Recueil des historiens de France, t. IV, p
Childebert à renvoyer libres les prisonniers qu'il avait ramenés d'Espagne ^ Saint Germain tire de l'esclavage des captifs de tous les pays que la guerre ou le commerce mettait en communication avec les provinces franques : des Espagnols, des Écossais, des Bretons, des Saxons, des Gascons, des Burgondes^. Comme lui, saint Eloi rachète par centaines les esclaves romains, gaulois, bretons, maures, surtout saxons, que des navires montés par des traitants ou des pirates amenaient dans les ports du royaume ^. Quelquefois ces malheureux veulent, par reconnaissance, suivre le chrétien généreux qui les a rendus à la liberté : et ils aliènent de nouveau entre ses mains cette liberté pour se faire moines avec lui. Saint Eloi, fondant un monastère auprès de Limoges, dans un domaine reçu du roi Dagobert, affranchit
i. « Horum miseriei compassionem intra se suscipiens miserlcordissimus pater, supplici prece petit a rege quos Dei voluntas illi permiserat, triumphali palma superare, captivos scilicet, quos vinctos minabant satellites. Cujus petitioni benigno favore rex assentiens jubet captivos perquiri et sine contradictione reddi. » Vita S, Eusicii ; Du Chesne, t. I, p. 654.
2. t Unde suiit contiguae gentes in lestimonium Hispanus, Scottus, Brilto, Wasco, Saxo, Burgundio, cum ad nomen beat! concurrunt undique liberandi jugo servitii. » Fortunat, Vita S. Germani, episcopi Parisiensis ; Mabillon, Acla SS. 0. S. B., 1. 1, p. 224.
3. « Ubicunquevenundandum intellexissel mancipium, magna cum misericordia et festinatione occurrens, mox dato pretio liberabat captivum. Interdum etiam usque ad viginti et tiiginta, seu et quinquaginta numéro simul a captivitate redimebat. Nonnunquam vero agmen integrum, et usque ad centum animas, cum navi egrederentur, utriusque sexus ex diversis gentibus venientes pariter liberabat : Romanorum scilicet, Gallorum, alque Britannorum, nec non et Maurorum, sed praecipue e génère Saxonum, qui abunde eo tenipore veluti grèges e sedibus propriis evulsi, in diversa distrahebanlur. » Vita S. Eligii, a S. Audoeno sci'ipta; Mabillon, Acta SS. 0. S. B., 1. 1, p. 628; Mon. Germ. hist., S. R.M., t. IV, p. 677.
4â LES ORIGINES DU SERVAGE.
beaucoup d'esclaves, qui entrent au couvent'. Dans un monastère de femmes, qu'il établit ensuite à Paris, entrent à la fois trois cents dames nobles et beaucoup de servantes affranchies par l'homme de Dieu-. De môme un monastère fonde par saint Aredius, en Limousin, se remplit d'anciens esclaves de ses domaines^.
En général, quand un chrétien de ce temps prenait la résolution d'embrasser la vie religieuse, il commençait par affranchir ses esclaves. L'ancien préfet de Marseille sous le roi Thierri, saint Bonitus, avait mérité d'être appelé à une vie plus parfaite par la charité avec laquelle il s'était servi de son pouvoir pour distribuer autour de lui la liberté^. Le vicomte Florus, se faisant bénédictin à Glanfeuil, affranchit et dota vingt esclaves ^. De même, quand Romaricus entra dans le monastère de Luxeuil, il rendit libres beaucoup d'esclaves ^. Sainte Consortia, devenue maîtresse de ses biens par la mort de ses parents, construisit sur ses terres une église, un hospice, distribua ce qui lui restait aux pauvres, et, comme dernière aumône, fit à tous ses esclaves don de la
2. < Ex diversis gentibus, tani ex ancillis suis quam ex nobilibus Franciae matronis congregavit. » Ibid.
3. « Ex ramilia propria tonsuratos instituit monachos. >> Grégoire de Tours, H. F., X, i9.
4. • Neque enim, ut more illic comparatum erat, hominesvenundari, aut exilio mulclari, vel captives detineri iinquam jussit; sed polius si quos reperire posset venditos, uti semper consueverat, redimere atque ad suaremitteretstuduit. • Vila S. BoniM; Du Chesne, t. I, p. (;«:;.