‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 53 sur 116 · XXXIX · texte numérisé non relu

XXXIX

(5) Gat. apud Prise, p. 318, 319, edit. Keil., voL 1, fasc. 2. — V. Belot, Cheval, rùm,f I, p. 388.

(6) Suét., Aug,, 38.

(7) Uxs hordearium était renouvelé tous les ans (T. L., I, 43). On ne sait pas si V»8 équestre Tétait . lorsque le cheval était mis hors de service. M. Madvig pense que non. Verfais,, und Verw., I, p. 16D.

même ils eussent été tout entiers à la charge des intéressés,*, qu'était-ce pour des hommes dont la fortune et le luxe commençaient à prendre des proportions gigantesques? Ce léger déboursé pouvait-il entrer en ligne de compte pour les détenteurs du domaine public et les opulents actionnaires des compagnies de publicains?

Les textes invoqués pour montrer combien le cheval public paraissait onéreux ne disent pas ce qu'on veut leur faire dire. Les citoyens qui , durant la deuxième guerre punique , ont reculé devant le service « eqito publico^ » — si tant est qu'il faille lire « equo publico merere^ » et non pas simplement « equo (1), » — ont reculé tout aussi bien devant le service à pied , ainsi qu'il ressort de la suite de la phrase (2). Ce n'est pas la dépense qui leur a fait peur; c'est la bataille. Vingt-trois ans plus tard (568 u. c. := 186), le jeune iSbutius obtient de la générosité du Sénat la même immunité que les réfractaires de la deuxième guerre punique s'étaient indûment arrogée. On décide qu'il sera considéré comme ayant fini son temps sous les drapeaux « ut emerita stipendia essenL » Cette formule pouvait à la rigueur suflire; mais les Romains ne se contentaient pas, dans leurs textes de lois, de formules générales. U était dans leurs habitudes de procéder par analyse , de manière à ne laisser aucune ouverture aux interprétations vicieuses. Or la loi autorisait, en cas de danger suprême, l'appel même des seniores; et bien qu'une mesure de ce genre ne fût plus guère à prévoir , elle restait possible. On ajouta donc qu'iEbutius ne serait point obligé à servir contre son gré, « ne invitus militaret » et , pour plus de précision encore , qu'il ne serait pas inscrit dans les centuries équestres, où il paraissait destiné à figurer par droit d'hérédité (3). « Neve censor ei equum publicum adsignaret. » On le voit , il n'y a pas là autre chose qu'un curieux symptôme de la; décadence de l'esprit militaire dans la haute société romaine. Peut-être ne faut-il pas attribuer à une autre cause les vides constatés par Caton dans les centuries, lorsqu'il demanda que le nombre des chevaliers equo publico ne descendît pas audessous de deux mille deux cents, à moins toutefois que ces vides

(1) C'est M. Madvig qui, dans son récent ouvrage, a Die Verf€usung und VerwàUung des Bômitehen Staates, » I, p. 161*, lit equo publico. Dans son édition de Tite-Live (Y. aussi Weissenborn), il lit simplement equo. Si cette dernière leçon est la vraie , il s'agit du service dans la cavalerie légionnaire.

(2) a Atque ex iis qui principio ejus belli septemdecim annos nati f aérant neque militaverant. »

(8) Belot, Cheval, rom., I, p. 191.

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ne témoignassent de la part honorable prise par les chevaliers aux guerres meurtrières de Tépoque. Enfin , s'il est vrai qu'au temps d'Auguste on sollicitait comme une faveur l'autorisation de rendre le cheval , cette disposition peut s'expliquer de bien des manières , soit qu'on voulût échapper au service qui , tout en cessant d'être obligatoire pour le commun des citoyens, pesait encore sur l'aristocratie, soit qu'on désirât se soustraire au recrutement forcé des magistratures , toujours suspendu comme une menace sur le corps équestre, soit qu'on cédât tout simplement à cette répulsion qui s'était emparée de tous les Romains pour tout ce qui touchait, de près ou de loin , à la vie publique ; car, de même qu'un Ovide restait chevalier pour ne pas devenir sénateur , il s'en trouvait sans doute qui , n'ayant pas à se défendre d'une destinée aussi haute, rejetaient encore Ig, dignité équestre comme trop lourde pour leur ambition (1).

