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L'ÉGLISE D'ORP-LE-GRAND

Fig. 126. — Profil des impostes à ) enlise d'Orple-Grand.

L'importante église paroissiale d'Orp-le-Grand (i), dédiée à saint Martin et à sainte Aleyd, est un des principaux édifices dont nous aurons à parler au cours de ce travail. Elle est de dimensions assez considérables, relativement bien conservée, et elle présente plusieurs particularités dont nous ne voyons guère d'autres exemples.

Bâtie en forme de croix latine allongée, cette église est exactement orientée, elle a une tour devant la basse-nef du nord, un transept moins élevé que la nef principale et un chœur terminé en abside à trois pans. Chacune de ses parties mérite un examen détaillé.

La partie occidentale présente un aspect tout particulier, Elle constitue comme un avant-corps formé de quatre travées de front dont la première, à l'angle nord-ouest, est occupée par le clocher. Cet avant-corps est consolidé à la façade et au côté nord par cinq énormes contreforts qui

(i)A. Wauters et J. Tarlier, op. cit., canton de Jodoigne, p. 278-292, Orp est l'une des localités les plus anciennes du pays. Dès le vu' siècle, s'établit sur son territoire un monastère dans lequel serait morte sainte Aleyd, la patronne du lieu. La célèbre Alpaïde fut, selon la tradition, enterrée dans l'église. Les dîmes de l'église appartenaient au chapitre de Fosses et à l'abbaye de Tongerloo. 11 est probable que l'édifice actuel n'est pas l'église primitive, car on a trouvé des substructions anciennes à 3 mètres de profondeur sous le pavement actuel, lors des fouilles pratiquées dans la nef, il y a quelques années.

'L'église d'Orp-le- Grand.

FiG. 127. Église d'Orp-le-Grand. (État actuel.)

s'élèvent, presque sans retraites, jusqu'à la hauteur des toitures de l'église. Ils n'appartiennent pas au plan primitif (fig. 1 27).

Les murs sont hors d'aplomb et construits au moyen d'un mélange de matériaux divers : silex, quartzite, pierre jaune de Linsmeau, briques. L'étage supérieur de la tour est consolidé par plusieurs ancrages, et la flèche octogonale est portée sur une zone couverte d'ardoises, peu élevée, mais continuant les lignes de la maçonnerie.

Dans la façade restent des traces de fenêtres bouchées et, du côté nord de la tour, existent encore, intactes, deux meurtrières superposées, d'une structure intéressante. Celle du rez-de-chaussée se termine par un pleincintre taillé dans une seule pierre et elle s'ébrase à l'intérieur et à l'extérieur. Nous en donnons le relevé (fig. 1 28 et 1 29).

Deux portes d'entrée, d'importance égale, s'ouvrent dans le fond, livrant accès aux deux travées centrales de l 'avant-corps. Elles sont datées de 1714. Étant donnée la forme particulière de l 'avant-corps, il se pourrait que ces portes aient remplacé les entrées primitives. Mais deux grandes entrées jumelles dans le côté occidental constituent une particu-

'L'architec- larité tellement insolite dans le style roman belge que nous préférons ture romane admettre que la façade était, à l'origine, dépourvue de porte. La reconenSrabant. struction des bas-côtés ne nous a pas permis de retrouver l'emplacement de la porte primitive.

A l'intérieur de l'église, les quatre travées du narthex communiquent avec les nefs au moyen d'arcades en plein-cintre retombant sur des impostes simples. Les deux travées centrales sont reliées entre elles ; l'arc doubleau qui les sépare s'appuie sur un pilier garni d'un pilastre engagé et contrebuté, du côté de la nef, par un puissant contrefort.

Un escalier logé dans l'épaisseur des murs de la travée méridionale donnait autrefois accès à l'étage du narthex. Deux arcades, actuellement bouchées, s'ouvraient primitivement de cet étage sur la grande nef (fig. i 3o). Les travées extrêmes sont séparées des autres par un mur très épais.

