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LES SÉNATEURS DANS LES SIX CENTURIES

tion des seniores suppose, à plus forte raison, celle de leurs collègues plus jeunes, le jour d'une grande guerre la curie se serait trouvée déserte, ou à peu près, en tenant compte de ceux qu'un âge trop avancé aurait décidément fait rayer. On peut imaginer, il est vrai, des chevaliers sénateurs placés hors des rangs, en sus du nombre réclamé par la loi; mais, en admettant que le budget ne fût pas limité à ce chiffre de deux mille quatre cents chevaux fournis parTEtat, on se demandera encore à quoi bon. S'il ne s'agissait que de confier à quelques sénateurs les fonctions de tribun militaire , on ne voit pas que la qualité de chevalier fût indispensable. Quant au commandement en chef, on sait qu'il résultait naturellement de l'exercice de la magistrature consulaire,

La règle, qui ne souffrait pas d'infraction en faveur des sénateurs seniores , devait s'appliquer de même aux autres. C'est assez dire que pour ceux-ci leur dignité ne les dispensait pas des obligations communes à tous les citoyens de leur âge; mais, comme .sans doute ils n'étaient pas très nombreux , leur présence dans les centuries n'entraînait pas les mêmes inconvénients. Qui sait pourtant si ce n'est pas la difficulté de concilier ces devoirs de nature trop diverse qui, à la longue, fit écarter du Sénat quiconque n'avait pas , au préalable , fini son temps sous les drapeaux (1)?

Les choses changèrent quand les chevaliers equo publico , laissant aux hommes de la première classe le service de la cavalerie légionnaire , ne furent plus que la brillante élite d'où le général tirait ses gardes du corps , ses préfets et ses tribuns. Dans ces conditions , il importait peu que le nombre des hommes en mesure de faire campagne fût rigoureusement équivalent à celui des inscrits. On comprend donc qu'à partir de cette époque les chefs de la cité aient pu rester , au delà du terme , dans les centuries. On comprend aussi qu'ils aient tenu à y rester. Us y paradaient à titre honorifique , mais ils prêchaient d'exemple par leur présence. En défilant avec la fleur de la jeunesse romaine dans la cavalcade solennelle des ides de juillet , ils témoignaient qu'ils ne se considéraient pas encore comme quittes envers la patrie. Aussi les voyait-on , les jours de crise, reprendre les armes en volontaires , à l'égal des jeunes gens (2). Toutefois , quelle que fût en

(1) Loi Villia annalis, 574 U, C. = 180.

(2) Tite-Live parle de quatre-vingts sénateurs tués à Cannes : « cum sua voluntate milites in legionibus facti essent » (XXII,. 49). Ces mots semblent dire qu'ils servaient comme simples fantassins, ou, tout au plus, comme sim-

eux la force du sentiment patriotique , ce ne sera pas leur faire tort d*attribuer la plus large part à un mobile moins désintéressé. En gardant leur place dans les six prérogatives , ils y gardaient leur vote, et, par leur vote, ils s*assuraient la direction de l'assemblée centuriate. Mais , pour cela , il fallait d'abord que la réforme militaire de Tan 354 u. c. = 400 eût assigné un autre rôle aux centuries équestres.

A quelle date peut-on constater pour la première fois le maintien de Vequus publicus aux sénateurs? Il est nécessaire ici de revenir sur des textes connus. En Tan 544 u. c. = 210 le consul Laevinus exhorte les anciens magistrats curules à faire don au trésor des ornements d'argent de leurs chevaux (1). Non sans doute que les anciens magistrats curules fussent les seuls en possession du cheval public ; mais ils étaient les seuls dont les chevaux fussent harnachés avec ce luxe. C'est ainsi qu'autrefois ils étaient les seuls qui eussent le droit de se parer de l'anneau d'or. Témoin la fameuse anecdote relative à l'élection de l'affranchi Flavius. On se rappelle qu'à cette occasion Tite-Live montre les nobles déposant leurs anneaux d'or et leurs phalères (2). Ces pbalères dont il est question en cette année 450 u. c. = 304 ne sont autres que ces ornements d'argent dont le consul Laevinus réclame le sacrifice environ un siècle plus tard, en 544 u. c. = 210. Ce n'est donc pas en 544 u. c. = 210, mais en 450 u. c. = 304 qu'il faut placer la première mention de sénateurs inscrits dans les centuries. Pourtant il reste un doute. Car enfin le texte de Tite-Live, — celui qui se rapporte à cette année 450 u. c. = 304 , — n'est pas très explicite. Il ne dit pas si les personnages qui déposent leurs phalères sont les mêmes qui renoncent à Taniieau d'or , en d'autres termes , si ceux-ci ne sont pas les sénateurs nobles avec ou sans leurs fils, et ceux-là les fils des séna- : teujps nobles à l'exclusion de leurs pères. On répondra qu'il faut bien que les sénateurs soient compris d'un côté comme de l'autre, s'il est vrai que leur maintien dans les centuries est une conséquence directe de l'institution de la cavalerie equo privato. Mais il est d'une méthode dangereuse de partir d'une hypothèse pour

pies cavaliers dans les légions. Sans doute ils avaient voulu donner, en raison des circonstances, un plus grand exemple d'abnégation. Mais quand elles étaient moins graves , il est probable que les sénateurs qui partaient comme volontaires ne sortaient pas de l'état-major des chevaliers equo puhlico.

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