‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 57 sur 116 · DU RAPPORT DU SÉNAT AVEC LES TRIBUS ET LES CURIES · texte numérisé non relu

DU RAPPORT DU SÉNAT AVEC LES TRIBUS ET LES CURIES

cinquième siècle de Rome (1), et n'en paraît que plus digne d'être recueilli. En effet , les traditions touchant la constitution du Sénat primitif n'ont, par elles-mêmes, qu'une valeur médiocre. Mais elles prennent un autre caractère quand les faits dont elles témoignent sont confirmés par des faits analogues relevés à une époque postérieure. Si donc on découvre, dans les temps historiques , quelque indice d'un rapport entre le Sénat d'une part , les tribus et les curies de l'autre, on aura lieu de croire que cettef relation était plus étroite, quand l'institution des tribus et des curies était dans toute sa force. Malheureusement le texte de Fostus est très altéré , et le mot le plus discuté est précisément le seul qui importe pour l'objet des présentes recherches. Ce n'est donc pas ce texte qui peut servir de preuve pour établir le rapport en question. C'est ce rapport, une fois démontré, qui pourra aider à établir la lecture du texte.

Si les raisons directes font défaut, les autres ne manquent pas. Une première est fournie par une vue générale de la cité. Puisqu'elle formait un tout symétrique où chaque partie était comme une réduction de l'ensemble, on ne peut admettre que le Sénat, qui la dominait tout entière, ait été laissé en dehors. Composé comme les centuries, il devait être organisé comme elles.

Le mot curie, employé pour désigner le local affecté aux séances du Sénat, et, par extension , le Sénat lui-même, n'apprend rien, s'il est vrai que le sens premier n'est autre que réunion ou lieu de réunion (2). Ce qui est plus significatif, c'est ce nombre trois cents, demeuré immuable durant des siècles , et qui concorde si exactement avec les divisions fondamentales de la cité. Et même, quand ce nombre est dépassé, la concordance est maintenue. Le tribun Drusus veut porter le Sénat à six cents membres , en y introduisant trois cents chevaliers (3). Ce dessein est exécuté par Sylla (4). César va à neuf cents (5). Auguste revient au nombre six cents (6). Ainsi , à travers tant de révolutions, le nombre combiné de dix et de trois subsiste , rappelant au Sénat des temps nouveaux l'ancien dont il est sorti.

(1) WiUems , Sénat, I. p. 155.

(2) Id., Droit publie , p. 35.

(3) App., B. C, I, 35.

(4) Ihid., 59, 100.

(5) Dion Gass , XLIII» 47.

(6) /dW., LIV, 14.

On connaît le passage où Denys montre les trois tribus et les trente curies procédant chacune à part soi et dans les mêmes proportions à rélection des cent premiers sénateurs (1). Quelle qu'en soit Tantorité (2) , il faut qu'il ait un fondement. M. Mommsen (3), d'accord avec M. Rubino (4) , suppose que Denys a mal entondu un mot qu'il aurait trouvé dans ses sources, le même du reste que quelques-uns croient lire dans le texte déjà cité de Pestus (5) : a Senatum legi tributim curiatimque. » C'est cette même expression que le compilateur byzantin Lydus aurait plus heureusement traduite : « ex iracrwv twv xoupicjv àvrl tou ^uXwv (6) » , dans

toutes les curies, c'est-à-dire dans les tribus, d Ajoutons que Denys n'aurait sans doute pas imaginé ce mode d'élection , s'il n'avait eu au moins la preuve ou le soupçon des liens qui avaient uni le Sénat aux tribus et aux curies.

Une tradition universellement acceptée représente le Sénat divisé à l'origine en dix sections. Ovide, qui n'est pas tenu à une exactitude rigoureuse, les appelle « orbes » (7). Mais leur véritable nom est décuries, ou groupes de dix individus. Elles apparaissent à propos de l'interrègne dans les deux historiens Tite-Live et Denys. Le texte de Denys est le plus clair et le plus développé : « Les patriciens appelés au Sénat par Romulus, au nombre de deux cents, se partagèrent en décuries. Ensuite on tira au sort dans chaque décurie, et les dix premiers que le sort avait désignés furent investis du souverain pouvoir sur la cité. Ils ne régnaient pas tous en même temps, mais tous les cinq jours un autre prenait les faisceaux et tous les insignes de la royauté. Le premier qui avait exercé le pouvoir le transmettait au second, le second au troisième, et ainsi de suite, jusqu'au dernier. Puis, les cinquante jours i^servés aux dix premiers étant écoulés, dix autres leur succédaient qui faisaient eux-mêmes place aux suivants (8). » Tite-Live s'exprime en termes plus ambigus. Il faut le citer dans l'original : « Ita rem inter se centum patres, decemdecuriis factis, singulisque in singulas decurias creatis, qui summae rerumpraeessent, consociant. Decem imperitabant ; unus cum insi-

(1) II, 12. Cf. 47.

(2) V. ch. III, § 3.

(3) Rom. Forsch., l, p. 261. n. 18.

(4) Untersuch. ûher Rôm, Verfast,, p. 341.

(6) De magistr., I, 16.

(7) Fast., III, 127.

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