Chose intéressante, cet avant-corps était jadis couvert, au rez-de-chaussée et à l'étage, par des voûtes épaisses sur nervures. Deux d'entre elles ont été détruites, il n'en reste plus que les tas de charge.

Un examen attentif de ces voûtes et surtout du profil de leurs nervures démontre qu'elles ne sont pas antérieures à la fin du xiu® siècle. Le fait qu'elles ont été ajoutées après coup ressort encore de la manière peu heureuse dont les nervures retombent sur les pilastres. 11 y a tout lieu de croire que c'est lors de la construction de ces voûtes que l'on a FiG. ,28. ÉGLISE d'Orp-le-Grand. consolidé l'avant-corps par des contre-

CouPE SUR LA MEURTRIÈRE DE LA TOUR, forts. 11 est Cependant vraisemblable que

le rez-de-chaussée fut couvert de voûtes dès l'origine, ce qui semble démon- T^* é gl i S e tré par la présence du grand pilier séparant les travées du milieu. Ce pilier, d ' Orp - ledont la seule utilité est précisément de diviser la partie centrale en deux Grcind. travées carrées susceptibles de recevoir des voûtes d'arêtes, n'aurait aucune raison d'être dans une construction couverte d'un plafond. Les tronçons de voûte que l'on voit au rez-de-chaussée de la tour peuvent provenir, du reste, aussi bien de voûtes d'arêtes que de croisées d'ogives.

En comparant le plan des deux travées extrêmes, on remarque que l'une et l'autre ont des murs très épais et qu'elles sont identiques (fig. i32). Ne peut-on pas en conclure que la façade comportait primitivement deux tours d'importance égale couronnant l'avant-corps ? Un autre indice confirme cette manière de voir.

Sur le mur de la haute nef, à l'endroit où devait s'élever ce clocher, la corniche d'arcatures est interrompue et le mur de façade montre des arrachements ou des amorces destinées à une continuation. Nous sommes donc en présence d'un genre particulier d'avant-corps, intermédiaire entre le narthex mosan et la façade française. Les deux travées centrales occupent la largeur de la nef principale et communiquent donc avec elle par quatre arcades, deux à chaque étage.

La nef principale est portée par six paires d'arcades en pleincintre qui s'appuyent sur des

... , /r- o \ f^'*^- '^9- Eglise d'Orp-le-Grand.

piliers carres trapus (fig. i3o).

Meurtrière a la tour.

Quoique le niveau de l'église (Relevé de l'auteur.)

T.' architec- ait été notablement surélevé, cette nef est encore plus haute qu'aucune de hire romane celles que nous ayons déjà rencontrées; elle est aussi plus ornée. A l'intéen ^rctbctnf. fisur, chaque fenêtre est encadrée par une arcade échancrée, portée sur des demi-colonnettes à bases et chapiteaux cubiques. Ces colonnettes reposent sur une moulure portée elle-même par des pilastres à bandeau qui descendent sur l'abaque des piliers. A l'extérieur, cette décoration se répète, mais

FiG. )3o. Eglise d'Orp-le-Grand. (Coupe longitudinale.)

les arcades y sont dédoublées, comme on peut le voir sur la photographie (fig. 1 27) et sur notre restitution (fig. 1 3 1 ). Quant aux fenêtres elles-mêmes, elles sont presque intactes, et leur ébrasement, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, est encadré par une échancrure.

Les piliers furent notablement remaniés en 1862. On y ajouta alors des bases et des tailloirs, on les épaissit disgracieusement et, au dire de vieux habitants dignes de foi, l'on fit disparaître les chanfreins qu'ils portaient sur leur quatre arêtes. Comme les piliers de l'avant-corps ne portent pas de chanfreins, nous hésitons à croire cependant que ceux-ci dataient de la construction primitive.

