‹ Les origines du servage en FranceChapitre 9 sur 163 · Ibid.,\in, V · texte numérisé non relu

Ibid.,\in, V

'i. Code Théodosien, VI, xxxvi, 1; IX, xl, 5, 6, 7, U; XI. x, 1 ; XII, XVI, 1 ; XIII, i\, 3; XIV. III, iO; X, 1 ; XVI, ii, 39 {3M, 365, 3C9, 378, 3»0. 389, 398, 40«). Cf. Synioiaque, Ep.. X, U.

dustrie, dans tous les emplois autrefois abandonnés à l'élite de la population servile, l'homme libre avait peu à peu repris sa placée L'Etat l'y maintenait souvent par la contrainte, mais en même temps la politique ne négligeait aucun moyen pour l'y faire demeurer de bonne grâce. Elle se servait, dans ce but, d'une des forces les plus puissantes sur le cœur humain, la vanité. Elle ouvrait au travailleur, à l'homme des arts mécaniques, les rangs de cette noblesse administrative qui, dans la société de cette époque, avait pris une grande place à côté de la noblesse d'origine et de race. Une vie de labeur industriel fut récompensée par le titre de comte, vir clarissimus cornes et mechanicus^ . On vit d'anciens artisans se parer du titre de consulaire et prendre rang au sénat ^. Des boulangers devinrent gouverneurs de province^. Tel était le chemin parcouru par la pensée antique depuis le jour où Xénophon, Platon, puis Aristote, refusaient aux artisans le droit de suffrage, où Cicéron les confondait avec les Bar-

1. Voir Wallon, Hist. de l'esclavage dans Vanliquitc, t. ni, cli. iv, V, vi; Paul Allard, Les esclaves chrétiens, 1. ni, ch.iv. "2. Syramaque, Ep., V, 70 ; X, 2.'», 26.

3. « Hi, quos... vulgaris artis cujuslibet obsequium... adeocommendarit, ut comitivae primi ordinis dignitate donentur, sciant se inter eos, qui consulares fuerunt, amoto olficio, quod susceperant, nominandos, nisi forte emolumentis contenti, quae tempore militiae perceperunt, spreto nomine ac dignitatem consularis viri duxerint respuendam, ne coUationis onus sustineant, vel frequentare senatum aliosque hujusmodi conventus, qui honoratorum frequenliam Ilagitant, compellantur... • Code Théodosien, De comitibus ordinis primi arlium diversarum,! (413).

4, « Terentius... humili gênera in Urbe natus et pister... hanc eamdem provinciam (Tusciam) correctoris administraverat potestate. Ammien Marcellin, XXVII, 3.

bares, où Claude les chassait de la place publique en même temps que les esclaves, et où Dion Chrysostome les déclarait exclus delà cité^. C'est ainsi que, par une de ces puissantes ironies de la Providence qui font quelquefois la surprise et l'admiration de Ihistorien, la réhabilitation du travail, sa noblesse présente et son affranchissement futur, sortaient d'un régime oppressif, qui avait courbé sous le niveau d'une servitude commune le plus grand nombre des citoyens libres.

La situation des campagnes n'était pas moins singulière que celle des villes. Là aussi, un progrès favorable à la liberté sortit d'un état de choses qui, à première vue, pouvait paraître une terrible aggravation de la servitude.

Depuis la fin de la République, beaucoup de campagnes virent à la fois, et par l'effet d'une même cause, diminuer le non^bre de leurs habitants et celui des propriétés entre lesquelles était partagé le sol. Celles-ci, originairement divisées en parcelles de médiocre étendue, s'étaient peu à peu agglomérées : par des ventes forcées, par la désertion des premiers occupants, par les usurpations des riches, elles finirent par former, en Italie et dans les provinces, ces grands latifundia dont se plaignent, avec quelque exagération déclamatoire dans les termes, mais avec un grand fond de vérité, les écrivains des premiers siècles de l'Empire-. Cette absorption

\. Voir Les esclaves chrétiens, p. 380.

2. Tite-Live, VI, 12; Sallustc, Catilïna, li, 13; Jugurtha, 41; Vir-

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partielle de la petite et même de la moyenne propriété avait éliminé naturellement les cultivateurs libres, rejetés pour la plupart dans la plèbe des villes, et remplacés sur les grands domaines par des travailleurs esclaves^. Vers la fin du iii^ siècle, cependant, cette situation commence à changer, non par le morcellement des latifundia, qui continuent à dominer, mais par une modification dans le personnel de ceux qui les cultivent. La population servile cessa de croître. Il y eut peu à peu moins d'esclaves dans les campagnes, comme il y avait au même moment moins d'esclaves dans les villes-. Il devint nécessaire que les vides formés ainsi dans la population servile fussent comblés de nouveau par des hommes libres. Par un étrange retour des choses, et une évolution inverse de celle qui s'était produite plusieurs siècles auparavant, diverses causes, particulières à cette époque, repoussaient maintenant vers les campagnes une partie de la population libre. Ce fut une des origines de cette institution singulière dont il est souvent question dans les lois du iv^ et du v' siècle, et qui a reçu le nom de colonat ^.

gile, Georgr., Il, «8 ; Horace, II Carm., wiri, 20-27; Varron, Dere rtist., I, 13; Columelle, De re agr., I, 3; Lucain, Pharsale, I, 66; Sjé néque. De Benef., VII, 10; Ep. 87, 80; Tacite, Ann., ■*'!, 33; Quintilien, Declam., Xll, 2, il ; Juvénal, Sat., IX, b:i; Perse, Sat., IV, 26 ; Frontin, dans Gromat. vel., 53; saint Cyprien, Ad Donat., 12; saint Ambroise, Hexameron, V, 9; De Nabuthe Jezrael., 1, 12; saint Grégoire de Nazianze, Orat. XVI, 18, 19.

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