L'ANCIENNE ÉGLISE SAINT-PIERRE A LOUVAIN
Parmi un grand nombre d'églises démolies, il en reste quelques-unes sur . lesquelles nous possédons des notes ou des documents, qui, s'ils sont inca-
pables de nous donner l'aspect intégral de ces monuments, peuvent cepen- église dant nous renseigner suffisamment pour nous permettre une classification S. -Pierre à approximative. 'Louvatn.
Un des plus importants parmi ces édifices disparus est la collégiale de Saint-Pierre à Louvain qui fut remplacée, dans le courant du siècle, par la magnifique basilique ogivale que nous admirons encore. L'église primitive fut édifiée et érigée en collégiale par le comte Lambert Baldéric, vers la fin du siècle. On a cru en voir le dessin sur une monnaie de i 140 publiée par Van Even (i), mais cette supposition est bien téméraire. Bornons-nous à dire de ce temple qu'il fut incendié, en 1176, le jour de la ' saint Laurent et reconstruit presque immédiatement après.
Nous connaissons davantage du second édifice qui l'a remplacé :
L'aspect de la façade nous est resté sur l'empreinte de plusieurs sceaux de la ville (2) et sur des monnaies de l'époque.
Un sceau du milieu du xiii' siècle (fig. 26) la représente, à l'état d'ébauche, il est vrai, comme une construction romane, ce qui
doit être exact, étant donnée l'époque de sa construction. La façade se compose d'un massif central recouvert d'une toiture en bâtière à croupes et surmontée de deux boules dorées supportant des croix. Ce massif est flanqué de deux tourelles rondes, couvertes en cônes et également couronnées par des boules semblables aux premières. De distance en distance, des cor-
()) Van Even, Louvain dans le Passé elle Présent, Louvain, Fonteyn, p. 3 14.
(2) C'était la coutume des communes, depuis l'époque de leur reconnaissance, de représenter dans le sceau un symbole de la ville, très fréquemment un édifice caractéristique : — G\RY , Manuel de diplomatique, Paris, 1894, p. 648.
Église Saint-Pierre, a Louvain.
(D'après un sceau du XJJJ' siècle.)
Varchitec- dons saillants entourent ces tourelles, qui se terminent, en dessous de la ture romane toiture, par une galerie sur colonnettes. La construction centrale n'a enBrabant. qu'une seule rangée de fenêtres situées à l'étage supérieur : ce sont trois
des colonnettes. Au milieu de la façade se trouve une grande arcade qui ne peut être qu'une porte.
D'autres sceaux, datant de i32o environ, représentent encore le même édifice, mais ces sceaux sont gothiques et l'église également est gothicisée (fig. 2 y).
Ce n'est là, évidemment, qu'une interprétation, ce qui permet de supposer que le dessin du cachet n'a aucune prétention à l'exactitude et que l'église n'y représentait qu'un symbole.
Au siècle suivant, l'aspect se modifie encore. Une tourelle apparaît sur le faîte de la façade et la grande porte est remplacée par l'écu de Louvain, de gueules à la fasce d'argent. Or, on trouve, dans les archives de la ville, qu'en i38i l'administration communale fit établir un clocheton sur l'église pour y enfermer l'horloge de la ville. 11 était orné de six lucarnes garnies en plomb (i).
C'est ce dernier dessin qui nous semble répondre le plus exactement à la réalité ; il est notablement mieux dessiné que les autres et l'adjonction de la tourelle d'horloge prouve que l'auteur s'est inspiré du monument. Nous ne possédons pas de reproduction de cette empreinte, mais on peut voir à peu près le même dessin sur des monnaies du xv' siècle que nous donnons (fig. 28).
Que peut-on induire de ces quelques indices sur le caractère de cette façade? 11 nous paraît tout d'abord impossible qu'ils représentent le tracé ou la coupe des nefs, ce qui serait admissible seulement si l'édifice appartenait au groupe de l'Escaut. L'église avait certainement trois nefs ; or on
(1) Van Even, op. cil., p, 336.
baies géminées séparées également par
F'G- 27. Eglise Saint-Pierre, a Louvain.
