LE CLOCHER DE HAEKENDOVER
On pourrait suivre sur l'église de Haekendover (i) toutes les phases de l'évolution de l'architecture, depuis l'époque romane jusqu'à nos jours. 11 n'est aucun siècle, depuis le xi^, qui n'y ait laissé son empreinte ; aussi une monographie de cette église importante serait-elle du plus haut intérêt. Une description détaillée trouvera naturellement place quand nous parlerons de l'époque de transition à laquelle appartient la plus grande partie des nefs. La tour seule, à notre avis, est de style roman.
Si on fait abstraction des contreforts ajoutés en 1860, cette tour se compose de quatre murs très épais, sans reliefs ni ornements, sans porte d'entrée, percés seulement aux étages inférieurs par quelques fenêtres en meurtrière. Le plan n'est pas absolument carré mais plutôt en forme de parallélogramme : les murs latéraux ne sont pas d'équerre avec la façade. On ne trouve, à l'intérieur, aucune indication permettant de croire que les étages furent séparés par des voûtes. Le rez-de-chaussée communiquait autrefois avec la grande nef par une arcade étroite et peu élevée en plein-cintre, reposant sur des piédroits à impostes. Actuellement on a placé les fonts baptismaux dans une partie du rez-de-chaussée.
La nef qui fait suite au clochera subi, elle aussi, bien des remaniements. On a caché, sous le plafond actuel, probablement en 1765, les belles fenêtres en plein-cintre des murs goutterots. Les bas-côtés ont été surhaussés et les piliers carrés remplacés, de part et d'autre, par un seul massif octogonal. Cette nef date de l'époque de transition. Elle est entièrement postérieure au clocher et fut reconstruite sur l'emplacement de la première nef. Telle est, du moins, notre opinion confirmée par divers indices.
()) A. Wauters, Géographie et histoire des communes belges, canton de Tirlemont, communes rurales, première partie, p. Si et suiv. Haekendover est cité, pour la première fois, par le moine Rodolphe de Saint-Trond, au début du x\i' siècle (1 1 i 5). L'antiquité de ce village s'explique par sa situation sur la voie romaine de Tongres à Tirlemont. L'église Saint-Sauveur est l'une des plus célèbres du Brabant par un pèlerinage fameux. Elle brûla plusieurs fois, notamment en 1604, fut reconstruite en partie en 1610 et restaurée en iy65 et en 1860.
L architec- r L'appareil très grossier et irrégulier de la tour n'a rien de commun ture romane avec celui de la nef, tout entière en pierres jaunes taillées avec soin et en ^rabdnt. maçonnées avec art ;
2" Les nefs se relient au clocher d'une façon singulière. Les premiers
FiG. j ) 5. Église de Haekendover.
(J^elevé de l'auteur.) (Plan de la partie occidentale.)
piliers sont pour ainsi dire collés contre la paroi de la tour. On peut voir, même sur le plan terrier, qu'il est impossible qu'ils dépendent d'une construction homogène. De plus, l'axe des nefs ne concorde pas avec celui de la tour. La difiFérence entre les deux est de o"5o ;
3' La nef ancienne devait être moins élevée que celle du xni' siècle. On n'en peut douter après avoir constaté, à l'intérieur de la tour, à l'étage en-dessous des cloches, la présence de deux baies murées traversées obliquement par la pente de la toiture. Ces baies constituaient certainement les premières ouïes du clocher et dominaient le faîte de l'église. La nef
actuelle est donc postérieure au clocher et il s'ensuit que l'étage supérieur T.' architecdelà tour ne faisait pas partie du plan primitif; ture romane
4° 11 reste enfin, à l'étage en dessous de celui dont nous venons de parler, en^rctbant. les traces d'une autre baie aujourd'hui condamnée, qui donnerait, si elle était ouverte, dans l'intérieur de l'église actuelle, en dessous du plafond. 11 n'existe d'ouverture semblable dans aucun édifice roman du pays, et il est certain qu'elle a été construite pour donner communication entre la tour et les combles de la nef primitive. L'emplacement de cette baie indique par le fait même la hauteur de l'ancienne église.
