‹ Les origines du servage en FranceChapitre 135 sur 163 · Alcuin, Ep. ad Landrad. et Nefrid. episc. et Bened. abb · texte numérisé non relu

Alcuin, Ep. ad Landrad. et Nefrid. episc. et Bened. abb

le vivre et le vêtement, sans être liés par des vœux^ A eux étaient peut-être réservés, au moins en partie, ces logis des serviteurs que nous voyons indiqués sur le plan de Tabbaye de Saint-Gall. De tels hommes, encore, qui étaient presque des religieux, n'avaient rien des esclaves.

Les monastères donnaient souvent asile, au IX® siècle, à une population de laïques, dans laquelle il leur était facile de recruter des serviteurs volontaires. Le besoin d'échapper à une insécurité croissante portait, à cette époque, beaucoup de gens à s'assurer de puissants protecteurs, en leur offrant la petite terre qu'ils possédaient, sauf à la recevoir d'eux ensuite au moyen du double contrat de précaire et de prestaire. Parmi ces protecteurs, on choisissait, selon les goûts, selon aussi les facilités du voisinage, de grands seigneurs laïques ou ecclésiastiques. Les monastères augmentèrent beaucoup leurs propriétés et leur clientèle grâce à des donations de cette nature. Mais il se trouvait aussi des gens qui, plus timides, ou plus désireux de repos, stipulaient seulement, pour prix delà donation de leurs biens, un abri dans les bâtiments monastiques ou dans leurs dépendances, et ne demandaient aux moines que le logement, parfois le vêtement et le vivre. On trouve en 833,834, 868, dansleCartulaire de Redon, des exemples de contrats dece genre. « Moi, Rihouen, confiant en la miséricorde et la pitié du Seigneur, je fais

1. Saint Benoit d'Âniane. Concordia Regularum, lxx,5, et la note lie dom Ménard sur ce passage (Migne, P. L., t. OUI).

cette donation aux moines qui travaillent sous la Règle de saint Benoît, dans le monastère appelé Roton, leur demandant de m'assigner un lieu pour y habiter, ce qu'ils firent par miséricorde et charité ^ . . >: M Je leur donne, dit un autre, tout mon héritage, afin qu'ils m'habillent et me nourissent jusqu'à la fin de mes jours ^. » Il est probable que les braves gens ainsi hospitalisés ne demeuraient pas dans une oisiveté complète, et rendaient au moins de menus services aux religieux chez qui ils s'étaient retirés.

C'est, il me semble, à des serviteurs de ces diverses catégories que s'appliquent un passage de la Règle de saint Benoît et un passage du règlement monastique rédigé à Aix-la-Chapelle en 816 ou 817. Le premier dit que le moine chargé pendant la semaine de faire la lecture au réfectoire pendant le repas de ses confrères devra ensuite partager celui que prennent en commun les religieux qui sont de semaine à la cuisine et les servitores"^ . Le second dit que les servitores auront leur réfectoire propre, et que pendant le repas on leur fera la même lecture qui aura été faite au repas des moines ^ Il y a là,

1. « Egoquidem, Kihouen, de tanta misericordia et pietate Dominl conGsus, per liane epistolam donationis donatumque in perpetuunt esse volo ad illus nionncbos laborantes et regulam sani-ti Benedicti opérantes in monasterio quotl dicitur Koton, quos pelens ut mihi locura durent habitandi, quod et t'ecerunt, per misericordiani etcaitateni... » A. de Courson, Cartulaire de Redon, n" xu, p. li.

-2. t ... Totam heredilatem suara in Curnou... ita tamen ut ipsi monachi adjuvent illuni victu et vestimento quamdiu viierit. » Ibid., n» ccxxiv, p. i73.

3. « ... Postea autem cum coquinae hebdoinadariis et servitoribus reliciat. » Régula S. Benedicti, 38.

4. « Ut servitores, non ad unam mensaai,sed iu propriis locis, post

tout en maintenant la hiérarchie, une communauté de vie qui relève singulièrement la dignité de ces serviteurs.

Le plan de Saint-Gall nous les montre logés autour des divers services auxquels ils étaient appliqués. Attenant à la bergerie, à la porcherie, à l'étable à chèvres, est le logis des bergers \ des porchers-, des chevriers^. Près de l'étable à bœufs est celui des vachers''. Disons, en passant, que ceci est plus « confortable » et plus hygiénique que ce qui a lieu dans la plupart de nos fermes modernes, où ceux qui ont le soin des chevaux, des bœufs ou des moutons couchent à l'intérieur même de l'écurie, de l'étable ou de la bergerie. Près du grenier et du pressoir sont marquées aussi les chambres destinées aux serviteurs^. De même® près de la brasserie' et du pétrin^. De même encore, contiguës à« la maison des étrangers et des pauvres^, » sont indiquées les demeures de ceux qui les servent ^'^.

Tous ces serviteurs ont leur place marquée dans

refectionem fratrum reflciant; quibus eadem lectio quae paribusrecitata est legatur. • Cap. Aqiiisgranense, 28.

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