DU RAPPORT DU SÉNAT AVBG LES TRIBUS ET LES CURIES
gnibus imperii et lictoribus erat. Quinque dierum spatio flniebatur imperium, ac per omnes in orbem ibat, annuumque intervallum regni fait (1). » Ce texte soulève plusieurs difficultés (2). • Et d'abord, les dix premiers interrois, leur temps expiré, reprenaient-ils le pouvoir dans le même ordre, ou cédaient-ils la place à une autre série? Tite-Live ne le dit pas, car le membre de phrase « ac per omnes in orbem ibat » peut s'appliquer aux sénateurs de la première dizaine, aussi bien qu'au Sénat tout entier. Pourtant, le fond de sa pensée ne paraît pas douteux. Non seulement rien, dans l'ensemble du passage, n'indique qu'aucun sénateur ait été exclu de l'interrègne, mais de plus, il semble résulter
de ces mots : « rem inter se centum patres consocianl » qu'ils
y avaient tous le même droit. On peut donc admettre que la deuxième interprétation est la meilleure et qu'il y a accord sur ce point entre Tite-Live et Denys. Autre question : Gomment la série des dix interrois était-elle formée? Par la voie du sort comme dans Denys, ou par l'élection? Le mot creatis ne décide rien. La creatio n'implique pas plus l'idée du tirage au sort que celle du choix. Elle n'exprime pas autre. chose que la prise de possession régulière et définitive. Le consul créait le dictateur qu'il choisissait (3), de même que l'interroi créait le consul qui lui était désigné par les comices (4). Mais, ici encore, il n'y a pas lieu de donner au silence de Tite-Live la valeur d'une négation, d'autant plus que le système de l'élection ne paraît à aucune époque avoir été appliqué à la nomination de l'interroi (5). Enfin, les dix décuries étaient-elles appelées tour à tour à exercer l'interrègne, ou fournissaient-elles chacune à chaque fois un nouvel interroi, de manière à former la dizaine? Cette deuxième version, qui est celle de Denys, ne peut s'autoriser de cette phrase : « singulisque in singulas decurias creatis qui summae rerum praeessent. » Ce qui la rend pour nous plus obscure , c'est l'emploi très remarquable du mot a creatis. » Tite-Live signifie par là que le fait d'être classé dans une décurie en vue de l'interrègne équivalait virtuellement à la prise de possession de cette magistrature. Mais cette idée étant dégagée, « creatis » n'a pas au fond d'autre sens que « collocatis » et l'on peut traduire : « Les séna-
(2) V. le commentaire de Weissenborn.
^5) L'expression consacrée est « prodere. » V. Willems, Droit public^ p. 210.