I. — La réforme de Tarquin V Ancien. — Les patres minorum
gentium.
A une date que Ton ne peut préciser, dès les premiers jours de la république, et plus tôt, dès les derniers temps de la royauté, le Sénat entre dans une série de transformations qui Téloignent de plus en plus de son type primitif. Ce sont les effets d'une vaste révolution , à la fois politique et sociale , qui , en même temps
qu'elle change la nature du pouvoir, substitue aux formes usées de la cité patricienne des cadres moins étroits et mieux appropriés aux besoins d'un Etat grandissant par la conquête. Il y a là une longue période de transition qui s'ouvre par la création d'un deuxième patriciat , se poursuit par le démembrement de la gens, s'achève par l'institution des magistratures annuelles et l'introduction des sénateurs plébéiens.
La société romaine se trouvait partagée entre deux peuples qui vivaient l'un près de l'autre et ne se connaissaient pas. La question était de savoir comment on ramènerait ce dualisme à l'unité. Servius TuUius y réussit en offrant à la plèbe et au patriciat un terrain commun où ils pou¥aient se rencontrer sans se confondre, mais où le rapprochement ne devait pas manquer de se faire tous les jours plus intime. Cette réforme fut précédée d'une tentative moins heureuse. Avant de résoudre l'opposition des deux ordres dans un système nouveau d'association politique , on essaya de faire servir l'ancien au même but. En d'autres termes , on essaya d'incorporer la plèbe dans le patriciat, ou tout au moins ce qu'il y avait dans la plèbe de meilleur/ Ce fut l'objet de la mesure attribuée à Tarquin l'Ancien.
Il semble qu'il y ait sur ce sujet deux versions. Cicéron nous dit que Tarquin voulut changer les noms des Ramnes, des Tities et des Luceres (1). Ce changement dans les noms n'avait aucune raison d'être s'il n'était pas le signe d'un changement dans les choses, d'une refonte générale des institutions patriciennes. C'est ce que laissent entendre Festus (2) et Zonaras (3), quand ils disent que Tarquin voulut transformer les tribus établies par Romulus. Mais une pareille mesure était trop radicale pour qu'il pût en être question à cette époque, et d'ailleurs il n'était point dans les habitudes des Romains de rompre aussi violemment avec le passé. Les projets attribués à Tarquin par Tite-Live et par Denys sont plus modestes et plus vraisemblables. Ce dernier rapporte qu'il prétendit former trois tribus nouvelles (4). Tite-Live , il est vrai , dit seulement qu'il se proposait d'ajouter trois centuries portant son nom à celles que Romulus avait instituées (5). Mais on comprend que Tite-Live, qui ne fait pas mention des tribus au début
(1) De Reptibl, II . 20.