11 n'y a donc aucun doute que la tour de Haekendover ne soit plus ancienne que les autres parties de cette église. Quant à l'église primitive elle-même, il n'en reste aucune trace. 11 serait donc impossible de la reconstituer. Le peu de hauteur de la nef semble indiquer cependant qu'il n'y avait pas de bas-côtés.
L'EGLISE DE GOSSONCOURT
L'église de ce village (i) fut bâtie en plusieurs fois, à des époques différentes. Le chœur à trois pans est une construction de la dernière période ogivale, le clocher occidental, massif et plein d'intérêt, date de l'époque de transition et les bas-côtés furent reconstruits et élargis au xviii^ siècle. 11 ne reste, de l'édifice primitif, que la nef centrale.
(i) A. Wauters, Géographie et histoire des communes belges, canton de Tirlemont, communes rurales, première partie, p. 1 23 et suiv. — On trouve le nom de Gossoncourt en i i 55.
L'église Saint-Laurent dépendait du doyenné de Léau. Son patronat et la plupart de ses dîmes appartenaient au doyen du chapitre de Saint-Denis, à Liège.
FiG. Ji6.
Église de Gossoncourt. (Coupe longitudinale.] (Tieîevé de l'auteur.)
Cette nef est construite en pierres jaunes de Lincent, tandis que la tour est en quartzite; les deux constructions s'adaptent néanmoins parfaitement l'une à l'autre : les moulures de la tour correspondent à celles de la nef.
Le vaisseau de l'église est porté sur douze piliers carrés, rapprochés et assez élancés, aux bases peu élevées. Ils portent des arcades en pleincintre par l'intermédiaire d'impostes saillantes sur les quatre côtés. Chaque travée des murs goutterots est éclairée par une fenêtre assez bien conservée, petite et à glacis abrupt. Un plafond moderne recouvre la nef centrale. La toiture, moderne aussi, a cependant conservé l'ancienne corniche à modillons simples, très rapprochés. La dernière arcade de la nef
FiG. 117. Eglise de Gossoncourt. (Plan.)
(J{elevé de l'auteur.)
est plus large que les autres et fait croire à l'existence primitive d'un transept semblable à celui de Neerheylissem. Si ce transept a réellement existé, ce que nous croyons malgré l'absence d'autres preuves, il a été démoli lors de la reconstruction des bas-côtés et remplacé par le transept non saillant et peu élevé qu'on voit encore actuellement. Les bas-côtés datent de la deuxième moitié du xvm' siècle, probablement de l'année i 774. Ils sont construits en briques et éclairés par trois grandes fenêtres qui ne
'L'architec fure romane enBrabant.
correspondent pas aux travées et qui font emprise sur la toiture au T.* Ctrchtfec moyen de pignons. Ils se prolongent des deux côtés du clocher, ce qui ture rOîïlCtne
n'était pas au plan , enBrabant.
primitif car ils cachent les larmiers de la tour. La porte d'entrée actuelle est percée dans l'extrémité occidentale du bas-côté sud et la tour n'a jamais eu de communication directe avec l'extérieur. Nous ignorons où se trouvait
l'entrée dans les bas- .^^«««^^..^^..j™,^™ côtés anciens. H|uflfl|É|' i.l' ^t^KFI^Bw^KÊÊfWÊlÊÊ^^
Du chœur primitif, nous ne connaissons que la largeur :
vraisemblablement
FlG.
Eglise de Gossoncourt. (Etat actuel.
une partie des murs latéraux en est restée. Cette église ayant plus d'un point de ressemblance avec celle de Neerheylissem, on peut supposer que la terminaison du chœur était carrée et que, avant la construction de la tour actuelle, l'église était pourvue à l'ouest d'un clocher simple et carré.
