‹ Les origines du style gothique en BrabantChapitre 37 sur 55 · MATERIAUX ET APPAREILS · texte numérisé non relu

MATERIAUX ET APPAREILS

Les constructeurs du Brabant ont généralement employé dans la construction les matériaux dont le transport à pied d'œuvre offrait le moins de difficultés, soit qu'on pût les extraire dans les environs immédiats, soit qu'on eût des communications faciles avec les endroits d'où ils provenaient.

On n'y constate pas, comme c'est parfois le cas jusqu'au début de l'époque romane, la mise en œuvre de matériaux tels que des fûts de colonnes (1) amenés à grands frais de régions lointaines. Les essences de pierre employées sont presque toutes extraites du sol même de la région. L'espèce la plus commune, surtout dans la partie centrale et septentrionale du

(i) Voir p. 78.

Brabant actuel, est le grès sablonneux assez résistant que l'on t\-ouvait sous Cctrctctères

forme de moellons plats dans diverses localités comme Machelen, Steenoc- généraux.

kerzeel, Steenhuffel, etc. La pierre de Gobertange, qui devint ensuite

d'un usage général, ne semble guère avoir été exploitée durant la période

romane car, dans la région de Jodoigne, on emploie de préférence le

silex (Orp-le-Grand) (fig. 127), la pierre sablonneuse, le tuf jaune de

Lincent (Neerheylissem, Noduwez, Gossoncourt), ou encore le quartzite

rose-grisâtre des environs de Tirlemont (Overlaer, Hoxem, Orp,

Noduwez).

Ailleurs, comme à Mousty, on fait usage, dans la même maçonnerie, de plusieurs espèces de pierres, auxquelles on a mêlé, comme à Butsel, des fragments de tuiles romaines provenant, sans doute, de la démolition d'anciens édifices. Quant aux constructions en briques, on n'en trouve aucun spécimen dans toute la contrée; on en voit cependant, dès la fin du xu' siècle, dans l'extrême nord du duché de Brabant, par exemple la tour de la cathédrale de Bois-le-Duc.

L'appareil de construction varie notablement d'un monument à l'autre. Dans les édifices qui paraissent les plus anciens, il est en général grossier et irrégulier ; les moellons sont à peine équarris à grands coups de marteau, quelquefois même ils restent tout à fait bruts. La maçonnerie forme alors une véritable blocaille et les arcades mêmes sont très rudimentairement appareillées. Parmi les constructions dont l'appareil est le moins soigné, on peut compter les églises de Mousty, Nivelles, Vieux-Héverlé et Berthem (fig. 3o).

Dans les églises bâties en pierres assez tendres, l'appareil est en général régulier, les claveaux sont taillés exactement et les joints peu épais. On en voit des exemples à Neerheylissem (fig. i 23) et à Gossoncourt. Les églises les plus récentes sont mieux construites. A mesure qu'on approche de la période ogivale, la maçonnerie progresse de plus en plus et l'on commence à employer, de-ci de-là, des pierres ferrugineuses (Saint-Quentin à Louvain).

On maçonne partout en assises horizontales plus ou moins régulières. A Eppeghem seulement, nous avons découvert une petite partie en arête de poisson.

