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SI LA POPULATION DU QUIRINAL FORBUIT UNE VILLE SABINE

Il reste, il est vrai, Targument considéré comme le plus puissant, celui que fournit Texistence du temple de Mars Quirinus ou Quirinus tout court. Notre intention n'est pas de renouveler à ce propos les controverses depuis si longtemps engagées surTorigine de ce mot Quirinus et des mots Quirinal, Quirites, auxquels il se rattache. Nous acceptons, comme la plus vraisemblable, Tétymologie curis ou quiris , « lance , » proposée par les anciens (1), sans même rechercher pour Tinstant si effectivement ce mot est particulier aux Sabins, ou sll n'y faut pas voir plutôt un terme commun aux deux langues, et tombé en désuétude d'abord dans la latine. Nous remarquons seulement que cette épithète « Quirinus (2), » a armé de la lance , » n'est nullement propre au Mars du Quirinal. On la retrouve associée au nom d'autres divinités , et non pas seulement à Rome, mais aussi au dehors. Macrobe nous apprend que les Romains invoquaient Janus Quirinus : a Quirinum, quasi bellorum potentem (3), » Ils.adoraient de même une Juno Quiris, Quiritis ou Curitis (4), à laquelle les curies paraissent avoir rendu un culte spécial. On voit par Denys (5) et Paul Diacre (6) qu'elles dressaient en son honneur des tables pour les sacrifices, et que cet usage subsistait encore au temps d'Auguste. Deux inscriptions de Paieries (7) , une inscription de Tibur (8) , toutes trois de l'empire , montrent que la Juno Curis avait un sanctuaire et des prêtres dans l'une et l'autre localité. On a conservé, grâce à Servius, non sans de graves altérations de texte, la prière que lui adressaient les Tiburtins (9). Un détail à noter, c'est que l'emplacement consacré à Rome à la Juno curis n'était point sur le Quirinal, mais au Champ de Mars. On en a la preuve

(1) Paul. Diac, p. 49, p. 62,63. Serv,. En., I, 292. Oviô., Fast., Il, 477, Plut., Rom., 29. Qusst. rom., 87. Macrob., Satum., 1,9, etc. V. Willems, Sénat, I, p. 132, n. 6.

(2) Sur le sens de Quirinus, v. Plut., QuœsL rom., 1. C.

(4) La lance était un des emblèmes de Junon, v. Plut., 1. c.

(6) P. 64. — Cest en se fondant sur ce fait que quelques historiens ont cru pouvoir rattacher à la même origine les mots quiris, quirites et curia. V. notamment Belot, Cheval, rom,, l, p. 312 et note. Malheureusement, cette ëtjmologie paraît plus conforme à la logique qu'à la grammaire. V. sur ce point Jordan, Hermès 1874, VIII, p. 221.

(7) Orelli, 1304. Henzen, 5659.

(8) Orelli, 1303. Nous n'osons citer rinscription de Bénévent (/. R. N,, 1381), dont Tauthenticité paraît plus que douteuse. V. Henzen, p. 135.

(9) En., l, 17. V. Jordan l. c, p. 219-221, et Willems, Sénat, I, p. 132, n. 6.

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dans un fragment des Fastes d'Ostie (1) , confirmé par la découverte d'un autre fragment emprunté aux actes des frères Arvales (2). Il y a là de quoi dérouter bien des idées reçues. Mais elles le seront davantage si Ton s'arrête à une observation très simple et dont l'importance n'a pas toujours été saisie. C'est que la colline du Quirinal ne s'est pas appelée ainsi à l'origine, et que ses habitants n'ont jamais eu en propre le nom de Quirites. Elle n'a été désignée d'abord que sous le nom indéterminé de CollU ou Colles^ d'où la tribu Colline , la porte Colline (3) , les Salii CoUini. C'est sous ce nom qu'elle figure dans le document pontifical relatif à la procession des Argées (4). En effet, le nom de CoUis Quirinalis ne s'applique , dans le même document , qu'à l'endroit qui porte le nom de Quirinus (5) : « ob Quirini fanum, » dit Varron (6) ; c'est donc plus tard seulement qu'il s'est étendu au plateau tout entier. On se demandera pourquoi cette épithète de Quirinus a été employée de préférence pour le Mars du Quirinal. La question, on n'essaiera pas de le nier, est embarrassante. Ce qu'on peut dire tout au moins , c'est, qu'à s'en tenir aux témoignages épigraphiques , la distinction entre le Mars qu'on appellera Palatinus et le MarsQuirinus n'est point très ancienne. Il y a deux inscriptions du temps de la république dont la provenance ne permet pas de douter qu'elles ne soient dédiées à ce dernier. M. Mommsen place Tune entre les années 426 u. c. = 328 et 518 u. c. = 236 (7). l'autre entre 549 u. c. = 205 et 564 u. c. = 190 (8). C'est la plus récente qui donne le nom de Quirinus. La première donne celui de Mars sans autre qualificatif. S'il nous était permis de hasarder ici une hypothèse, nous croirions volontiers que, de même que le Quirinal a reçu son nom du dieu Quirinus, de même ce dieu a reçu le sien du Quirinal. Cette action réflexe s'expUque sans difficulté. Les deux temples du Palatin et du Quirinal étaient également consacrés au Mars porteur de la lance ; mais, comme le Palatin était connu sous ce nom dès la plus haute antiquité , il n'y

(1) C. 1. 1., î, p. 3Î2, XI.

(2) Ephem, epigr,, vol. I, p. 39.

(3) Becker, Alterth., I, p. HI-

(4) Varr. L. I., V, 51 et 52.

(5) 52. « Collis Quirinalis terticeps cis œdem Quirini. » Parmi les coUea dont l'ensemble constitue la Collis, le document pontifical cite aussi la coUine Latiaris (ibid,), qui paraît singulièrement déplacée sur un territoire sabm.

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