LA TOUR DE SAINT- QUENTIN A LOUVAIN
L'église Saint-Quentin date presque entièrement de la seconde moitié du xv' siècle. La tour et les deux travées adjacentes qui servent aujourd'hui de magasins sont seules d'une époque antérieure, qu'on fixe généralement au xiv^ siècle (i). C'est, nous semble-t-il, une erreur.
En effet, la partie ancienne du clocher est divisée en deux sections bien distinctes dans lesquelles on relève des traces évidentes de remaniements effectués au xiv^ siècle sur une construction antérieure (2).
Tout d'abord, il ne peut y avoir aucun doute sur la préexistence du clocher relativement à l'église actuelle. L'absence d'unité saute aux yeux à la vue du plan terrier. Ce fut sans doute faute de ressources que l'église n'a pas été terminée sur le plan nouveau; elle devait comporter au moins une travée de plus, car des amorces d'arcs et de nervures se voient du côté de la tour.
Cette tour repose sur quatre piliers, dont deux sont isolés, reliés entre eux par des arcades en plein cintre, d'un tracé et d'un profil absolument romans. L'archivolte séparant le clocher de la nef est actuellement cachée par le jubé et par la chapelle des fonts baptismaux, qui en occupe le rez-de-
FlG. 23.
Église Saint-Quentin. Pl\n de la Tour.
(T{elevé de M. Langerock- )
(/) E. Van Even, Louvain dans le Passé et le Présent, Louvain, 1895, p. 382. (2) L'étage supérieur et la flèche ont été ajoutés récemment d'après les plans de M. Langerock.
T.* Ctrchltec- chaussée. Les arcades latérales sont également en partie bouchées et leur ture romane embrasure sert d'armoire.
en 3rabant. Tandis que le bas-côté sud a une voûte d'arêtes datant d'une époque plus récente, celui du nord est couvert d'une simple charpente consolidée par une série de contrefiches reposant sur un sommier appuyé lui-même sur une suite de corbeaux en pierre. Un contrefort plus saillant renforce les piles intérieures et se termine en biseau sous la toiture. Nous trouverons dans l'église Saint-Jacques de Louvain des exemples identiques de ces deux dernières particularités.
La nef du milieu conserve, au-dessus du berceau de la chapelle des fonts baptismaux, une voûte ogivale sur nervures retombant sur quatre consoles sculptées. Cette voûte date de la fin du xv' siècle. Le profil des nervures
F>G. 24- Coupes transversale et longitudinale de la Tour de l'Église
Saint-Quentin a Louvain. (T{estitution de l'auteur.)
le démontre et l'on a conservé le texte du contrat que fit, en 1489, l'église avec Georges de Cuyper pour la confection de ce travail (1).
L'angle sud-ouest du clocher est flanqué par une tourelle d'escalier conduisant aux étages supérieurs qui, de même que les bas-côtés, sont éclairés
(i) Acte des échevins delà ville, 14 décembre 1489 ; — Van Even, op. cit., p. 38o,
par d'élégantes fenêtres ogivales ayant le profil du xiv' siècle. Deux contre- T^Ct Tour de forts de la même époque occupent les angles des bas-côtés. S. - Quentin
La chapelle des fonts baptismaux reçoit le jour par une fenêtre en demi- à T^OUVClin. lune du xviu' siècle, tandis que le premier étage de la tour n'est éclairé que par une étroite meurtrière du côté nord et par une autre agrandie, sur la façade.
La partie ancienne de la tour a été conservée jusqu'à la hauteur de la corniche des nefs. Seulement, en observant attentivement la façade, on remarque, dans cette partie ancienne, deux constructions superposées : jusqu'aux meurtrières du premier étage, l'appareil est irrégulier, endommagé, entrecoupé de pierres ferrugineuses. 11 est à supposer que seule les étages supérieurs furent édifiés au xjv' siècle tandis que la partie inférieure date, pour une grande part, des environs de l'an i 200.
Voici les raisons en faveur de cette hypothèse :
Tout d'abord aucun document historique ne s'oppose à ce que l'on fasse remonter à cette époque la construction du clocher. Nous savons, en efFet, que, vers 1 180, fut fondée, sur le « \Caaib erg », la première chapelle dédiée à saint Quentin, et qu'en 1 232 cette chapelle figurait dans un diplôme avec le titre d'église(i). En i252, lors de la délimitation paroissiale, Saint-Quentin devint l'une des sept paroisses de la ville.
Rien d'étonnant donc à ce que nous retrouvions des restes de la chapelle de l'église primitive.
11 y a d'autres arguments plus positifs qui prouvent l'antiquité de ce fragment. C'est d'abord la construction même de la partie inférieure, qui n'a aucun des caractères propres aux édifices du xiv« siècle. La façade a
FiG. 25. Tour de l'Église Saint-
(Croquis de l'auteur.) Quentin a Louvain.
(1) Acte d'autorisation délivré par le pléhan de "Louvain pour l'érection â'une chapelle au grand béguinage, dans Van Even, op. cit., p. 379,
L archttec- l'aspect d un simple mur sans contrefort ni saillie, comme la plupart des ture romane constructions romanes de notre pays, avec le moins possible d'ouvertures en Brabanl, du côté occidental. Jl n'y a pas d'entrée à la façade, mais une simple fenêtre en plein-cintre dont on voit encore une partie du tracé à côté de la demilune moderne; à l'intérieur se voient de grandes arcades cintrées avec impostes à moulures romanes et des fenêtres en meurtrières. En un mot, rien n'indique la main des constructeurs du xi\^ siècle, tandis que tout fait supposer un édifice roman remanié.
11 existe, il est vrai, à la construction ancienne, des fenêtres ogivales et des contreforts, mais ils sont du xiv^ siècle et contemporains de la partie supérieure de la tour, adaptés tant bien que mal à la construction primitive. L'appareil des murs extérieurs a été renouvelé, on le remarque parfaitement aux ruptures dans les assises, et c'est dans ce nouvel appareil que les fenêtres furent percées. C'est identiquement le même cas pour la tourelle d'escalier, qui n'est pas en harmonie avec la construction primitive car elle obstrue une partie de l'arcade sud. Son revêtement intérieur est en briques, ce qui prouve qu'elle n'est pas antérieure au xiv^ siècle. Cette tourelle fut intercalée dans la bâtisse lors de la surélévation du clocher. En efFet, jusqu'à la hauteur de la seconde zone, les assises de la tourelle sont en désaccord avec le reste du parement tandis que, plus haut, elles concordent parfaitement. On ne peut exiger de preuve plus frappante. Nous pouvons conclure que la partie inférieure du clocher de Saint- Quentin, et les murs de façade des bas-côtés adjacents, datent, non pas du début du xiv' siècle, mais de l'époque romane, vraisemblablement de la fin du xii' ou du commencement du x)ii« siècle. Ils constituent, par le fait même, la plus ancienne construction religieuse qui subsiste à Louvain. Ils formaient la première travée de l'ancienne église dont nous possédons ainsi les principales dimensions en largeur et en hauteur. C'était une basilique à trois nefs, à clocher occidental, sans voûtes.