‹ Les origines du sénat romain:Chapitre 87 sur 116 · SI LA POPULATION DP QUIRINAL FORMAIT UNE VILLE SABINE · texte numérisé non relu

SI LA POPULATION DP QUIRINAL FORMAIT UNE VILLE SABINE

avait pas lieu de lui en chercher un autre emprunté au dieu qu'on y adorait. Il n'en était pas ainsi de la Colline , qui , n'ayant pas d'abord de nom qui lui fût propre, dut prendre celui du plus auguste de ses sanctuaires (1). Mais, en même temps, il arriva que, pour distinguer les deux Mars, on donna à l'un d'eux le nom du quartier où s'élevait son temple, de telle sorte que ces deux figures, exactement semblables à l'origine, se présentèrent à la longue sous un aspect différent. En d'autres termes, l'épithète Quirinus finit par supplanter entièrement le nom de Mars pour le dieu du Quirinal , tandis qu'au contraire elle finit par tomber hors d'usage pour celui du Palatin.

Nous pourrions nous arrêter là, car il suffit à notre but d'avoir prouvé que les Quirites, Sabins ou non, ne sont pas exclusive* ment cantonnés sur le Quirinal , et , par conséquent , que les familles introduites dans le patriciat par Tarquin l'Ancien n'appartiennent pas nécessairement à la nationalité sabine. Toutefois, quelques observations de plus ne paraîtront pas déplacées. Que les citoyens de Rome aient adopté bénévolement ce nom de Quirites apporté par une troupe d'étrangers, c'est un fait que les moins incrédules se refuseront à admettre. Il faut donc qu'il leur ait été imposé par la force, ou, ce qui revient au même , que les Sabins aient emporté et occupé , non pas un quartier de Rome , mais Rome tout entière. On demandera comment un nom , emprunté à la langue sabine , au lieu de désigner les peuples qui parlaient cette langue, a été porté précisément par un peuple qui ne la parlait point. Car on ne voit pas que ce nom de Quirites soit employé ailleurs qu'à Rome. Les habitants de Cures s'appelaient non Curites, mais Curenses, au dire de Festus (2).. M. Belot, qui résiste jusqu'au bout à la tradition de la conquête sabine, conclut de là qu'elle repose uniquement sur des conjectures de grammairiens en détresse. Une école s'était formée qui, à l'aide de quelques étymologies plus ou moins plausibles et ingénieuses, prétendait résoudre les problèmes les plus ardus de l'histoire romaine primitive. C'est ainsi qu'on était parti d'une consonance purement fortuite entre les deux mots Cures et Quirites pour découvrir dans les Quirites des envahisseurs venus de la ville sabine de Cures (3). A cette hypothèse hardie du savant historien des

(1) QuirinuSf Quirinal; comme VulcanuSy Vulcanal (v. Becker, ÀUerth.p I, p. 287) ; LupercuSf Lupercal (l&td., p. 418).

(3) Cheval, rom,, I, p. 27 et p. 312.

Chevaliers, on répondra que le mot Quir^ Quiris, est identique au mot Curis (1), que la racine de ce dernier, tout débat sur la provenance étant mis à part, se retrouve sans le moindre effort dans le nom de Cures , dont la première syllabe est brève ; que les habitants de Cures pouvaient fort bien, sans contredire aucunement au texte de Festus, s'appeler Curites, Quirites, aussi bien que Curenses ; qu'enfin la tribu Quirina, formée en 513 u. c. = 241 et nommée ainsi a ab Curensibus Sabinis, » dit le même Festus (2) , comprend le pays d'Amiternum , de Nursie , de Réate , c'est-à-dire en somme tout le pays sabin (3). D'autre part, on hésite à rejeter une tradition consacrée par tous les auteurs anciens et qui, prise en elle-même, dégagée des détails et réduite à l'essentiel , n'a rien que de vraisemblable. De tous temps les tribus sabelliques se sont trouvées à l'étroit dans leurs pauvres montagnes et ont jeté un regard d'envie sur la plaine (4). Au cinquième sièclç avant J.-C, on les voit se précipiter sur la Campanie, alors possédée par les Etrusques (5). Mais longtemps avant, dans leur marche du Nord au Sud, sur la crête des Apennins, elles avaient rencontré et convoité les campagnes moins riches et pourtant désirables encore du Latium. L'histoire de Rome naissante et celle des premiers siècles de la république sont toutes pleines des guerres soutenues contre ces pillards. S'il en est ainsi, ne se peut-il pas qu'à une époque aussi reculée que Ton voudra , une bande plus heureuse que les autres ait réussi à s'emparer de la ville, et à la garder contre celles qui suivaient ? Mais à ce compte, répondra-t-on , le grand Etat latin n'est donc au fond qu'un Etat sabin ? D'où vient alors que la métropole de Rome ne soit pas la ville Sabine de Cures , localité insignifiante et délaissée, mais au contraire la ville latine par excellence, Albe, dont Rome ne cesse d'honorer la mémoire et de revendiquer l'héritage , après l'avoir détruite? N'est-ce pas là qu'elle va chaque année, en grande pompe, sacrifier au Jupiter latin (6)? Dira-t-on que les Latins sont les plébéiens , et les patriciens les conquérants sabins ? Mais les vainqueurs se seraient-ils assez identifiés avec les vaincus pour

(3) V. Beloch, Der Italische Bund, p. 32.

(4) V. Schwegler, Rom. Gesch,, p. 24t-243. Ihne, Forschungen auf dem Gébieié der Rômischen Verfassungsgeschichte^ p. 32.

(5) La prise de Capoue est de 330 u. c. = 424, T. L., IV, 37.

(6) Preller, Rôm. Mythol, p. 186-192.

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