V. — De l'inscription des sénateurs dans les six centuries
sénatoriales.
On se rappelle qu'il existait encore au temps de Scipion Emilien (2). C'est plus tard seulement que se produisit, dans la composition des six centuries, un changement qui, jusqu'à un certain point, les détacha du Sénat : les sénateurs cessèrent d'en faire partie.
Mais ici une question préjudicielle se pose à nous. Avant d'examiner comment les sénateurs sont sortis des six centuries, on voudrait savoir depuis quand ils furent autorisés à y rester. Le droit de garder le cheval public a-t-il été reconnu , dès le principe ou plus tard, au chevalier admis dans le Sénat? Et, si c'est plus tard, quelle est la date de cette innovation? Quels en sont les motifs ?
Lorsque les deux censeurs, M. Livius Salinator et C. Claudius Nero (550 u. c. = 204), donnèrent à Rome le scandaleux spectacle de leurs dissensions, ils commencèrent par s'exclure l'un l'autre
(1) Denys, VI, 44. Belot, Cheval, rom., I, p. 173.
des centuries équestres pour se reléguer au rang des aêrarii (1). Deux siècles plus tôt environ, en 320 u. c. = 434, quand les censeurs voulurent frapper l'ancien dictateur Mamercus iEmilius, ils se bornèrent à lui infliger, cette deuxième pénalité en raccompagnant de Texpulsion de la tribu ; mais de la première , il n'en est pas question (2). Il est vrai que la seconde suppose la première dont elle n'est qu'une aggravation (3) ; mais les auteurs ne manquent pas d'ordinaire de les mentionner toutes deux (4) , quand elles sont associées , de manière à mieux marquer par l'analyse les effets de la sévérité censoriale. Si donc ils ne rappellent pas que Mamercus ait été obligé de restituer le cheval public, on est en droit de conclure qu'il ne l'avait plus.
Ainsi voilà un dictateur de l'an 320 u. c. =^ 434 qui ne fait plus partie du corps équestre. U est facile d'en voir les raisons. On remarquera tout d'abord que les chevaliers ne se divisent pas, comme les hommes des cinq classes, en centuries de juniores et de seniores. Et la preuve que les centuries équestres étaient essentiellement des centuries dejuniores^ c'est que de tout temps les deux mots « equester ordo » et « juventus » ont été pris l'un pour l'autre (5). Or, on cessait de compter au nombre des juniores après quarante-cinq ans révolus (6). C'était donc à cet âge que les sénateurs devaient être effacés des rôles de la chevalerie , si toutefois l'on n'avait pas établi une exception en leur honneur. Mais cette exception n'est guère vraisemblable pour une époque où le service dans les dix-huit centuries n'était rien moins qu'une sinécure. 11 ne faut pas oublier qu'elles constituaient l'unique cavalerie de l'armée romaine et que l'effectif en était à peine suffisant, si l'on en juge par le mouvement qui se produisit lors du siège de Véies et d'où l'on croit pouvoir dater l'institution de la cavalerie dite equo privato (7). En tout cas il était calculé très justement en vue des huit légions que Rome mettait sur pied durant les premiers siècles (8). Ainsi les sénateurs ne pouvaient continuer de figurer dans les centuries qu'à la condition de placer leurs devoirs militaires plus haut que leurs devoirs civiques , et , comme l'inscrip-
(2) id., IV. 24.
(3) Pseudo-Ascon., in divinat. Orell., 103.
(5) V. les exemples cités par Schwegler, Rom. Gesch.y II, p. 664, n. 1.
(6) "Willems , Droit public , p. 58.
(7) T. L., V, 7. V.Belot, Cheval, rom., I, p. 175, etc.
(8) Ibid., p. 158.