{D'après un sceau du XJY' siècle.)
ne voit sur l'empreinte aucune trace de nefs latérales ; ensuite la forme de la toiture ne peut en aucune façon représenter un pignon ; enfin, la tourelle d'horloge y est à cheval sur un faîte perpendiculaire et non parallèle à l'axe de l'édifice et au regard du spectateur.
Il résulte que cette façade formait un bâtiment séparé, une sorte de grande tour quadrangulaire, recouverte par une toiture à deux versants à croupes, flanquée de tourelles d'escalier et formant avant-corps devant les trois nefs de l'église. C'était donc un porche occidental semblable à ceux de Liège, de Nivelles et de Maestricht, une sorte de narthex que nous sommes tentés de comparer à celui de Notre-Dame en cette dernière
FiG. 28. Monnaies du xv' siècle.
ville. Dans les deux édifices, on voit le même
massif carré flanqué de deux tourelles rondes dépassant la toiture de la tour, la même absence de fenêtres, sauf à l'étage supérieur, la même toiture à deux versants, correspondant à un plan rectangulaire.
Des analogies très frappantes existent encore entre la tour qui nous occupe et celle de plusieurs églises allemandes, comme la cathédrale de Hildesheim, les églises de Fischbeck (1), Minden et Gernrode (2)-
L'ensemble de notre façade présente, il est vrai, un aspect beaucoup plus trapu que celui de la plupart des édifices que nous venons de citer, mais on peut expliquer cette difiFérence par le caractère même des dessins que nous possédons. Ce qu'il fallait sur des sceaux, c'était une image qui rappelât la façade le mieux possible, tout en remplissant le centre circulaire du sceau ; or, pour le remplir convenablement, il fallait exagérer la largeur de la tour aux dépens de sa hauteur.
Mais pourquoi cette représentation de la façade de Saint-Pierre dans le sceau de la ville et sur les monnaies? C'est que l 'avant-corps ne faisait pas partie intégrante de Téglise. 11 formait probablement le befiFroi où les chartes accordant les privilèges étaient conservées (3) et, de ce fait, devenait en une sorte de symbole de la cité. Van Even, dans son ouvrage, dit que l'une des tours latérales servait de beffroi et que l'on y conservait les chartes dans une salle voûtée très sombre. 11 est impossible qu'une simple
(1) Dehio et VON Bezold, op. cit., pl. 211.
(a) Ibid., pl. 2 14.
(3) Van Even, op. cit., p. 337.
L'église S. -Pierre à Louvain.
T.' drchitec - tourelle d'escalier ait tenu lieu de beffroi. D'ailleurs, les textes qu'il cite ne ture romane parlent pas de l'une des tours, mais de la tour : « in der stat torre » (i) ... en^rabant. ^ gehaelt hebben de privilegiën uten torre van Sint-Peters Kercke » (2).
C'est encore de la tour qu'on parle en relatant l'incendie qui la détruisit en 1458 : « van den brande van den torre van Sint-Peters Kerken ».
L'avant-corps servait donc de beffroi et figurait comme tel dans le sceau de la ville. Ce beffroi renfermait probablement à l'étage, comme ceux de Tirlemont et de Nivelles, des salles voûtées, disposées convenablement pour renfermer le coffre aux archives. On a souvent posé la question de la destination de ces salles voûtées dans les avant-corps d'église. Cette solution particulière pour Louvain est un exemple qui pourra servir peut-être à l'éclaircissement d'autres cas analogues.
Nous ne savons presque rien sur l'église même que cet avant-corps abritait contre les vents d'ouest. Etait-elle grande? nous croyons que oui et nous le déduisons de plusieurs faits. D'abord les grandes églises seules avaient des avant-corps de cette espèce ; nous savons ensuite qu'on dut démolir une partie du choeur pour pouvoir y placer celui qui existe actuellement, et que ce chœur devait avoir certainement un pourtour puisqu'il est dit, dans le même texte, qu'on en démolit les piliers, toutes particularités qui ne se rapportent qu'à un édifice important. Puisque nous avons vu, dans le narthex de Louvain, beaucoup d'analogie avec celui de l'église Notre-Dame à Maestricht qui est l'une des rares églises rhénanes dont le chœur est entouré de colonnes, serait-il téméraire de supposer que le plan de l'église Saint-Pierre se rapprochait de celui de la basilique de Maestricht ?