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LA TOUR DE VERTRYCK

Fig. 95.— Moulures au clocher de Vertryck.

L'église de la commune de Vertryck (1) comprend trois parties bien distinctes : r le chœur et le transept, construits au commencement du xv' siècle par l'abbaye de Villers et auxquels une restauration intelligente vient de rendre leur beauté première; cette partie compte parmi les monuments les plus intéressants de nos campagnes : 2° le vaisseau, composé d'une triple nef, fort curieuse, beaucoup moins élevée que le transept et le chœur et recouverte d'une toiture à deux versants ; les murs sont construits en briques et la nef principale va s'élargissant de la tour au chœur ; cette partie date du commencement du xix' siècle : 3° enfin, la tour occidentale, de

style roman, reste de l'église primitive, qui fera, seule, l'objet de cette notice.

Cette tour a le même aspect, simple et trapu, que la tour de Berthem, quoique sa construction soit plus soignée. Une plinthe moulurée en

(i) A. Wauters et Tarlier, op. cit., canton de Tirlemont, 2' partie, p. 108 et suiv. Le village est nommé, pour la première fois, en i 160. L'église appartenait à l'abbaye de Villers et elle est dédiée à la sainte Vierge et à sainte Lucie.

Fig. 96.

Église de Vertryck. (Plan de la Tour et des Nefs.) (T^estitution de l'auteur.)

quart-dc-rond entoure le rez-de-chaussée ; la porte principale est actuelle- 'La Tour de ment percée dans la façade, mais, comme dans les églises similaires, cette yertrycîl. porte est récente. On le voit distinctement tant à son caractère avant la restauration qu'à l'interruption qui existe dans la plinthe. Elle fût vraisemblablement percée lors de la construction des nefs actuelles. Quelques vieux habitants de la commune se rappellent encore le temps où l'on entrait dans l'église par la première travée des nefs du côté sud et où le bénitier se trouvait accroché à la première colonne. Les premier et deuxième étages de la tour ne sont éclairés que par une étroite lucarne.

On y a accès par un escalier logédans t»Z ^ y r ^^HH^^^K "'^^ tourelle hexagonale qui, elle f^"*r.r ^'^^^ — ^^^^^^^^^^^^^L aussi, date d'une époque postérieure

(fig. 98). Tout l'indique: le manque de liaison avec le reste de la construction, la forme insolite et la façon grossière dont l'ouverture conduisant de la tourelle à l'étage du clocher est taillée dans l'épaisseur du mur. Le second étage présente sur le premier une retraite accentuée. 11 est séparé de l'étage des cloches, à l'extérieur, par un cordon simple formé d'un tore épais. Deux ouïes se voient sur chaque face de cet étage ; elles sont bien conservées et élégantes. Une colonnette à chapiteau cubique les divise en deux petites baies cintrées, en retraite sur le parement extérieur. Sous la toiture se trouve une corniche formée d'un boudin et d'un cavet. La flèche est moderne.

A l'intérieur, le rez-de-chaussée, dont le plan n'est pas exactement carré, est couvert d'une belle voûte sur nervures. Mais cette voûte n'est pas du

Fig. 97.

La Tour et les Nefs de Vertryck. (État primitif.) (T{estitution de l'auteur.)

V architecture romane en Brabant.

même âge que le reste de la construction, car ses remplissages sont en briques. La forme des culs-de-lampe qui la portent et le profil des nervures se rapprochent cependant singulièrement de ceux de la tour de Vossem. Nous n'avons pas trouvé de traces d'une voûte antérieure. Une arcade en

plein-cintre sans ornements met le rez-dechaussée en communication avec les nefs. Au premier étage, cette arcade est remplacée par une porte étroite et basse, comme celle qu'on trouve à Berthem.

Dans son ensemble, la tour de Vertryck révèle donc un art déjà moins primitif que celui dont les églises de Berthem ou d'Héverlé nous donnent des exemples; elle a exactement la même plinthe, la même retraite au deuxième étage, les mêmes ouïes que la tour d'Hérent.

Le vaisseau ancien, contemporain du clocher, avait trois nefs, les ouvertures latérales dans le transept gothique le prouvent à l'évidence. Leur hauteur nous est indiquée par les traces de la toiture primitive indiquées sur le mur de la tour en-dessous des combles actuels.

Au moyen de ces données, nous avons tenté un essai de restitution du système de ces nefs (fig. 97). Nous ignorons cependant le nombre des travées et la hauteur exacte des bas-côtés.

FiG. 98.

Tour de Vertryck.

(État actuel.) (Croquis de l'auteur.)