Allons plus loin. Quelle raison les chevaliers equo pMico auraient-il§ eue de se plaindre? En quoi leurs obligations étaientelles plus onéreuses que celles des cavaliers equo privato? Ceux-ci fournissaient leur cheval et touchaient une solde ; ceux-là recevaient un cheval de l'Etat et servaient gratis (2) . Les premiers étaient défrayés de l'entretien de leur bête, en argent; les seconds en nature (3). Et M. Belot calcule que la valeur de Vxs hordearium^ au temps des guerres puniques, équivalait à celle des quatre-vingtquatre raédimnes d'orge qui étaient alloués par an au cavalier légionnaire (4). Ainsi, des deux côtés, sauf plus ou moins de luxe dans l'équipement, les frais s'équilibraient.

Pour toutes ces considérations, il devient de plus en plus invraisemblable que le but poursuivi par les auteurs du plébiscite ait été un but d'économie. Pourtant il y a ces mots : « Novam largitionemquserunt... reddendorum equorum. » MaisScipion ne ^ *^

se plairait-il point, par hasard, à ridiculiser ses adversaires en leur prêtant des motifs qui ne sont pas les leurs, mais qui pourraient le paraître? Car bien que la dispense du service équestre fût une économie médiocre, c'en était une cependant; et plus elle était médiocre , plus étaient ridicules ceux qui avaient l'air de la rechercher aux dépens des plus grands intérêts. « C'est déguiser

(1) V. notre thèse latine : De deeretis functorum magistratuum omamentis, etc.

(2) V. Becker, AUerth., I, II, p. 267, 268. T. L., 7. 12; XXIV, 18; XXVII. 11 ; XXXIX , 9. V. les notes de Weissenborn.

(3) Polyb., VI, 39.

(4) Chwal. rom.f I, p. 148, 149.

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finement sa pensée, remarque Cicéron , de dire, non pas le contraire de ce qu'on pense, mais autre chose. Ce désaccord laisse percer la raillerie pous une apparente gravité. » Et il ajoute : « Fannius rapporte dans ses annales que Scipion Emilien excellait dans ce genre de plaisanterie qu'il appelle d'un nom grec, ironie (1). »

Est-ce tout? Et les doutes suggérés par l'interprétation de M. Madvig s'arrêtent-ils là? Non , car le sens général de la phrase n'est rien moins qu'établi. D'abord le mot « largitio , » entendu comme on le fait, est, au fond, d'un emploi asseTétrânge. Peut-on dire, en effet, que l'Etat fît une largesse aux sénateurs, alors que c'étaient eux qui, en restituant le cheval, lui faisaient remise des sommes représentées par la double subvention de Yxs hordearium et de VâBS équestre? Et si l'on répond que par là ils s'épargnaient une dépense, il semble qu'il «n 'eût pu y avoir largesse de la part de l'Etat que si cette dépense eût été couverte par lui. Que signifie aussi cette épithète « novam » qui demeure inexpliquée (2)? Mais est-on fixé seulement sur la nature de l'institution à laquelle s'attaquent les réformateurs? Ces mots « hanc utilitatem » s.'appliquent-ils à ce membre de phrase « in quo suffragia sunt etiam ^enatus » ou à la phrase entière, depuis et y compris « equitatmf » Pour parler clairement , est-ce le privilège des sénateurs dans les centuries, ou les centuries mêmes qu'il s'agit de supprimer? Quoi d'étonnant si la démocratie avait rendu cette sentence contre ce corps si profondément aristocratique, et qui d'ailleurs ne répondait plus à aucune nécessité militaire? Et, dans ce cas, n'y avait- il pas , dans les fonds laissés libres par le licenciement des chevaliers, matière à de nouvelles largesses s'ajoutant à celles dont ^ ' * • :• Tib, Gracchus venait de donner l'exemple par sa loi agraire? Sottise , dit Scipion , et s'il peut qualifier ainsi la conduite des sénateurs renonçant volontairement à une part de leur influence politique, il peut traiter de même les agitateurs empressés à démolir l'édifice qui avait abrité tant de générations. La seule expression difficile à expliquer reste celle-ci : « largitionem... reddendorum equorum. » Mais elle le reste de toute manière, "au point de vue du sens sinon de la latinité. Tout serait simplifié si l'on pouvait isoler le mot « largitionem » et rapporter « reddendorum equorum » à a plebiscito. » Malheureusement « de reddendis equis » serait plus

(1) DeOrat., 11,67.

(2) Serait-ce une allusion aux kgationes liber»? — V. Willems, Sénat t I, p. 149.

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