L'ÉGLISE DE NEERHEYLISSEM
L'église de cette commune (i) se trouvait, en ces dernières années, avant les travaux de restauration entrepris sous la direction de M. l'architecte Langerock, dans un état de délabrement complet. Cet état regrettable ne manquait pas cependant d'intérêt pour l'archéologue, car les remaniements
(]) A. Wauters, Géographie et histoire des communes belges, canton de Tirlemont, deuxième partie, p. 77 et suiv. — Le nom de Heylissem apparaît dès 101 i. Le patronat et les dîmes de l'église Saint-Sulpice appartenaient à l'abbaye de Flône.
Fig. 119. — Profil des impostes de l'église de Gossoncourt.
L archttec - efiPectués à l'église au cours des âges l'avaient été avec un sans-gêne et ture romane une franchise tels qu'ils s'accusaient immédiatement.
enBrabant. Quoique bâtie dans des formes générales communes aux autres édifices, cette église a quelques dispositions qui lui sont propres. Elle se compose de trois nefs précédées d'une tour carrée, d'un transept à absidioles orientales et d'un sanctuaire à trois pans. Le clocher et les nefs sont construits, en grande partie, en pierres jaunes de Lincent, le transept et le chœur en moellons irréguliers de quartzite.
Du clocher ancien, il ne subsiste plus, à proprement parler, que la moitié attenant à l'église. La partie antérieure s'est écroulée au xvii' siècle et a été reconstruite, tant bien que mal, peu de temps après. Les deux moitiés sont bien délimitées par des lézardes sur toute la hauteur de la bâtisse. A l'époque de cette reconstruction, l'entrée fut établie à l'occident et on condamna la porte qui se trouvait dans le bas-côté nord. Dans le transept sud, on en
FiG. J20. Église de Neerheylissem. (Plan.)
(Restitution de l'auteur.)
voyait une autre qui servait probablement au clergé et correspondait aux portes que nous avons déjà rencontrées dans plusieurs églises.
11 n'y a aucune trace de voûte à l'intérieur de la tour. 11 n'est pas impossible cependant qu'il ait existé une voûte et qu'elle ait été détruite lors de l'écroulement du clocher. Celui-ci communique avec la nef, au rez-de-
'L'église de 'Neerheylissem.
FiG. 121. Eglise de Neerheylissem. (Transept sud.)
(Phot. de l'auteur.)
chaussée, par une arcade basse et étroite ; à l'étage, par une baie qui sert actuellement d'entrée au jubé établi au fond des nefs. Chose curieuse, cette baie n'a pas l'apparence d'une porte, mais plutôt celle d'une fenêtre étroite ou même d'une meurtrière. Elle n'a, du côté de l'église, que o"'^5 d'ouverture, tandis qu'elle va en s'élargissant vers la tour. Elle ne semble pas avoir été destinée anciennement à donner vue dans l'église, mais à éclairer indirectement l'étage du clocher qui n'avait peut-être pas d'autre jour.
La tour n'a plus actuellement son élévation primitive. Elle a été coupée à la hauteur des ouïes, comme on peut s'en convaincre par notre photographie (fig. 121) et les débris de l'ancienne corniche ont été remployés pour la nouvelle toiture en forme de pyramide à quatre pans très surbaissée. 11 n'y a pas d'escalier extérieur. Si donc l'étage reposait primitivement sur une voûte, on n'y avait accès que par la petite ouverture que nous avons signalée.
'L* architec - Les nefs de l'église sont portées sur huit piliers oblongs, reliés par des ture roîîictne arcades. Ces piliers n'ont ni chapiteaux, ni impostes, mais le chanfrein qui en^rcibctnt ^ompx les angles à partir du piédestal fait le tour des arcs mêmes. Ces arcs ne sont pas en plein-cintre, ils ont un tracé à peu près elliptique, forme particulière qu'on ne retrouve plus ailleurs. Les bases des piliers, qui sont en saillie de o"i2, ont été enterrées lors du surhaussement du pavement. Comme les bases ont ordinairement la hauteur de o'ôo à o'So, nous avons suivi cette donnée pour déterminer approximativement l'ancien niveau du sol. Les deux arcades qui donnent dans le transept n'ont pas de chanfrein, mais nous verrons qu'il n'est pas impossible qu'elles
(J{estitution de l'auteur.)
