PORTES ET FENÊTRES
Nous avons parlé de l'emplacement des baies de portes en traitant du plan des églises; il nous reste à dire un mot de leurs formes.
En fait, peu de portes romanes sont demeurées intactes : le goût des ouvertures étroites ayant bientôt fait place, durant l'époque romane, à une plus grande hardiesse, on ne manqua pas d'agrandir toutes les baies pour faciliter l'accès de l'édifice et pour répandre plus abondamment la lumière. L'étroitesse est donc le caractère principal des entrées primitives. La simplicité en est un autre, sauf à la fin de la période dans les monuments d'une certaine importance. 11 nous reste trois portes romanes ornées: celle dite de Samson à Nivelles, celle de l'hôpital à Louvain (fig. 35) et celle du chœur de Berthem (fig. 34). La première est la plus ancienne; son ouverture est rectangulaire et elle se compose de deux montants monolithes reliés par un linteau qui se termine en triangle très obtus. Les sculptures de cette porte ont été trop souvent décrites pour que nous nous y arrêtions (i ).
Les portes de Berthem et de l'hôpital de Louvain sont d'une conception tout autre. Elles sont encadrées à l'extérieur par des colonnettes en retraite portant, par l'intermédiaire de chapiteaux à crochets, des tores qui décrivent des arcs en plein-cintre. Un larmier extérieur décoré de sculptures repose sur des tètes grimaçantes (fig. 36). Le linteau (2), s'il existe, est
(1) Reusens, op. cit., t. 1, p. 389.
(2) L'impression de ce livre était presque terminée lorsque, par les soins de M. l'architecte Langerock, la maçonnerie de remplissage qui cachait la porte de Berthem fut enlevée. Nous avons pu constater que nos hypothèses à son sujet se vérifient pleinement : comme on peut le voir sur la photographie (fig. 193), la porte se compose de deux retraites à angle droit, garnies de colonnettes et de tores. Le linteau monolithe, orné d'un trilobé rudimentaire, est aussi décoré de peintures très endommagés. La ressemblance avec la porte
semi-circulaire et encadré par des arcades. La porte occidentalede l'ancienne église Saint-Michel (fig. 29) revêtait une forme analogue. 11 existe d'autres belles portes du même genre à la nef de Nivelles, à l'église du Parc et à la Chapelle à Bruxelles ; elles appartiennent déjà à l'époque de transition.]
Les autres portes romanes, pour autant qu'on peut encore juger de leurs formes primitives , ne sont, en somme, que des si mpl i fications des deux types dont nous venons de parler.
Les unes ont une ouverture rectangulaire fermée par un linteau en fronton, les autres sont couronnées par un arc en plein-cintre qui, dans la plupart des cas, encadre un linteau semi-circulaire. Nous avons vu des exemples de la première catégorie au transept de Neerheylissem (fig. 121), au choeur de
Caractères généraux.
Fig. 193. Porte du chœur a l'Église de Berthem.
(Phot. de l'auteur à comparer avec la figure 34.)
de l'hôpital de Louvain s'accentue encore par la forme des bases, le tracé des crochets et le profil des impostes. Seules, les bagues des colonnettes indiquent que la porte est un peu plus récente. Ceci la rapproche, plus que nous ne l'avions supposé avant son dégagement, de la porte de l'abbaye du Parc. Nous croyons qu'elle date du milieu du xm' siècle. Elle serait donc de deux siècles postérieure à l'église.
Caractères généraux.
Leefdael, à Bost (fig. i 14) et à Noduwez ; de la seconde, aux bas-côtés de Berthem, Vossem (fig. 5i), Sainte -Vérone (fig. 40), Saventhem, Perck, Leefdael, Eppeghem, etc. Dans certains cas, le linteau semicirculaire repose sur deux consoles moulurées (fig. 41).
Tout ce que nous avons dit concernant l'étroitesse et la simplicité des portes peut s'appliquer aux fenêtres. Celles-ci sont, en règle générale, situées à des hauteurs suffisantes pour qu'on ne puisse s'en servir facilement pour pénétrer dans l'église, ce qui témoigne, à n'en pas douter, de préoccupations défensives. Ainsi, comme nous l'avons fait remarquer pour mainte église, les fenêtres des bas-côtés sont situées immédiatement en dessous de la toiture et elles sont souvent étroites au point de livrer difficilement passage à un homme. C'est le cas à Berthem (fig. 82) (1), Vossem (fig. 5i), Eppeghem. La même remarque s'applique aux fenêtres des églises à une nef, par exemple Lelle (fig. 161) et Perck. 11 n'y a que les baies des murs goutterots, difficilement accessibles, qui aient une certaine largeur; encore celle-ci dépasse-t-elle rarement deux pieds.
Par une conséquence logique, les baies des églises situées à l'intérieur des villes fortifiées sont beaucoup plus larges ; il suffit, pour s'en convaincre, de voir l'église de Nivelles dont les fenêtres (fig. 188) ont une largeur de 2 mètres. 11 en est de même, du reste, en dehors du Brabant, à Soignies (fig. 2), Tournai (fig. 9), Saint-Barthélémy à Liège (fig. 18), etc. L'étroitesse des portes et fenêtres dans nos églises de campagne est, en grande partie, due à l'insécurité des campagnes au moyen âge.
Dans toutes les églises à trois nefs, les fenêtres sont percées dans l'axe de chaque travée. Les exceptions à cette règle, qui se voient ailleurs (fig. 17), et même en Brabant à l'époque de transition (église de Grimde), y sont inconnues durant la période romane.
