CHAPITRE
L'Architecture T{omane en général.
OUS sortirions évidemment du cadre que nous nous sommes tracés en faisant, à propos d'une étude particulière, l'histoire générale du style roman.
Cependant, comme notre sujet n'est qu'un détail dans un ensemble considérable et qu'il n'a d'importance que par ses rapports avec cet ensemble, nous serons obligés d'indiquer la place qu'il y occupe. Pour donner au lecteur une idée du style roman dans la partie méridionale de l'ancien Brabant, nous devrons supposer connus les caractères généraux du style roman et ses caractéristiques dans les contrées environnantes.
Plusieurs études partielles, dans le genre de la nôtre, ont été publiées déjà pour les pays voisins, notamment la France et un modèle du genre est le travail entrepris par M. Lefebvre-Pontalis sur les églises de l'ancien diocèse de Soissons (i). Ces études ne contiennent généralement pas de chapitre consacré à l'architecture romane dans son ensemble, parce qu'elles peuvent se rattacher à des données acquises à la science et tirées d'ouvrages généraux existants. Ils ne font, en somme, que développer en les précisant les détails d'un ensemble déjà connu.
Mais, en Belgique, la situation est quelque peu différente. Quoiqu'il existe un grand nombre de monographies sur des édifices spéciaux, il n'a guère été publié de travail d'ensemble (2). Encore nombre d'églises, d'importance secondaire il est vrai, n'ont-elles jamais été décrites. La détermination exacte des caractères de notre style et des influences dont il relève
(1) E, Lefebvre-Pontalis, L'Architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons, Paris, 1 896, 3 vol. in-folio.
(2) Nous parlerons plus loin des ouvrages de Schayes, Reusens, etc.
reste donc à faire. Nous serons forcés en conséquence de tracer nousmêmes le cadre dans lequel notre sujet trouvera place.
Qu'on ne s'y méprenne pas cependant. Cet exposé préliminaire n'a aucune prétention au titre d'étude définitive. 11 n'a d'autre caractère que celui d'une introduction. Nous ne songeons pas à enseigner quelque chose de nouveau, mais seulement à rappeler les conclusions d'études particulières pour faire ressortir les grands traits de l'architecture romane en général et de la nôtre en particulier. Ces données indiqueront en même temps les caractères généraux auxquels nous pourrons rattacher plus tard nos déductions personnelles.
L'histoire de l'art ne commence vraiment qu'avec la civilisation, et la première civilisation qui rayonna jusqu'en nos contrées fut celle de Rome. La reine du monde antique porta jusqu'aux confins de son empire, à la suite de ses légions et de ses colons, sa langue, ses lois, ses mœurs, son art. Les constructions romaines s'élevèrent nombreuses sur le sol de la Gaule et de la Germanie, depuis les Pyrénées jusqu'aux bords du Rhin. L'influence de la civilisation romaine se conserva même en Gaule plus longtemps que dans le nord de l'Italie. Aussi un grand nombre de monuments chrétiens y furent-ils construits d'après les principes romains. De ce nombre sont la basilique de Saint- Martin de Tours (443-460), l'église de Clermont (446-462), la basilique de Lyon, etc. L'Allemagne vit s'élever, dès le v' siècle, la basilique de Trêves et l'église polygonale de Saint-Géréon, à Cologne (1).
Cependant, comme à cette époque la nouvelle religion ne se répandit guère en dehors des centres habités, les monuments religieux importants demeurèrent plutôt à l'état d'exception. Les petits édifices, et d'autres même d'une certaine importance, furent construits en bois, surtout dans la région du nord. De plus, les invasions des barbares, qui mirent, aux iv' et
(1) Voir Kraus, Geschichte der christlichen \unst, Fribourg en B., J896, t. 1, p. 600 et suiv. ; — HoLTZiNGER, Die Jllt christlichen Architeclur, Stuttgart, 1889, p. 8) et 179; — C. Enlart, Manuel d'architecture française, t. \, Architecture religieuse, Paris, «902, p. 101 et suiv.