Église de Neerheylissem.
(Coupe longitudinale.)
en aient eu un primitivement. La grande nef, de même que les nefs latérales, sont couvertes d'un plafond plâtré qui remplace l'ancien lambrissage.
Les murs des bas-côtés ont subi des changements importants ; celui du sud a été réparé, à diverses reprises, au moyen de briques ou de moellons. Les fenêtres furent notablement agrandies et l'on a ajouté, contre la tour, une salle rectangulaire communiquant avec l'église. Cette salle, par suite peut-être de sa destination primitive, porte encore le nom d'école. La toiture du bas-côté sud est supportée par une corniche chanfreinée portée
par une moulure en quart-de-rond dont il ne subsiste plus qu'une partie. 'L'église de Le bas-côté nord paraît avoir été entièrement reconstruit; il ne porte T^eerheylisaucune trace de modifications et il a l'appareil d'une construction du sent, xYui' siècle.
Les fenêtres hautes delà nef sont demeurées intactes; elles sont assez grandes pour une église de campagne et présentent du côté intérieur un glacis très abrupt aussi élevé que les fenêtres mêmes. La toiture de la nef est supportée par une élégante corniche formée de corbeaux sur lesquels repose une moulure continue en quart- de rond. La toiture, de même que la charpente, a été renouvelée et la pente a été portée à un angle plus aigu que celui des combles primitifs.
Les transepts de l'église furent encore davantage remaniés.Le croisillon nord a été entièrement reconstruit en briques, au moins dans les grandes lignes, d'après l'ancien plan. Celui du sud, fort éprouvé
aussi, se compose d'une travée carrée, un peu moins large que la nef principale, faisant saillie de r"5o sur le mur extérieur des nefs latérales. Dans le mur oriental du transept s'ouvre une baie donnant sur une abside semi-
FlG. 123.
Église de Neerheylissem. (Vue des nefs.
CPhot. de l'auteur.)
Eglise de Neerheylissem.
(Corniche du Chœur).
(Croquis de l'auteur.)
L Ctrchltec - circulaire, éventrée lors de l'établissement de la sacristie, mais dont le tracé ture romane reste très reconnaissable (fig. 12]). Cette abside était couverte d'une voûte en Srabanî^ en cul-de-four et le croisillon lui-même, aujourd'hui plafonné, avait jadis une voûte d'arêtes. Des ressauts à angles droits conservés dans deux coins
du croisillon ont servi à les porter. Ces ressauts ont disparu du côté des piliers, mais aujourd'hui ces derniers ne s'avancent plus jusqu'à l'endroit où les ressauts devaient se trouver. L'agrandissement des arcades aura fait disparaître les formerets de la voûte, les piédroits et les chanfreins.
La toiture des croisillons s'engage dans le mur de la nef principale à la hauteur de la corniche. On remarque dans le mur du transept une petite porte bouchée que nous avons déjà signalée et qui est couronnée d'un linteau en fronton. Une dalle funéraire occupe l'emplacement du battant. La fenêtre primitive du transept était apparemment assez grande, car on voit les traces de l'ancien arc au-dessus du chambranle moderne. Dans l'angle du transept sud et du bas-côté, on a construit, probablement au xviiie siècle, le baptistère.
11 reste à parler du sanctuaire. Celui-ci présente actuellement une travée rectangulaire et un chevet à trois pans. Ce dernier fut construit en 1762, date indiquée sur une pierre commémorative. L'ancien mur a donc été défoncé. Etait-il droit, comme ceux des autres églises à transept, ou en hémicycle, comme les chevets des absidioles? Tout porte à admettre plutôt la première hypothèse. Le changement fut, sans doute, exécuté dans le but d'agrandir le chœur. Si celui-ci avait eu une abside en hémicycle, l'agrandissement aurait été presque nul. On remarque aussi des traces d'arrachements, non dans les extrémités orientales des anciens murs, mais dans le côté intérieur. D'ailleurs, preuve évidente, les fouilles exécutées par M. l'architecte Langerock ont mis à nu les fondations de l'ancien mur terminal. Du côté nord, le mur du chœur est orné de trois grandes arcades portées sur des pilastres sans impostes.
