plèbe aux sénateurs (2). » Les personnages les plus distingués de l'ordre équestre étaient donc, dans la pensée de Tite-Live, des plébéiens. Du rapprochement de ces deux textes , il semble qu'on peut tirer une conclusion double. Il y avait des chevaliei's plébéiens dans les six centuries, et il y avait des patriciens dans les douze autres. En efîet, d'un côté, les premiers citoyens dont il est question dans le premier texte ne pouvaient être que des patriciens , et de Tautre, les plus nobles chevaliers dont il s'agit dans le second ne pouvaient être que ceux des six centuries (3). Mais cette conclusion renferme une erreur dont une réflexion plus attentive fait justice.

Il faut toujours, avec Tite-Live, prendre garde aux anachronismes d'expression. Ces mots : « primoribus equestris gradus lectis, » en sont un. Il n'y avait pas alors, et il n'y eat pas de longtemps encore d'ordre équestre distinct de Tordre sénatorial. C'est une forme de langage empruntée à des institutions de beaucoup postérieures. Mais Tite-Live la reproduit avec le sens qu'y attaichent ses contemporains. Quand on disait d'un citoyen, au temps de Tite-Live et déjà auparavant, qu'il appartenait à Tordre équestre, on voulaitMire qu'il n'était pas sénateur, ni fils de sénateur. Transportons cette manière de parler à une époque où le Sénat était exclusivement patricien. On ne pourra entendre ce terme d'ordre équestre que dans un sens exclusif du patriciat. Les « personnages les plus distingués de Tordre équestre » pouvaient donc justifier leur titre sans appartenir aux centuries patriciennes, sll y en avait.

Le texte relatif à l'institution des douze centuries est plus difficile à expliquer dans l'hypothèse où ces centuries étaient plé-

(3) Cest rinterprétation de M. Fustel , Cité antique , I. IV, c. 5.

béiennes. Il est clair que, dans ce cas, il manque tout au moins de précision. Peut-être faut-il en imputer la cause au trouble apporté dans les idées des historiens par la révolution qui fit passer les douze centuries au premier rang dans les comices. On a vu que le texte en question n'est pas sans se ressentir de cette confusion (1). Mais dans quelque sens qu'on Tinterprète, — et il n'est pas assez positif pour qu'on l'interprète dans un sens plutôt que dans l'autre, — il ne saurait prévaloir contre la logique de la constitution romaine.

Si les six centuries n'étaient pas réservées au patriciat , on ne voit pas à quoi les douze autres servaient. Les six sufiBsaient. De Romulus à Tarquin , elles n'avaient cessé d'élargir leurs cadres au fur et à mesure qu'il en était besoin. Rien n'empêchait qu'il en fût de même sous Servius , quand il s'agit de renforcer une dernière fois la cavalerie légionnaire. Comment donc se fait-il qu'on ait rompu tout à coup avec le système suivi jusqu'alors? Ce n'était pas pour des raisons d'ordre militaire, puisqu'il importait peu, pour le recrutement , que les deux mille quatre cents chevaliers fussent répartis dans six centuries ou dans dix-huit. C'était donc pour une raison purement politique ; et cette raison , quelle peut-elle être, sinon que les nouveaux chevaliers étaient plébéiens? Placées sous l'invocation et marquées du sceau de la religion nationale, les six centuries ne pouvaient admettre que des hommes admis eux-mêmes à la communauté de cette religion. Pour avoir une chevalerie plébéienne, il fallait donc créer, à côté des centuries anciennes, des centuries nouvelles d'un caractère moins exclusif. Ainsi les chevaliers patriciens et les plébéiens se confondaient à l'armée; mais dans la cité, ils restaient séparés en principe.

En principe, car en fait, si les plébéiens étaient exclus des centuries anciennes, les patriciens ne l'étaient point des nouvelles. Inscrits sur les rôles de l'infanterie quand ils étaient pauvres (2), ou simplement quand le corps équestre était au complet (3), à plus forte raison pouvaient-ils être rejetés dans les douze centuries; mais cela n'arrivait sans doute qu'au cas où le nombre des postulants pour les six se trouvait supérieur à celui des places disponibles. M. Belot cite un passage de Denys, où Valerius se plaint des sénateurs irrités contre lui parce qu'il avait ajouté à

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