Les trois nefs sont encore couvertes de plafonds plats qui ont été renouvelés en lySi, date indiquée dans le plâtrage. A cette époque, les bas-côtés furent élargis de manière à présenter, à l'extérieur, une toiture dont l'aspect trop important nuit aux proportions de l'édifice. Cette toiture cache même les bases des colonnettes de la galerie supérieure et la moulure sur laquelle elles s'appuyent. L'élargissement des nefs est

prouvé à l'évidence par le fait que, jusqu'en 1862, les arcades entre le^ transepts et les bas-côtés n'avaient qu'une ouverture de 2^40, par conséquent les piédroits intérieurs auraient fait une saillie de près de i^So sur le mur, ce qui est tout à fait anormal. Inutile de dire aussi que toutes les charpentes ont été renouvelées.

A l'extérieur de l'église, les transepts actuels apparaissent comme des constructions très secondaires. Les deux croisillons sont reconstruits en grande partie, ils ont chacun deux grandes fenêtres et portent une toiture à croupe. Ils ont aussi été considérablement remaniés à l'intérieur. Le grand arc triomphal séparant la nef de la croisée a été démoli pour dégager l'église, mais l'ancien niveau du plafond se reconnaît à une forte retraite existant au-dessus de l'arc qui s'ouvre sur le chœur. Le transept» était donc d'abord plus bas que les nefs. Les arcades latérales de la croisée ont été dédoublées; on les a consolidées par un pilier rectangulaire portant deux arcades plus petites. Comme les murs goutterots de la croisée sont construits en briques, nous croyons que cette partie aussi était jadis moins élevée que le reste de la nef. Pour lui donner un aspect plus grandiose, on a surélevé en 1699 le plafond et la toiture ; en même temps, on a consolidé

Fig. i3i. Église d'Orp - le - Grand. (Système des nefs.)

L'église d'Orp-le- Grand.

Fig.

Église d'Orp-le-Grand. (Plan.)

(T^elevé de l'auteur.)

V architecen Brabant.

les arcs du transept et agrandi le chœur. Cette série de transformations répond adéquatement à l'esprit qui animait les artistes de cette époque préoccupés, avant tout, de Teffet à obtenir dès le seuil de l'église. A Orp, ils ont incontestablement atteint leur but. Peu d'églises de village donnent

une impression de grandeur aussi intense (fig. .33).

Le chœur de l'édifice a été encore moins épargné dans les remaniements. 11 date aussi, dans son ensemble, delà fin du XV))' siècle et se compose d'une travée rectangu laire et d'une abside à trois pans, renforcée aux angles les plus exposés par des contreforts massifs en briques. Le chevet est construit avec les

P , , ,A mêmes mate-

riG. ijj. Intérieur de l iiglise d Urp-le-Urand.

riaux, mais les

murs latéraux sont restés, en partie, de la construction antérieure. De grandes fenêtres en plein-cintre éclairent le sanctuaire, couvert par un plafond. Comme l'exécution du chevet actuel avait évidemment pour but

l'agrandi ssement du chœur, nous croyons que l'église d'Orp, de même que L Ctrchttec la plupart de nos autres églises à transept, se terminait primitivement par ture romane un mur droit. Nous manquons cependant de preuves certaines pour en3rabant. confirmer cette manière de voir.

A côté du chœur, au sud, se voit la sacristie actuelle qui, à n'en pas douter, occupe l'emplacement d'une chapelle greffée jadis sur le transept. La partie méridionale est intacte, mais le chevet a été notablement transformé et une partie de l'abside remplacée par un mur droit. L'arcade d'ouverture de cette annexe est bouchée et ses fenêtres sont modifiées. Nous croyons que, jadis, la même chapelle existait au nord. On l'aura démolie lors de la reconstruction du transept pour la remplacer par un petit réduit de forme carrée.

11 y a quelques années, au dire de personnes compétentes, on a constaté l'existence, sous le chœur, d'une crypte malheureusement inaccessible et presque entièrement sous eau ; on nous a certifié qu'elle était portée par un seul pilier central. Si, comme il y a lieu de le croire, le chœur avait la forme carrée, il est probable que cette crypte présentait des dispositions analogues à celle de Mousty, dont nous parlerons plus loin ; sur ce pilier central venaient retomber les doubleaux des quatre voûtes d'arêtes. On explique l'existence de cette crypte par le pèlerinage de sainte Aleyde, qui vécut à Orp et dont les dépouilles y furent ensevelies.

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