‹ Les origines du style gothique en BrabantChapitre 1 sur 55 · LIBRAIRIE FONTEMOING, RUE LE GOFF, 4, PARIS · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE FONTEMOING, RUE LE GOFF, 4, PARIS

A SA GRANDEUR Monseigneur MERCIER

Archevêque de Malines

A SA SEIGNEURIE ILLUSTRISSIME Monseigneur HEBBELYNCK

Recteur Magnifique

ET

A Monsieur l'Abbé MAERE Professeur d'Archéologie a l'Université Catholique

Hommage respectueux et reconnaissant.

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A Belgique, et particulièrement le Brabant, possèdent encore un grand nombre d'édifices dont la construction remonte à l'époque de transition ou à la première période gothique. Les églises qu'on attribue au XJJT siècle y constituent même un ensemble des plus intéressants. Dès le début de ce siècle, on trouve en Brabant des édifices où le système de construction gothique est appliqué dans toute sa perfection. Qu'il nous suffise de citer l'église abbatiale de Yillers-la-Yille, les chœurs de Sainte- Gudule et de la Chapelle à Bruxelles, de JNotre-Dame aux Dominicains à Louvain. On voit un plus grand nombre encore de monuments dans lesquels le style nouveau se manifeste par l'un ou Vautre de ses caractères, mais qui, pour le reste, sont entièrement romans. Ainsi les croisées d'ogives sont employées au chœur de l'église de Tiérent, au narthex de Saint-Germain à Tirlemont, constructions d'aspect et d'ornementation franchement romans. D'un autre côté, certains édifices, comme l'église d'Assche, l'église du Béguinage à Tirlemont et celle de Saint-Médard à Jodoigne, imitent les édifices gothiques dans la disposition générale, la forme des arcades et la décoration ; mais, soit routine, soit manque de ressources ou peut-être d'audace, les constructeurs n'appliquent pas les principes essentiels du nouveau style : la voûte à nervures et son système d'équilibre. Enfin, d'autres monuments continuent à être élevés tout entiers dans les vieilles traditions romanes, comme l'hôpital de Louvain et l'église du Parc.

JSous avons cru qu'il y aurait un intérêt historique et artistique à étudier les causes de ces divergences dans l'architecture du ?CJJÏ^ siècle et à suivre l'expansion du style gothique en Brabant depuis sa première apparition jusqu'à son triomphe complet. L'origine de l'art qui fait la gloire du moyen âge n'est pas encore connue entièrement. Elle pourra l'être seulement lorsque des études régionales, faites dans toute l'Europe occidentale, auront complété les

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Introduc- données du problème. J^ous avons voulu poser un jalon dans cette voie, d'aufion. tant plus que cette étude offrait l'occasion de faire connaître un grand nombre

d'édifices intéressants, presque totalement ignorés des archéologues jusqu'à ce

jour.

Mais, pour pouvoir observer une évolution, il est indispensable de bien connaître le sujet dans lequel elle s'opère, c'est-à-dire, ici, l'architecture romane de l'époque antérieure. Jusqu'à quel point et sous quelles influences cette architecture s'est-elle développée en Brabant ? Quels sont ses caractères ? Comment chacun de ceux-ci s'est-il transformé ou a-t-il été supplanté par une forme gothique? A quelle époque cette transformation a-t-elle commencé et quand a-t-elle été accomplie ? Telles sont les questions que comporte naturellement notre sujet. Il y a donc à étudier successivement les deux périodes artistiques qui ont précédé l'avènement du style gothique : c'est-à-dire l'architecture romane et celle de la transition.

JNous avons achevé aujourd'hui la première de ces études, celle qui a pour objet l'architecture romane du Brabant avant l'apparition des premières influences gothiques. JNous ne tenons compte, dans ce volume, que des édifices dans lesquels on ne constate pas encore la présence des arcs brisés, forme étrangère au style roman belge, des croisées d'ogives, des arcs-boutants ou de la décoration gothique. Si l'une ou l'autre église présente un arc brisé ou une voûte à nervures, c'est ou bien que cet édifice n'est pas homogène, et, dans ce cas, nous V étudierons à nouveau dans la seconde partie de notre ouvrage; ou bien que ces caractères sont tout à fait exceptionnels, et alors également l'origine de ces anomalies sera examinée plus tard.

Ce travail ne comprend que le Brabant, région d'une superficie peu étendue, mais riche en édifices religieux de l'époque. Cependant il était difficile de déter- • miner des limites rationnelles à nos investigations pour un territoire qui appartenait autrefois à deux provinces ecclésiastiques différentes et qui avait des frontières politiques excessivement découpées. Les pays de Liège et de Matines comprenaient, au moyen âge, en plein Brabant, plusieurs enclaves et réciproquement; le Hainaut y pénétrait au sud par une longue emprise. De plus, la partie moyenne et septentrionale du duché est presque totalement dépouruue d'édifices de la période qui nous occupe.

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7/ a paru préférable de prendre comme points de départ les villes principales J ntroduc du Brabant actuel : Louvain, Tirlemont, Bruxelles et J\ivelles, tout en arrêtant tton. nos investigations aux limites de cette province qui formait la fraction principale du duché ancien. T^ous n'avons pas voulu faire autre chose qu'examiner un groupe de faits particuliers et en dégager des conclusions. Jl faudrait étendre ce travail à d'autres provinces pour déterminer avec certitude les limites réelles des diverses écoles romanes.