Le chœur, de même que la nef, est couvert d'un plafond. Son détail le plus intéressant est la corniche extérieure, dont le biseau porte une décoration sculptée en damier, motif qui se retrouve fréquemment dans certaines écoles romanes, mais dont nous ne connaissons en Brabant que deux exemples, dans cette église et dans la collégiale de Nivelles.
L'ÉGLISE DE NODUWEZ
A voir l'église Saint-Georges de Noduwez (i), on ne se douterait guère de son ancienneté. De nombreuses modifications l'ont complètement transformée ; seul, le plan indique une origine romane.
Les matériaux employés à la construction sont surtout des quartzites des environs, auxquels on a entremêlé, dans les parties modernes, des pierres de Linsmeau, du grès blanc et des briques.
La tour est l'une des plus massives que nous connaissions; les murs ont i^iS à 2"'2o d'épaisseur. Sans ornements à l'extérieur, elle est divisée seulement par deux larmiers ; mais, à l'intérieur, elle présente plusieurs retraites successives. Une porte, percée en 1779, donne accès à l'église par le côté occidental ; le tracé ainsi que l'ébrasement et l'interruption de la plinthe indiquent clairement qu'elle n'est pas l'entrée primitive. L'angle sud-ouest est consolidé par deux contreforts puissants.
Le rez-de-chaussée de la tour, qui communique avec la nef au moyen d'une arcade cintrée, est couvert par une voûte moderne qui remplace, selon toute vraisemblance, une voûte primitive construite en arêtes. L'épaisseur extraordinaire des murs et la retraite importante qui se trouve à la hauteur du pavement de l'étage semblent le prouver. On accède à l'étage par un escalier d'un genre particulier, dont nous trouvons beaucoup d'exemples en Allemagne, mais dont cette église et l'église voisine d'Orp-le- Grand offrent les seuls spécimens que nous connaissions en Brabant. Cet escalier est logé entièrement dans l'épaisseur du mur méridional. Anciennement, avant l'adjonction du réduit qu'on voit de ce côté, une porte, dont
(i) Wauters et Tarlier, op. cit., canton de Jodoigne, p. 278 et suiv. Le village est cité, dès le début du xT siècle, dans Rodolphe de Saint-Trond, sous le nom de Nodewet. La collation de la cure se faisait alternativement par le chapitre de Saint-Jean à Liège, qui percevait la moitié des dîmes, et par l'abbaye d'Heylissem, qui partageait l'autre moitié avec celle de Villers.
'L'architecture romane en Brabant.
"L' architec - on retrouve le tracé, donnait, de l'extérieur, accès dans la cage d'escalier. fure romane Une entrée intérieure l'a remplacée depuis.
enBrabanL Le premier étage est éclairé au Nord par une meurtrière très ébrasée vers l'intérieur dont la largeur depuis l'extérieur s'accroît de o"']2 à i "2o. Depuis la mi-hauteur de cet étage jusqu'au sommet, la construction de la tour est moderne et l'épaisseur des murs beaucoup moindre.
Les nefs de l'église ont encore plus souffert des remaniements. 11 ne reste de la première construction que la partie inférieure des murs des bas-côtés. Un plafond plat datant de i 778 recouvre le tout et repose sur quatre colonnes cylindriques couronnées d'une simple abaque. Les colonnes
FiG. 1 25. Église de Noduwez. (Plan.)
fj{elevé de l'auteur.)
de droite ont un diamètre moindre que celles de gauche; elles n'ont pas été construites à la même époque. La nef centrale est éclairée par des oeilsde-bceuf ; les nefs basses ont de grandes fenêtres rec'.angulaires.