La plupart des murs sont nus, sans ornements. Cependant on trouve des

Caractères plinthes et soubassements autour de certaines églises : à Vossem, Vertryck, généraux. Overlaer, Orp-le-Grand, à l'avant-corps de Nivelles, aux tours de Sempst, Hérent et Touri nne, aux chœurs de Butsel et Cumptich. Le soubassement se termine par une moulure en quart-de-rond (fig. 95) ou en chanfrein. La partie supérieure des murs est quelquefois décorée par une corniche. On en voit de deux espèces : les unes formées par des dalles moulurées surplombant le mur et portées par des corbeaux, les autres consistant en des séries d'arcatures. La première variété se rencontre à Nivelles (fig. 187), Mousty, Gossoncourt, Neerheylissem (fig. 121 et j23), Glimes, Butsel et Hoxem. A Gossoncourt, les corbeaux ne sont qu'arrondis par le bas ; ailleurs, ils dessinent des profils divers dont on peut voir des exemples aux fig. 109, 121, 1 24 et 177. La corniche qui porte ces corbeaux est ordinairement lisse. A Neerheylissem (fig. 124) et à l'avant-corps de Nivelles, elle est taillée en échiquier. Plusieurs murs n'ont pas de corbeaux, mais une moulure en quart-de-rond simple ou surmonté d'un cavet sous la toiture comme à Berthem (fig. 3y), Vertryck (fig. 95), Velthem, Orp, etc. Les corniches d'arcatures se rencontrent à l'avant-corps de Nivelles, à Overlaer, Cumptich, Bierbeek, Hérent, Vossem et Parc (fig. 67). Elles sont appareillées en petits matériaux et retombent sur des consoles dont nous avons donné des spécimens empruntés à Vossem et à Parc (fig. 55 et 69). Les arcatures sont entrecoupées, de distance en distance, par des pilastres ou bandes murales qui descendent jusqu'à la plinthe. Quelquefois, comme à Vossem, ces pilastres s'appuient sur une base moulurée. A Bierbeek, les bandes sont formées de blocs d'un appareil beaucoup plus grand que celui du reste des murs (fig. 91).

Enfin, certains édifices, comme la tour de Hérent (fig. 76), le chœur de Cumptich (fig. io5) et la nef d' Orp-le-Grand (fig. i3]), ont leurs murs ornés de grandes arcades retombant, soit sur des pilastres, soit sur des colonnettes monolithes, accolées au parement et reposant sur des cordons saillants. A Hérent, ces arcades sont entrecroisées et on y trouve réunis, de même qu'à Cumptich, tous ces genres de décoration. L'église de Cumptich possède même, autour du chœur, une galerie sur colonnettes ayant de grandes analogies avec une galerie rhénane.

PLANS Caractères généraux.

Les plans des églises brabançonnes peuvent se ramener à quelques types bien déterminés, variant depuis la forme la plus simple (Lelle) jusqu'à la disposition la plus compliquée (Nivelles). La disposition la plus rudimentaire est le rectangle dont la chapelle de Lelle nous donne Tunique exemple (fig. ]6o). Rien ne la distingue d'une construction civile. Ce type fut, sans doute, toujours rare.

La véritable église demande un emplacement spécial réservé aux cérémonies liturgiques et une partie occupée par le peuple, distincte du sanctuaire proprement dit. Les chapelles à une seule nef avec abside réalisent ce type dans sa forme la plus simple. Nous en avons rencontré un exemple dans Téglise de Butsel dont la nef donne sur un choeur carré plus étroit et une abside semi-circulaire (fig. 99). 11 n'existe pas en Brabant d'édifice avec nef unique et choeur rectangulaire ; tous les sanctuaires des églises sans transept, qu'elles aient une ou trois nefs, sont divisés en deux parties dont la seconde est, sauf à Sainte-Vérone, à Roux-Miroir et à Glimes, terminée en hémicycle.

La destination religieuse ne s'indique pas seulement par le chœur, mais encore, et davantage peut-être, par la tour. Aussi, à l'exception des petites chapelles, ne voyons-nous aucune église sans clocher. Contrairement à ce que nous avons constaté dans le pays mosan, il n'occupe pas partout le même emplacement. Certaines églises à une nef ont la tour à l'occident, d'autres près du choeur. Au premier type appartiennent les églises d'Overlaer (fig. 110), Haeren, Crainhem, Butsel, \C^esembeek ; au second, Humelghem (fig. 154), Vieux-Héverlé (fig. 93), Maransart, Bost(fig. i 12), H aut-1 ttre (fig. 1 82), Erps (fig. 1 40) et Querbs (fig. i 38). Dans ces dernières, le rez-de-chaussée de la tour tient lieu de presbyterium et la tour est entièrement incorporée à l'église. Neeryssche (fig. 87) nous offre un troisième genre d'édifice à une nef avec deux tours flanquant la première travée du chœur.