L'EGLISE DE BUTSEL

L'église Saint-Martin, à Butsel (1), paroisse dépendant de la commune de Bautersem est des plus simples; elle n'est cependant pas sans intérêt. C'est un type curieux de petite église. Alors que, dans la plupart des

(1) Ch. Wauters et Tarder, op. cit., canton de Tirlemont, 2' partie, p. 1 35. L'église appartenait à l'abbaye de Villers.

Église de Butsel. (Plan primitif.) (Relevé de l'auteur.)

édifices romans, c'est le chœur qui a été l'objet de modifications, à Butsel, au contraire, la nef a été reconstruite en grande partie et le chœur est resté intact.

L'édifice consiste en une grande salle rectangulaire terminée à l'est

par un presbyterium et une abside semi-circulaire, avec un clocher occidental surmontant le pignon. L'ensemble est donc une sorte de simplification du type de Berthem.

Les murs de la nef, jusqu'à une hauteur de

2"'5o, appartiennent à la construction primitive, mais toute la superstructure, ainsi que la première des quatre travées datent, de l'année 1861 . Le chœur, séparé de la nef par une arcade, présente, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, identiquement la même ordonnance qu'à Berthem. 11 est donc inutile d'en faire une description détaillée; notre relevé y suppléera. Bornons-nous à signaler quelques détails particuliers à l'édifice:

Moins ornée que celle de Vossem, la chapelle de Butsel est cependant plus riche que l'église de Berthem. Une plinthe entoure à l'extérieur toute la construction et la toiture repose sur des corbeaux. Le chœur n'a pas de porte du côté sud, comme plusieurs des églises que nous avons étudiées, mais bien du côté nord, disposition que nous avons déjà signalée à Vossem.

Cette porte, elle aussi, présente la battée du côté intérieur. 11 faut donc qu'il y ait -12.

, FiG. 100. Église DE Butsel.

eu une sacristie ou une annexe quel- ,^ ^ .

T (Coupe sur la iNef.)

conque de ce côté. Ce qui semble confir- (i{esHtuUon de l'auteur.)^

'L'église de Butsel,

T^* archttec- mer cette hypothèse, c'est que la partie carrée du chœur n'a pas, de ce ture romane côté, des corbeaux à la corniche; ils sont remplacés par un larmier continu en Srabant. doit avoir protégé une toiture en appentis.

Cette solution apparaîtrait évidente si, toujours comme à Vossem, il n'y avait une fenêtre dans le mur nord du choeur. Laquelle est plus ancienne, la fenêtre ou la porte de la sacristie ? Les deux semblent être du même âge et cependant elles s'excluent l'une l'autre.

Toutefois, comme des portes semblables à celle-ci se rencontrent dans les édifices jusqu'à l'époque ogivale, il faut croire que celle de Butsel est également postérieure au chœur.

Chose digne de remarque : en dessous de l'autel actuel se trouve encore, appuyé contre le chœur de l'hémycicle, l'autel primitif de l'église, simple massif de maçonnerie formant un parallélipipède sans ornement aucun et couvert d'une dalle avec moulure très simple.

L'ÉGLISE DE CUMPTICH

Fig. ) oi . — Profils des cordons et impostes à l'église de Cumptich.

L'église de ce village (i) situé à l'ouest de Tirlemont, est dédiée à saint Gilles. Elle fut, depuis le xii^ siècle jusqu'à la Révolution française, la propriété de l'abbaye d'inden, près d'Aix-la-Chapelle. Elevée sur une hauteur, elle domine tout le pays environnant. La tour et les nefs furent reconstruites vers i83o et portent le cachet de cette époque néfaste. Mais 1 reste de l'ancienne église le chœur et les bras du transept, qui sont pour nous des documents d'un intérêt primordial, tant par le mérite intrinsèque de leur construction que par l'état de conservation dans lequel ils nous sont parvenus, sans qu'aucune restauration ne les ait altérés.

En voici une description sommaire, que les photographies et relevés qui l'accompagnent rendront intelligible.

Le transept et le chœur appartiennent à une église à trois nefs, en forme de croix latine. Les bras du transept, rectangulaires et plus étroits que la nef centrale, se terminent par un chevet plat, de même que le sanctuaire. Sur l'extrémité du transept nord est grefPée, à l'est, une chapelle de forme semi-circulaire. 11 en était de même du côté sud, mais cette chapelle, plus

(i) Alph. Wauters, Géographie et Histoire des communes belges, canton de Tirlemont, Bruxelles, 1882, p. iSy.

petite, a disparu pour faire place à la sacristie. L'arcade qui la reliait au transept se distingue encore nettement sous le crépissage intérieur. Toutes ces parties sont voûtées, le chœur et la croisée en arêtes sur doubleaux surbaissés, les transepts en berceau et la chapelle semi-circulaire en cul-defour. Ces voûtes sont construites en moellons de grès, de même que tout

FiG. 102.

