LES LÉSIONS URBAINES
indication insuffisante de Polybe : « Autrefois , les tribuns militaires choisissaient les cavaliers avant les deux mille quatre cents fantassins de la légion. Mais aujourd'hui ils les choisissent après, le censeur en ayant fait un premier choix fondé sur Testimation des fortunes (1). » Ces derniers mots ne peuvent s'appliquer qu'à l'institution de la cavalerie dite equo privato. C'est depuis cette époque, en effet, qu'il suffit, pour être inscrit sur les rôles de la cavalerie , de l'être sur ceux de la première classe du cens. Auparavant , ce n'était pas assez d'être riche : Il fallait de plus être jugé digne de Vequus pMicm. On se demandera comment cette réforme eut pour effet de faire intervertir l'ordre du recrutement. C'est sans doute que la levée des fantassins et des cavaliers , se présentant dorénavant dans des conditions semblables , il parut conforme à la dignité de cette deuxième arme de la faire passer la première. Les cavaliers étaient tirés de la première classe du cens; les fantassins des classes inférieures, mais, sauf cette différence , les choses se passaient de même : les uns comme les autres comparaissaient par tribus, et ne représentaient enrôlés qu'une faible partie des hommes disponibles. Les calculs les plus modérés établissent qu'il n'y avait pas à la date de 536 u. c. = 218 , c'est-à dire peu avant Polybe , moins de dix mille citoyens obligés à servir à cheval (2). II n'en était pas ainsi du temps où il n'y avait pas d'autre cavalerie que celle des chevaliers equo publico. Us comparaissaient au nombre de deux mille quatre cents, rangés , non par tribus , mais par centuries , et ce n'étaient pas quelques-uns, mais tous qui étaient appelés. Non pas qu'un enrôlement ne fût pas nécessaire ; on vient de voir qu'il n'y avait pas moyen de s'en passer. Seulement l'opération était très simple , et l'on [comprend qu'elle fût réservée pour la fin , le gros du travail étant fait ; car au lieu de trier sur une grande masse les hommes propres au service , il n'y avait qu'à prendre ceux qui se présentaient tout prêts à entrer en campagne, par cela même qu'ils figuraient dans les centuries. Il ne restait plus qu'à les partager en deux groupes de douze cents , l'un pour les légions actives, l'autre pour les légions de réserve, chaque groupe devant être lui-même partagé en quatre sections de trois cents, et chaque section de trois cents en dix sections de trente. Quant à supposer que les douze cents premiers étaient fournis obligatoirement par les douze centuries , sous prétexte qu'elles avaient une
(i) VI, 20.
(2) Belot, Cheval, rom,, I, p. 179.
destination plus exclusivement militaire (1), c*est une opinion qui ne paraît fondée sur rien. Tite-Live ne dit cela ni directement, ni indirectement. S'il mentionne la création des douze centuries par Servius TuUius , immédiatement après avoir décrit les réformes introduites par ce roi dans l'organisation militaire (2), c'est que les douze centuries faisaient elles-mêmes partie intégrante de ces réformes; mais il ne s'ensuit pas que les six anciennes ne fussent pas attachées à l'armée au môme titre. Si ces dernières se présentent revêtues d'un caractère religieux qui manque aux autres, cela tient à ce qu'elles représentaient la cité sainte du patriciat ; mais ces centuries religieuses pouvaient être en même temps des centuries militaires. Quelle apparence d'ailleurs que la plus brillante moitié du corps équestre ait été tenue loin du champ de bataille ! Il est donc certain que les chevaliers des centuries nouvelles étaient mêlés à ceux des anciennes dans les turmos des légions actives , comme les chevaliers des anciennes l'étaient à ceux des nouvelles dans les turmes des légions de réserve.
Par là s'explique ^ans aucun effort l'opposition signalée par M. Belot entre l'esprit politique de la cavalerie et celui de Tinfanterie. Elle éclate, d'après Tite-Live, en 273 u. c. = 481, dans une bataille où l'infanterie refusa* de pousser un avantage remporté par la cavalerie sous le commandement d'un consul impopulaire (3). « Ne faut-il pas supposer, » dit M. Belot, « qu'à l'orgueil du rang qui déjà rapprochait du patriciat les chefs de la plèbe se joignait, pour maintenir les cavaliers légionnaires dans le devoir, la présence d'un certain nombre de patriciens (4) ? » Sans doute. Mais pourquoi supposer en outre que ces patriciens avaient demandé à figurer dans les douze centuries parce que c'était le seul moyen pour eux de prendre leur part des guerres (5) ? Leur présence dans les turmes était la conséquence du mode de recrutement de la cavalerie.
IV. — Les six centuries sénatoriales. — Si elles étaient patriciennes
et jusques à quand elles le restèrent.
Les deux ordres étaient-ils mêlés dans les centuries comme
(1) Belot, Cheval, rom.^ I, p. 140, Ui.
(4) Cheval, rom», I , p. 172.