Ces divers modèles d'églises à une nef ne se rencontrent que dans les petites communes rurales. Ils sont, pour ainsi dire, la réduction du type classique de l'église latine : la basilique à trois nefs. Cette dernière forme est la plus fréquente dans tous les pays et aussi en Brabant. Toutes

Cctrctctères nos églises, en dehors de celles que nous avons citées plus haut, ont des généraux. bas-côtés séparés de la nef centrale par deux rangées d'arcades. Ces bascôtés ont environ la moitié de la largeur du vaisseau principal, ils sont moins élevés que ce dernier, couverts par des toitures en appentis et éclairés dans chaque travée par une fenêtre. Ils sont terminés à l'est par un mur plat.

Les basiliques à trois nefs, tout en adoptant les dispositions que nous venons d'indiquer, peuvent se diviser en plusieurs variétés, d'après leur degré de développement. Le modèle le plus simple est celui de la triple nef sans transept, dont l'église deBerthem est un spécimen bien conservé (fig. 3 1 ). Au même plan appartiennent encore les églises de Vossem (fig. 49), Leefdael (fig. 44), Héverlé, Sainte-Vérone — cette dernière avec l'abside rectangulaire — et probablement Vertryck et Watermael. Tous ces édifices ont le clocher occidental. 11 existe cependant des églises, d'un plan identique dont la tour est située devant le chœur: ainsi Saventhem (fig. 145) et Sterrebeek (fig. 147). Nous voyons enfin, à Eppeghem (fig. i63), un troisième type d'église à trois nefs où le clocher surmonte la dernière travée des bas-côtés. Dans toutes ces églises, le chœur est moins élevé que la nef; quelquefois même, comme à Berthem, l'abside a une hauteur moindre encore que le presbyterium (fig. 3o). Ces absides, comme dans les églises à nef unique, sont parcimonieusement éclairées par une seule petite fenêtre au fond.

Un autre changement apporté à ce plan simple, autant sans doute dans un but pratique que par préoccupation symbolique, est l'adjonction du transept devant le chœur, ce qui donne à l'église la forme d'une croix latine. Le transept n'a pas partout la même importance. Il y a des édifices où il est à peine indiqué et où il ne consiste qu'en deux chapelles adjacentes au chœur. C'est le cas à Tourinne-1 a-Grosse (fig. 1 35) et à Noduwez (fig. 1 25), dont l'église rentre, pour le reste, dans le type de Berthem. Parfois les arcades qui s'ouvrent dans les croisillons, se distinguent seulement des autres par un rayon plus grand. Les bras de la croix sont à peine plus larges que les basses-nefs et dépassent très peu les murs extérieurs. La croisée proprement dite n'y existe pas. Ce devait être le cas à Gossoncourt (fig. 1 17), probablement aussi à Neerheylissem (fig. 122) et à Tourinne. Dans les autres églises anciennes, le transept est une construction

distincte, séparée des nefs par deux gros piliers cruciformes et par une Caractères grande arcade. La croisée forme alors le centre de l'édifice sur lequel se généraux. grefFent le chœur, la nef et les croisillons. C'est ce qu'on voit à Bierbeek (fig. 87), Cumptich (fig. 102), Nivelles (fig. 186), Mousty (fig. lyS), Orp-le-Grand (fig. 1 32), Herent (fig. 75) et Parc (fig. 60). Partout, sauf en cette dernière église, les bras du transept soint moins élevés que la nef principale et ils ont sensiblement la même hauteur que le chœur. Parfois, comme à Bierbeek (fig. 88), au petit transept de Nivelles et à Heylissem (fig. 121), le faîte atteint tout au plus la corniche de la grande nef; d'autres fois, par exemple au grand transept de Nivelles (fig. 187), à Cumptich (fig. ]o3) et à Mousty (fig. 180), les deux toitures se rejoignent vers le milieu de celle de la nef. Nous avons vu qu'à Orp, la croisée devait avoir jadis la hauteur du chœur et non celle de la nef.