Les premiers chapitres de ce livre sont consacrés à l'histoire du style roman dans l'Europe occidentale et particulièrement en Belgique. La nécessité de tracer un cadre au sujet nous y a obligé.

TV 05 recherches se sont bornées aux monuments de l'architecture religieuse, beaucoup plus importante, à cette époque, que les architectures civile ou militaire. Celles-ci, d'ailleurs, n'ont laissé en Brabant qu'un nombre insignifiant de fragments, ce qui n'empêche qu'à l'occasion nous utiliserons, comme points de repère, les renseignements qu'elles peuvent fournir.

J^ous avons parcouru toute la région sur laquelle portait cette étude, pour y relever nous-même les églises. La plupart d'entre elles se présentent à l'archéologue dans d'assez mauvaises conditions. Toutes ont subi des modifications. Plusieurs même ont été transformées à tel point qu'il faut les avoir examinées attentivement et dans tous leurs détails pour s'apercevoir qu'elles datent de l'époque romane. D'autres ont totalement disparu et c'est à peine si, pour quelquesunes, nous avons pu trouver un vieux dessin, souvent imparfait, ou la vague description d'un chroniqueur. Dans la plupart des cas, il a fallu entrep tendre la restitution de l'état primitif des édifices.

Plusieurs de ces restitutions pourraient être complétées par des fouilles méthodiques ou des recherches dans les archives particulières, mais ces investigations sont impossibles à entreprendre sur une large échelle. JNous avons dû nous contenter, pour la plupart des églises, des renseignements fournis par une analyse minutieuse, sans cependant faire des sondages ou des fouilles. Quanl aux documents écrits, nous n'avons consulté généralement que ceux qui ont été publiés; par exception seulement, nous avons utilisé quelques sources inédites.

Ce livre n'a donc pas la prétention d'épuiser le sujet ; il pourrait être com-

In troduc - piété par des monographies plus détaillées. Les églites y sont d'ailleurs étudiées fi on. moins pour elles-mêmes qu'en vue d'une synthèse générale, et nous nous sommes

borné à rechercher assez de documents pour formuler nos conclusions avec une certitude suffisante. JSous croyons avoir vu la grande majorité des monuments ; quelques omissions ne pourraient modifier les résultats acquis.

Telle a été notre façon de procéder tant pour l'étude proprement dite que pour la partie graphique. J\ous avons cherché dans les relevés et restitutions toute l'exactitude possible, mais sans la vouloir plus grande que ne l'exigeait notre sujet. Celui qui relève un édifice pour en publier la monographie ou pour en entreprendre la restauration, est astreint à l'exactitude absolue; il n'en est pas de même de celui qui y cherche seulement les éléments d'une classification. Si la distance entre les piliers d'une église ou le diamètre de chacun d'eux varient de deux ou trois centimètres, si le niveau primitif est à quelques pouces en plus ou en moins sous le pavement actuel, si l'épaisseur des murs d'une abside disparue n'est pas absolument exacte dans la restitution, ceci ne peut avoir aucune importance. J^ous ne restituons rien, du reste, sans rendre compte des arguments que nous suggère chaque point. Le lecteur sera donc juge lui-même de la justesse de nos vues. C'est là le motif qui nous a poussé aussi à faire nous-même tous les plans et la plupart des dessins ou photographies ; nous avons pu ainsi les approprier exactement au texte.

Les parties primitives encore existantes sont indiquées en noir, sur les plans ; des hachures ?\nzs désignent celles qui ont disparu ; Jes hachures plus épaisses, celles qui datent de la transition ou de la période gothique ; enfin, nous avons dessiné au simple trait les parties modernes.

Une étude comme celle-ci ne peut se mener à bonne fin sans de nombreux concours. J^ous tenons, en particulier, à remercier de tout cœur M. le professeur Maere, qui a bien voulu diriger nos recherches, revoir notre rédaction et rectifier les erreurs. TVows remercions aussi nos professeurs de méthode historique et de technique architecturale, MM. Cauchie et Helleputte, dont le docte enseignement nous a mis à même d'entreprendre cette étude. J^ous gardons un souvenir reconnaissant à tous ceux qui nous ont facilité le travail d'investigation ; à

MM. les curés, qui nous ont réservé le meilleur accueil dans nos pérégrinations ; 7/2 troduc à MM. les architectes Langerock et Verhaegen, qui ont mis à notre disposition fioîl. plusieurs plans ; à M. van Overloop, conservateur en chef des Musées royaux du Cinquantenaire, qui nous a permis de reproduire un grand nombre de photographies de ces musées; à notre frère, l'architecte H. Lemaire, qui nous a aidé dans l'achèvement des plans ; à nos éditeurs, MM. Kromant et C°, qui ont apporté tous leurs soins à l'impression et à l'édition de cet ouvrage.

T^ous présentons aujourd'hui ce premier volume à tous ceux qui portent intérêt à nos monuments anciens, malgré les lacunes et les imperfections qu'il peut présenter, l^ous recevrons avec reconnaissance les rectifications ou renseignements complémentaires qu'on voudra bien nous apporter; ils nous seront très utiles pour le second volume, qui, s'il plaît à "Dieu, viendra bientôt compléter celui-ct.

Louvain le u mai j^o6.

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