Quand on considère la coupe horizontale de nos fenêtres, on en trouve de deux espèces distinctes. Les unes ont leur vitrage situé sensiblement dans l'axe des murs et leurs chambranles s'ébrasent par un glacis, tant vers l'intérieur que vers l'extérieur. 11 y a des fenêtres de ce type à Anderlecht. Parc (fig. y3), Vossem, Basse- Wavre et au porche de Nivelles.
(i) Les fenêtres basses de cette église, rouvertes tout récemment, sont plus étroites encore que nous ne le soupçonnions : elles ont à peine o'"25 d'ouverture entre les ébrasements.
Ailleurs, au contraire, le vitrage se trouve à peu de distance du parement, Caractères le glacis est nul ou presque nul, vers l'extérieur; il est au contraire très pro- généraux . nonce vers l'intérieur, c'est le cas à Berthem (fenêtres supérieures), Neerheylissem, Bierbeek (fig. 91), Orp-le-Grand, Gossoncourt, Mousty (fig. 178) et surtout Nivelles (fig. 190). D'autres églises, comme celle de Saventhem (fig. 174), offrent un type intermédiaire. 11 en est même qui présentent les deux genres à la fois (Berthem, Orp-le-Grand). Dans les dernières années du style roman, on voit déjà, dans les fenêtres, un embryon du meneau gothique formé par une sorte d'arc de moindre épaisseur que le mur et consolidant l'intérieur des baies : on en trouve de beaux exemples au transept de l'abbatiale du Parc.
Le tracé des fenêtres des nefs et des chœurs est toujours terminé en plein-cintre. Le seuil, du côté intérieur, forme un glacis, peu prononcé dans les bas-côtés, beaucoup plus considérable aux murs goutterots. Des talus qui atteignent presque la hauteur de l'ouverture de la fenêtre elle-même se trouvent à Neerheylissem (fig. 122) et à Watermael (fig. 173). Au porche de Nivelles, au lieu d'être coupés en biseau, ces talus se composent d'une série d'assises en retraite présentant en coupe le tracé d'un escalier. La plupart des fenêtres ont aussi à l'extérieur un glacis, moins important du reste, d'autres en sont dépourvues et ont un seuil horizontal : c'est le cas à Saventhem (fig. 144).
Dans cette église, comme à Gossoncourt et au Parc (fig. 78), les seuils . des fenêtres font saillie sur le parement des murs et forment, en se reliant, un larmier continu surplombant la toiture des bas-côtés.
La plupart des fenêtres n'ont, comme ornement, que leurs chanfreins; ils sont, à l'une ou l'autre église, relevés par une échancrure à l'extérieur ou à Tintérieur: Bierbeek (fig. 88), Orp-le-Grand (fig. 128) et Nivelles (fig. 190). Nous avons déjà fait observer que certaines fenêtres du Parc ont comme ornement un demi-meneau intérieur et que celles du transept sont surmontées d'un larmier. Peu de fenêtres ont une battée ; les deux ébrasements se coupent à angle obtus. Des battées se voient à Basse-Wavre et à Anderlecht et, comme nous l'avons dit plus haut, les fenêtres de Saventhem ont conservé des châssis en chêne, suivant exactement le contour intérieur de la baie (fig. 144). On ne trouve aucune trace de vitres primitives.
Ces quelques remarques concernent les fenêtres proprement dites. 11 faut
Caractères mentionner spécialement les ouvertures percées dans le clocher. Nous avons généraux . dit que les étages inférieurs ne reçoivent de lumière que par des meurtrières étroites. Celles-ci sont d'ordinaire ébrasées très largement à l'intérieur et elles ont leur minimum d'ouverture au parement.
Au rez-de-chaussée leurs seuils sont en glacis, à Hérent, Orp, Nivelles ; mais aux étages ils sont horizontaux et permettent quelquefois, comme à Noduwez, de placer trois hommes à l'aise dans Tébrasement. Ordinairement ces meurtrières sont couvertes par une grande dalle plate. L'église. d'Orp a un genre particulier de meurtrière. Nous en avons publié un relevé aux fig. j 28 et 1 29. Elle a la forme d'une fenêtre très étroite ébrasée de deux côtés et sa grande originalité consiste dans son couronnement par un arc en plein-cintre découpé dans une seule pierre et autour duquel rayonne un rouleau de claveaux.
Quant aux ouïes des clochers, elles ne consistent quelquefois, comme à Haut-lttre et à Vieux-Héverlé, qu'en de simples baies en plein-cintre, sans glacis, sans ébrasement ou ornements quelconques (fig. 52 et 182).
A Berthem les arcades ont un chanfrein extérieur. A Humelghem les montants portent une échancrure qui s'arrête à Tare et qui s'amortit en console. Dans d'autres tours les ouïes sont divisées en deux baies plus petites par une colonnette monolithe portée par une base et couronnée d'un chapiteau cubique. C'est ce qu'on voit à Hérent, Vertryck (fig. 97) Neeryssche (fig. 85), Overlaer, Perck (fig. i58), Bost, Nivelles, Saint- Pierre à Louvain (fig. 26). Ces colonnettes sont en retraite sur le parement, tant intérieur qu'extérieur. A Perck, cette retraite est rachetée par un boudin ; à Tourinne-la-Grosse, la colonnette est remplacée par un meneau.
Les cryptes de Mousty, de Nivelles (fig. 190) et de Basse- Wavre ont de grandes fenêtres comme les églises. Celle d'Anderlecht (fig. 167) n'avait primitivement que des meurtrières largement ébrasées à l'intérieur et terminées, les unes par une dalle plate portée sur deux consoles, les autres par un arc appareillé en plein-cintre.