A Hérent, Bierbeek et Mousty, les croisillons sont de simples travées carrées ou rectangulaires, mais, ailleurs, on y a grefFé des chapelles moins élevées pouvant contenir des autels latéraux orientés. A Cumptich, Orple-Grand et Neerheylissem, ces chapelles sont terminées en hémicycle à cul-de-four. Dans la première de ces localités, elles sont même d'importance inégale. A Nivelles et à Parc, elles sont rectangulaires, au nombre de six dans cette dernière localité et de deux à Nivelles, où elles sont situées au milieu du croisillon.

Les églises à transept n'ont souvent qu'une simple tour carrée du côté occidental : c'est le cas à Neerheylissem et à Hérent, où cette tour occupe le même emplacement en hors-d'œuvre qu'aux églises sans transept ; mais, ailleurs, on lui donne un plus grand développement. A Bierbeek (fig. 55), Hoxem (fig. 109), Saint-Quentin à Louvain (fig. 25), le clocher, au lieu d'être isolé, est flanqué de deux bas-côtés et repose, non sur des murs pleins, mais sur des arcades portées par des piliers. Les trois travées ainsi engendrées forment comme un avant-corps séparé de l'église. Dans ce cas, le clocher, au lieu d'être carré, est oblong, ce qui augmente la ressemblance avec un avant-corps. Les édifices les plus importants ont développé encore cette partie occidentale : à Orp-le-Grand, les bas-côtés sont surmontés de tours ; à l'ancienne église Saint-Pierre à Louvain, un grand narthex faisant office de beffroi et flanqué de deux tourelles d'escalier occupait toute la façade (fig. 26). Enfin, à Nivelles (fig. 186), la disposition est

Caractères encore plus compliquée par la combinason d'un important avant-corps, généraux. d'une abside occidentale et d'un second transept. Cette église offre, pour ainsi dire, la synthèse de toutes les variétés du « Westbau » allemand.

A cette série graduée de types, il n'y a que trois exceptions : l'église de Mousty (fig. iy5) qui avait un clocher carré sur la croisée, comme les églises de Flandre, celle du Parc, église prémontrée de plan cistercien, dépourvue, dès lors, de clocher monumental, et celle de Sempst (fig. i65) dont la tour était engagée dans un édifice à une seule nef.

L'entrée de toutes les églises, à part de très rares exceptions, se faisait primitivement, non par l'axe de la façade occidentale, mais parles bas-côtés. Plusieurs églises — celles de Haeren (fig. i53), Haekendover (fig. i i5), Gossoncourt (fig. i 17), Saint-Quentin à Louvain(fig. 23), Héverlé(fig. 58), Crainhem (fig. 1 5o) — n'ont jamais eu de porte dans la façade. Pour d'autres, comme Leefdael, Neeryssche (fig. 85), Sempst, Lelle, Tourinne-la-Grosse, Wesembeek (fig. i52) et Vertryck, des documents dignes de foi prouvent que la porte actuelle a été percée longtemps après leur construction. De très fortes présomptions semblent démontrer le même fait pour la plupart des autres églises. 11 n'y a vraiment, dans toute la contrée, qu'une seule église dont l'entrée occidentale actuelle est bien authentique : c'est celle de Hérent (fig 75). L'ancienne église Saint- Michel à Louvain (fig. 29), aurait eu une disposition analogue. La porte dans la façade de l'église abbatiale du Parc date de la fin du xiii^ siècle.

A Nivelles (fig. 186) et à Berthem (fig. 3i), les portes primitives se trouvaient dans le mur occidental des bas-côtés; à Vossem (fig. 5i), Leefdael, Vertryck (fig. 97), Neeryssche, Noduwez, Eppeghem, Cumptich et Tourinne, cette porte était percée dans les murs latéraux, quelquefois au nord, plus souvent au midi. L'entrée latérale peut donc être considérée comme une règle générale en Brabant.

Outre cette entrée destinée au peuple, il y en avait fréquemment une seconde, dans le mur méridional du chœur, pour le clergé. Nous en avons vu des exemples à Berthem (fig. 34), Leefdael, Sainte-Vérone (fig. 40), Saventhem, Humelghem, Erps (fig. 140), Perck et Heylissem (fig. 121).

TOURS ET CLOCHERS Caractères

généraux.