Toute la partie supérieure de cette construction est en briques et, par conséquent, de date récente. 11 ne nous paraît pas téméraire cependant d'essayer la reconstitution de l'ancien plan. Le monument même nous donne les dimensions extérieures des nefs, largeur et longueur ; la ligne de démarcation des trois nefs nous est fournie par la largeur du chœur et par les colonnes actuelles. 11 est de toute évidence que ces colonnes n'occupent pas la place des soutiens primitifs; leur forme le prouve, mais plus encore la
disproportion qui existe entre la largeur et la longueur des travées des bas- T.* église de côtés. La disposition actuelle a été adoptée, sans doute, par le besoin de T^oduwez. lumière et d'espace que le style baroque a recherchés partout aux dépens du cachet et des proportions des anciennes églises. La règle générale, suivie dans tous les édifices romans, qui veut des travées carrées reposant sur des piliers, permet de supposer qu'il y eut jadis, dans chaque rangée, trois piliers. Nous obtiendrons ainsi des travées sensiblement égales. Dans le mur méridional, les traces d'une porte romane assez large mais basse, couverte d'un grand linteau en fronton, indiquent l'emplacement de la première entrée.
L'arc triomphal ancien séparant le chœur de la grande nef existe encore intégralement; il est un document précieux, car toute la partie supérieure du chœur a été reconstruite. Ce chœur présente le plan assez commun de l'église de Berthem, presbyterium carré et abside semi-circulaire. Il a cependant une particularité : le presbyterium, au lieu d'être fermé aux deux côtés latéraux, donnait primitivement, par des arcades, dans des salles carrées ayant la forme de petits transepts. Ces arcades sont actuellement bouchées et les transepts servent de sacristie, mais on en retrouve le tracé dans les murs (i ). D'autre part, ces transepts communiquaient anciennement avec les bas-côtés par d'autres arcades cintrées derrière lesquelles on a pratiqué postérieurement des niches afin de pouvoir établir des autels latéraux. Jusqu'au début du xjx' siècle, il existait une porte dans la partie orientale du transept nord et les paroissiens entraient par là dans l'église. 11 n'y a donc pas de doute que les deux appendices, qui forment saillie sur ce bas-côté et sont couverts par un toit à double versant perpendiculaire à la nef, n'aient fait partie de l'église proprement dite. Cette opinion est confirmée par la présence, dans l'appendice méridional, à côté de l'emplacement probable de l'autel, d'une piscine datant de l'époque de transition. Ces appendices étaient primitivement éclairés par de petites fenêtres en plein-cintre ou en arc légèrement brisé, qui ont été bouchées ou remplacées par de grandes baies en arc surbaissé.
L'hémicycle du chœur, jusqu'à la hauteur de 4 mètres au-dessus du sol, est ancien. Au-dessus, il a été reconstruit et élevé à une hauteur beaucoup
(i) Nous avons rencontré une arcade semblable dans la tour de Vieux-Héverlé.
'L'archltec- plus considérable que celle de l'ancien chœur. La hauteur primitive nous ture romane est suffisamment indiquée par l'arc triomphal subsistant. en ^rctbctnt. Les deux appendices ne semblent pas avoir été édifiés en même temps. Celui du nord doit être le plus ancien. Aucun des deux n'adhère d'ailleurs complètement à la maçonnerie de la partie centrale. ]1 est donc probable qu'ils ont été construits après le chœur, mais ils ne sont cependant pas beaucoup postérieurs à l'église.
Pour nous résumer, l'église primitive de Noduwez avait, semble-t-il, une tour couverte d'une toiture en pyramide, trois nefs de hauteur inégale éclairées de chaque côté par huit fenêtres, un chœur à presbyterium carré plus bas que la nef et une abside couverte en cul-de-four, soit donc le type de Berthem, avec un appendice de chaque côté du chœur tenant lieu de transept.