Eglise de Cumptich (Plan.

'L'église de Cumptich.

(T{eleve' de l'auteur.)

l'édifice, sauf les assises inférieures qui se composent de grands moellons en quartzite d'Overlaer. Les voûtes ne sont pas portées sur des piédroits mais se perdent dans les murs, sauf celles du choeur dont les arcs formerets, légèrement accusés, descendent jusqu'au sol en un ressaut à faible saillie.

Les arcs doubleaux sont portés sur des pilastres couronnés de tailloirs biseautés, décorés de sculptures à très faible relief, représentant des demirosettes à feuilles multiples, ornement plus spécial à la peinture. L'ensemble est assez irrégulier : l'arcade qui s'ouvre sur le transept méridional est notablement plus basse que son pendant et les retombées des voûtes ne se font pas exactement dans les angles. Des mains peu habiles y ont travaillé.

'L* Ctrchitec- A Textérieur, le chœur se distingue par une richesse de décoration peu ture romane commune et que nous ne rencontrons dans aucun autre édifice (fig. 1 04-1 o5). en Srabdnt. Cette décoration est composée de trois étages d'arcatures séparés par des moulures saillantes. Au rez-de-chaussée, sur chaque côté, trois grandes arcades retombent sur des pilastres, par l'intermédiaire d'un tailloir en doucine. Une plinthe, actuellement enterrée, contourne toute la base. Au premier étage, sur trois faces, se voit une petite fenêtre en plein-cintre, encadrée de deux bandes murales qui vont se relier auxpilastes angulaires au moyen de trois arcatures portées sur des moellons. La fenêtre du chevet est condamnée et cachée par le maître-autel ; par contre, les deux baies latérales ont été notablement agrandies aux dépens des arcatures. A l'étage supérieur, il semble qu'on ait voulu établir une galerie rhénane, mais elle n'est pas ajourée et se compose d'une série d'arcatures portées par d'élégantes

Fig. jo3. Église de Cumptich. (Coupe sur les Transepts.)

(T^elevé de l'auteur.)

colonnettes aux chapiteaux sculptés. L'épaisseur du badigeon qui les recouvre ne permet malheureusement pas d'étudier tous les détails de ces sculptures. On y distingue cependant avec certitude des crochets entre lesquels se trouvent des feuilles traitées en creux. Le pignon du chœur.

FiG. 104. Église de Cumptich. (Le Chœur.)

(Phot. de l'auteur.)

construit en briques, est d'une époque plus récente. Nous sommes réduits à des conjectures sur son aspect primitif.

Les transepts sont beaucoup moins décorés que le chœur. L'aile méridionale surtout est simple, mais tout paraît indiquer qu'elle fut modifiée et en partie reconstruite. A l'aile nord, le chevet est orné de trois arcades, dont celle du milieu, plus élevée, encadrait anciennement la fenêtre malheureusement agrandie depuis, ce qui a détruit la belle ordonnance de l'ensemble.

La chapelle semi-circulaire s'ouvrant dans le transept est ornée de pilas-

T.* archttec- très reliés par des arcatures et d'une corniche en quart-de-rond. Le panneau fure romane du fond encadrait jadis une fenêtre aujourd'hui bouchée. La partie intéenBrabant. figure entre l'abside du transept et'le chœur n'a pas cette ornementation.

Autrefois, comme l'indique un dessin de VJlHas de l'abbaye de la Cambre représentant l'église de Cumptich, il existait entre cette abside et le chœur une petite sacristie (fig. 107).

Les nefs primitives furent démolies au début du siècle dernier et remplacées, ainsi que nous l'avons dit, vers l'année i83o, par une construction sans caractère. 11 n'est cependant pas impossible de les reconstituer au moins partiellement.

11 est certain que l'église ancienne avait la même largeur que l'édifice

Église de Cumptich. (Le chevet du Chœur.

actuel : la partie inférieure des murs des bas-côtés jusqu'à la hauteur des fenêtres subsiste encore ; son appareil est le même que celui du transept : les assises inférieures en quartzite, le reste en moellons de grès réguliers.

A l'intérieur il existe aussi quelques indices précieux. Les piliers terminaux de la nef, engagés dans les piles du transept, ont été arrondis, mais

'L'église de Cumptich.

FiG. )o6.