Les clochers sont les parties les plus intéressantes de nos églises romanes, d'autant plus qu'il en subsiste un grand nombre et que l'on peut, à leur sujet, pousser l'étude plus loin que pour bien d'autres éléments de la construction.

En parlant du plan, nous avons divisé nos clochers en deux catégories principales, d'après l'emplacement qu'ils occupent devant les nefs ou devant le chœur. Cette division en entraîne une autre en ce qui concerne leur élévation.

Les tours centrales offrent moins de variétés que les tours occidentales. Elles occupent, en général, l'emplacement du presbyterium, à moins de se trouver, comme à A/lousty, sur la croisée. Elles sont toujours carrées et reposent sur deux murs latéraux, quelquefois plus massifs que le reste de la construction (fig. 143 et 147). Des arcades en plein-cintre, retombant sur les piédroits faiblement saillants, s'ouvraient dans la nef et le choeur. Malheureusement, aucune de ces arcades n'est intacte. Lors de l'extension du chœur, modification qui s'effectua quelquefois dès le xiu' siècle, on agrandit ces ouvertures en leur donnant un tracé en arc brisé. C'est le cas de Saventhem (fig. 142), Humelghem, Querbs, Haut-lttre et Perck.

11 nous reste le tracé primitif d'une seule arcade, c'est celle qui est bouchée dans la façade de Vieux-Héverlé (fig. 94). Ailleurs, comme à Querbs, nous connaissons exactement la hauteur primitive de ces archivoltes, mais nous ne pouvons plus discerner si le presbyterium était couvert d'un plafond ou d'une voûte. 11 est à croire, cependant, que la première manière était de loin la plus fréquente. D'ailleurs, on eût, semble-t-il, beaucoup moins facilement modifié le rez-de-chaussée des tours s'ils avaient été voûtés. C'eût été une opération dangereuse et laborieuse, et il nous en serait resté au moins quelque indice. Or, nous n'avons trouvé, dans aucune des églises, la moindre trace de piédroit ou d'arc formeret pouvant provenir de voûtes ; la tour de Vieux-Héverlé, qui a le moins souffert des remaniements, en est aussi totalement dépourvue.

Parfois, comme à Saventhem (fig. 143 et 145), les murs latéraux de la tour sont évidés au rez-de-chaussée en une grande arcade aveugle, dont on s'explique difficilement la raison d'être. A Vieux-Héverlé (fig. 92), cette

Caractères arcade était entièrement ajourée, ce qui entraînait nécessairement l'exisgénéraux . tence d'une annexe à côté du clocher. Toutes les tours centrales ont une porte au midi et plusieurs ont conservé des traces de petites fenêtres, (Perck, Saventhem, Vieux-Héverlé) (fig. 92).

Les étages supérieurs ne présentent rien de bien remarquable. Ordinairement, celui qui surmonte le rez-de-chaussée n'est éclairé que par une meurtrière, mais l'étage des cloches a, dans chacun des côtés, une ou deux ouïes, sans ornements à Haut-lttre (fig. 182), Humelghem (fig. 154) et Vieux-Héverlé (fig. 98), divisées par des colonnettes à Perck (fig. 1 58) et à Bost (fig. 1 14).

Bien plus intéressants et plus nombreux sont les clochers qui se trouvent à la façade des églises. Comme nous l'avons dit en parlant des plans, on en rencontre de toutes les formes, depuis le carré simple ou le quadrilatère irrégulier (fig. 44) jusqu'aux grands avant-corps très compliqués (fig. 191). Les premiers se trouvent en hors-d 'œuvre devant l'église et ils se distinguent, en général, par une grande sobriété d'ornementation. Plusieurs n'offrent que quatre murs d'une nudité absolue, sans ouvertures autres que des meurtrières, aux étages inférieurs, sans plinthes, larmiers, ni cordons. Tels sont les clochers de Berthem (fig. 33), Leefdael, Héverlé, "Watermael (fig. 1 69) et Haeren. D'autres ont un soubassement, des étages marqués par des retraites, un cordon en dessous de l'étage des cloches et une corniche sous la toiture, c'est le cas à Vertryck (fig. 97), Velthem, Tourinne (fig. ]34), Overlaer, Glimes, etc. Quelques spécimens : Noduwez, Sempst (fig. 99), Crainhem (fig. 148), ont leurs murs flanqués de deux ou de plusieurs contreforts. Enfin, exception unique, la tour de Hérent (fig. 76) est relevée d'une ornementation riche en arcatures et colonnettes. Tous ces clochers ont une ou deux ouïes par côté. Ces ouïes sont sans ornementation dans les églises très simples, plus décorées dans celles qui ont des cordons ou des retraites.

