LES SÉNATEURS EXCLUS DES SIX CENTURIES
ît. Au reste, on prendra cette hypothèse pour ce qu'elle vaut, aisé de montrer que Ténigme posée par le texte de Gicéron est 'être résolue. Le sera-t-elle jamais? Il est permis d'en douter, qui est certain, c'est qu'au temps où Gicéron écrivait, les 3urs n'étaient plus inscrits parmi les chevaliers. Q. Gicero , ;eant son frère à s'attacher les centuries équestres, ajoute que le ces jeunes gens lui rend la tâche plus facile (1). Ailleurs le des personnages illustres par le nom ou le rang qui , tout itronnant un candidat, ne votent pas pour lui (2). Ge sont joute les sénateurs qui ne mêlent pas leur suffrage à celui itoyens des cinq classes. Plutarque raconte que Pompée, devenu de simple chevalier consul , se présenta devant les censeurs pour leur rendre son cheval. Il était en règle avec la loi , car il avait fait largement ses dix campagnes , et il les avait faites , comme il répondit fièrement aux censeurs, sans autre général que lui-même (3). Gette question qu'ils lui posèrent afin de lui ménager cette répartie triomphante , ils pouvaient s'en dispenser avec ceux qui entraient au Sénat par la voie régulière, puisqu'ils n'y entraient qu'à la condition d'avoir payé leur dette de sang à la patrie. Quant à ceux qui ne sortaient point des centuries par cette porte, ils attendaient, s'ils n'avaient pas fait leurs dix ans de service effectif, qu'ils eussent atteint l'âge où l'on passait parmi les seniores. Ainsi s'explique la mesure prise par Auguste quand il accorda aux hommes de plus de trente-cinq ans, si toutefois ils le désiraient , la faveur de renoncer à Veqiius publicm (4). On a voulu conclure de là que c'était cet âge de trente-cinq ans qui marquait la limite autrefois posée par Servius (5) ; mais , dang ce cas, cette prétendue faveur n'eût été que la reconnaissance d'un droit. La vérité est que la limite d'âge entre les junior es et les se^ niores n'avait jamais cessé d'être fixée à quarante-cinq ans; mais, dans la pratique, au point de vue du recrutement, elle n'allait pas plus loin que trente-cinq. Il fallait, pour la franchir, des circonstances exceptionnelles , comme on en vit pendant la deuxième guerre punique (6). Auguste ne faisait donc qu'appli-
(1) De petit. cotM., 8.
(3) Pomp.f 22. — V. aussi Horace , Ad Pis., 34t .
(4) Suet., Aug., 38.
(5) Belot , Chwal'jrom., 1, p. 378, n. l ; II, p. 320-323. — Cf. Willem», Droit public, p. 58.
(6) T. L.) XXII, 11. — Ce point admis, la théorie exposée par M, Belot ^ II , p. 320.-323 ) est très juste.
quer à la composition des centuries, une règle depuis longtemps en vigueur pour celle de Tarmée. A la même époque il y avait dans les centuries des chevaliers assez âgés pour qu' Auguste les autorisât à figurer à pied dans la cérémonie de la transvec- Ho (1), et c'est même, à ce qu'il semble, cette concession où il se trouva obligé qui le détermina à rendre leur liberté à tous ceux qui avaient dépassé Tâge militaire. M. ^Zumpt voit dans ces chevaliers des préfets et des tribuns légionnaires qui gardaient leur cheval jusqu'à ce qu'ils eussent quitté le service (2). Mais comment ne l'avaient-ils pas quitté déjà, du moment où leurs infirmités les avaient rendus incapables d'en supporter les fatigues? Il est plus probable que la longue interruption des opérations censoriales (3) avait laissé vieillir dans les centuries des hommes qu'Auguste fut étonné d'y rencontrer quand il s'occupa de remettre en honneur l'institution de la chevalerie.
La radiation des sénateurs d'entre les chevaliers, quelles qu'en soient les causes immédiates, était, on peut le dire, inévitable. Elle se rattache à cet ensemble de faits qui amenèrent peu à peu la formation d'une noblesse sénatoriale distincte de la noblesse équestre. Mais c'est sous Auguste seulement , quand l'établissement d'un cens propre aux sénateurs eut définitivement consacré une séparation depuis longtemps préparée , que les fils suivirent les pères, et que les six centuries virent se briser pour toujours le lien qui , depuis l'origine , les avait unies au Sénat. Les six centuries même disparurent avec les douze autres, et le corps équestre , réorganisé sur des bases nouvelles , ne fut plus représenté que par six turmes, d'où le laticlave était exclu (4). Toutefois ce ne fut pas là une rupture absolue avec le passé ; ce fut même , en un certain sens, un retour vers la Rome des premiers jours. Si le Sénat perdait la brillante annexe où il avait cherché pour sa politique , spus le règne de la liberté , un point d'appui devenu inutile, en revanche, le corps équestre, réduit à ses divisions primitives, évoquait plus que jamais le souvenir des six demi-groupes
(1) Suet., L c. — Il semble, d'après ce texte et quelques autres, qu'Auguste a réuni en une seule les deux cérémonies de la recognitio et de la transveetio, V. Belot, ChevaL, I, p. 193 , et II , p. 402.
(2) Ueber die romisch. BiHeff p. 25.
(3) Depuis 685 n. c. = 70 on n'avait pas fait le lustre. V. Borghesi Op, IV, SulV uUima parte ddla série de' cen$orirom€mi, et Mommsen/fles^esto divi Aui/iis<i,p.21-22.
(4) V. notre thèse latine, « De deeretis functofwm magisUrOiium omnmentis, etc»n