Eglise de Cumptich. (Elévation du coté nord.) (T^estitution de l'auteur.)

les abaques anciens sont demeurés et donnent la hauteur exacte des anciens piliers. Reste la longueur des travées, que nous pouvons connaître parce que, sur une dis-

tance de 5 à 6 mètres, les murs supérieurs de la nef ont été conservés.

Un œil exercé y reconnaît distinctement le tracé des anciennes fenêtres ci ntrées . Ces fenêtres étaient plus grandes que celles qu'on rencontre ordinairement dans les églises rurales et leur écartement d'axe en axe est

FiG. J07. Église de Cumptich.

(D'après VJÏtlas Je l'abbaye de la Cambre.)

L archltec- de 3"9o, ce qui nous donne aussi la dimension des travées. La hauteur des ture romane fenêtres et la nudité des murs nous disent qu'à la différence du chœur, les enBrabant. ^^^^ étaient couvertes de plafonds plats. D'après la disposition de l'ensemble, la hauteur du plafond devait être à peu près la même autrefois qu'aujourd'hui (fig. 108).

11 est difficile de déterminer la longueur de l'église; les parties anciennes ne se retrouvent que jusqu'à une certaine distance ; toute la partie occidentale a été renouvelée et, sans doute, agrandie.

D'après VJltlas de l'abbaye de la Cambre, l'église ne comptait cependant

Fig. 108, Église de Cumptich. (Coupe longitudinale.)

(T^estitution de l'auteur.)

que trois travées. Si ce dessin est exact, il nous reste les murs extérieurs de toute la nef ancienne.

Le clocher, masse carrée, sans doute inachevée, se trouvait à l'occident devant les nefs. 11 était percé d'embrasures étroites et couvert d'une toiture en pyramide. Cette tour, comme celles de Saint-Quentin et de Saint- Jacques à Louvain, était accostée de deux bas-côtés avec lesquels elle était reliée sans doute par des arcades cintrées. Une petite porte s'ouvrait dans la première travée du nord.

L'EGLISE DE HOXEM

Hoxem est un hameau pittoresque dépendant de la commune de Hougarde. Sa petite église (i), formée de diverses constructions élevées à des époques différentes, conserve une tour qui mérite de retenir un instant l'attention. C'est la seule partie romane de l'édifice ; le chœur, assez vaste, est une coquette construction du xiv' siècle et le transept est du xvf. 11 n'y a pas de nef proprement dite.

La tour, peu élevée, est bâtie en pierres d'Overlaer et couronnée par une flèche élancée en bâtière à croupes, anomalie qui est la conséquence du plan en forme de rectangle. Deux puissants contreforts ajoutés plus tard, soutiennent les angles de la façade. La porte d'entrée donnant accès à l'église, et qui est évidemment postérieure à la construction, s'ouvre dans le mur occidental de la tour. L'intérieur ne reçoit la lumière que par d'étroites meurtrières, sauf cependant à l'étage des cloches qui est percé de petites baies en plein-cintre, au nombre de six, dont deux à la façade et à l'est, et une sur chacun des autres côtés. La construction repose sur des arcades bouchées, d'un tracé semi-circulaire, portées sur des piliers couronnés de tailloirs et profondément enterrés.

Cette dernière particularité s'explique facilement par le niveau très bas auquel est construite l'église située au fond de la vallée, près du ruisseau. Au-dessus de l'arcade méridionale, on voit deux corbeaux à encoche surmontés d'un larmier. La même arcade est reproduite dans le mur occidental du transept sud et au-dessus on voit encore la trace d'une toiture en appentis.

11 est donc avéré que, contrairement à la règle suivie dans les autres églises de village, la tour de Hoxem occupait l'emplacement de la première travée de la nef centrale. C'est la raison de son plan rectangulaire, et le seul intérêt qu'elle ait pour nous.

Quant au reste de la chapelle primitive, nous n'en connaissons pasgrand'chose, sauf la largeur et peut-être la longueur, qui sont indiquées par les

'L'architecture romane en Brabant,

(i) A. Wauters, Géographie et histoire des communes belges, canton de Tirlemont, communes rurales, première partie, p. 45 ; — Bulletin des Métiers d'art, première année, p. 370.

La chapelle de Hoxem fut érigée en collégiale par une fondation du chroniqueur Jean de Hoxem en t 3 ^^4. {Voir Jlnalectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, t. 11, p. 426-434.) — Elle fut desservie, durant le siècle dernier, par l'un des vicaires de Hougaerde, et c'est tout récemment, en 1903, qu'elle fut érigée en paroisse.

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