La plupart des clochers, tant occidentaux que centraux, ont perdu leur flèche primitive et sont, en général, surmontés de toitures élancées du xvii" ou xvuf siècle. Seules, les églises de Vieux-Héverlé (fig. 94), Berthem (fig. 3o) et Haut-lttre (fig. 182), ont gardé leur couverture primitive. Dans ces trois spécimens, elle est en pyramide à quatre pans, assez trapue, et forme un larmier très saillant au-dessus du parement des murs.

Au rez-de-chaussée, toutes les tours sont en communication avec la Caractères grande nef de l'église au moyen d'une arcade. Mais ces arcades diffèrent généraux, notablement en importance. Dans les églises très simples, qui semblent les plus anciennes, ces arcades sont petites et basses. On a osé, à peine, entamer le massif plein sur lequel repose le clocher. L'ouverture la plus petite est celle de la tour de Haekendover (fig. i i5), puis celles de Berthem, Héverlé, Crainhem, Watermacl, Sainte- Vérone, Leefdael, Vertryck, Neerheylissem, Hérent. A Noduwez et Overlaer, l'ouverture s'agrandit de plus en plus. Enfin à Vossem (fig. 49), Velthem (fig. 1 36), Gossoncourt (fig. i 1 7) et Tourinne (fig. 1 34), elle s'élargit et se surhausse au point de faire du rez-de-chaussée de la tour une partie intégrante de la nef principale. Cette dernière disposition est presque seule usitée dans les églises de la transition ; citons, comme exemples, \C^inxele, Bierbeek (fig. 87), Saint-Jacques à Louvain et Oplinter.

Dans les premiers de ces édifices, la tour est moins large que la nef principale, ailleurs elle s'élargit proportionnellement avec l'arcade. Les plus massives sont celles de Tourinne-la-Grosse (fig. ] 34) et de Haeren(fig. 1 53).

Sauf dans les tours de la dernière catégorie, le rez-de-chaussée est peu élevé et, dans la plupart des cas, il est couvert de voûtes. On ne trouve des plafonds qu'à Haekendover, Héverlé et peut-être à Neerheylissem. A Berthem (fig. 32) et à W^atermael (fig. 1 73), les voûtes sont très basses et en berceau. Partout ailleurs, elles sont d'arêtes, soit que celles-ci se perdent dans les murs, soit que, comme à Crainhem, des colonnettes à chapiteaux en portent les naissances. Actuellement la salle basse ainsi obtenue sert, presque partout, de portail à l'église, mais avant l'établissement des entrées occidentales, il ne pouvait en être ainsi. Elle était éclairée primitivement par des meurtrières, soit dans les côtés latéraux, comme à Berthem, soit dans la façade, comme à Haekendover. Les autres étages du clocher étaient couverts par des plafonds et ils étaient éclairés par des meurtrières, comme le rez-de-chaussée- Aux tours de la dernière catégorie, le rez-de-chaussée est couvert, sans exception, par des voûtes à nervures. A Tourinne, l'étage même devait porter des voûtes de cette espèce.

La question la plus intéressante est le mode d'accès aux étages des clochers tant centraux qu'occidentaux.

Une constatation s'imposeà première vue: c'est qu'aucune des églises dont

Cctrctcfères le rez-de-chaussée forme une salle basse, n'a d'escalier en pierres. Parmi généraux, les tours centrales, trois édifices seulement en sont munis : Saventhem, Humelghem et Sterrebeek. A Querbs (fig. iSy), l'accès des étages est assuré, depuis le xni° siècle, par un escalier logé dans un édicule adjacent. Ailleurs, on ne voit aucune trace de disposition semblable. L'accès ne pouvait donc se faire qu'au moyen d'une échelle mobile, par une trappe pratiquée dans le plafond ou dans le mur de la nef.

Les étages des tours occidentales sont encore moins accessibles. Avant la fin de la période romane, l'escalier spécial y est inusité. On n'en rencontre qu'à Sempst, Vossem, Velthem, Tourinne, Overlaer et Noduwez. Sauf en cette dernière localité, il est logé dans une tourelle ronde et formé de dalles engagées d'un côté dans les parois, se superposant au centre pour former un noyau. A Saventhem et à Nivelles seulement, ces marches sont portées par une voûte hélicoïdale en berceau. A Tourinne (fig. i 34), l'escalier est très peu saillant sur le parement du clocher ; il l'est beaucoup plus à Overlaer (fig. 1 1 i ).

Partout, la tourelle conduit jusqu'au premier étage et s'arrête à cette hauteur. On ne pouvait monter aux autres étages que par des échelles intérieures. A Noduwez (fig. \i5), l'escalier est logé tout entier dans l'épaisseur du mur qui est consolidé par des contreforts.

La création de ces escaliers à vis fut, semble-t-il, le résultat d'une nécessité. Dans les églises les plus anciennes, où la salle sous la tour avait peu d'élévation, le premier étage était compris encore tout entier sous la hauteur de la grande nef et on pouvait pratiquer dans le mur, à l'intérieur, une de ces portes dont nous avons signalé l'existence à Berthem (fig. 32), Neerheylissem (fig. 122), Vertryck et Hérent (fig. 80). Au moyen d'une petite échelle mobile, il était possible de pénétrer dans la tour. On pouvait même, en cas d'attaque contre l'église, retirer cette échelle et se fortifier dans ce réduit inaccessible. Mais, lorsqu'on eût exhaussé la voûte du rezde-chaussée jusqu'à la hauteur approximative du plafond des nefs (fig. 52, 89, 1 16), on dût nécessairement supprimer cette porte et trouver un autre moyen de monter aux étages, c'est-à-dire un escalier spécial. Notre supposition est confirmée encore par ce fait que les escaliers qu'on construisait alors ne dépassaient jamais le premier étage : au-dessus, on pouvait de nouveau se servir d'une échelle mobile.

Ce que nous venons de dire des clochers en hors-d'œuvre peut aussi, Cctrctctères en grande partie, s'appliquer à ceux qui sont flanqués de bas-côtés ou, générûUX . du moins, compris dans les nefs même de l'église. Dans certains d'entre eux, comme Hoxem, l'arcade de communication est très basse et on voit, audessus, comme à Sempst (fig. 166), la porte d'accès. Cette dernière église est même la seule qui ait, en même temps, un escalier. Aux églises plus récentes, surtout durant l'époque de transition, l'arcade s'agrandit et la tourelle d'escalier est souvent comprise, en grande partie, dans l'épaisseur des murs, ainsi à Bierbeek (fig. 87), Saint-Jacques à Louvain, Winxele et Duysbourg.

Quant aux avant-corps proprement dit (Orp, Nivelles et Saint-Pierre à Louvain) ils ont été décrits dans l'étude analytique et sont trop peu nombreux pour qu'on puisse les classer en catégories diverses. Les avants-corps de Nivelles et Louvain avaient chacun deux grands escaliers en tourelle nécessités par la superposition de plusieurs salles voûtées de part et d'autre du massif principal, tandis qu'à Orp, l'accès jusqu'au premier étage ne se faisait que par un escalier logé dans les murs (fig. i32), ce qui parait indiquer qu'à l'origine cet étage, au moins dans la nef du milieu, était dépourvu de voûtes. Ce dernier avant-corps tient le milieu entre le narthex mosan et la façade proprement dite. 11 constitue une construction à part, mais il n'a pas de toiture séparée, il est compris sous le pignon de la nef. Sa façade ressemble à celle de certaines églises clunisiennes, comme Echternach et Susteren.

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