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LES PLANS

Toutes nos églises sont bâties sur le plan de la basilique longitudinale, avec ou sans transept ce qui n'a rien d'anormal. Le plan basilical était de règle à l'époque romane en Belgique et il n'y a d'exceptions que l'un ou l'autre édifice carolingien de forme rayonnante.

Dans le bassin de l'Escaut, cependant, ce plan fut quelque peu altéré, nous l'avons vu, surtout par l'emplacement du clocher sur la croisée. Une seule église en Brabant, celle de Mousty, adopte cette forme. Les édifices de cette contrée se rattachent donc au type longitudinal qui, d'ailleurs, règne exclusivement dans le bassin de la Meuse. L'abside semicirculaire précédée du presbyterium sans transept ne se rencontre guère dans les Flandres; elle est commune chez nous, même là où le clocher surmonte le chœur. On retrouve fréquemment une disposition analogue

dans le nord de la France (]) à des églises rurales : à Berzy-le-Sec (Aisne), Origine des xu siècle (2), à Melun (Seine-et-Marne) xi' siècle (3). Mais, en comparant éléments. attentivement ces églises avec les nôtres, on s'aperçoit que la ressemblance ,n'est que superficielle. En effet, la plupart des absides françaises sont d'un aspect extérieur différent ; elles sont construites plus richement, flanquées de contreforts, percées de fenêtres nombreuses, couvertes souvent par une toiture peu inclinée et des voûtes à nervures. Elles s'adaptent, en général, à des édifices qui sont eux-mêmes d'une conception toute différente des nôtres : avec tours centrales, transept et voûtes, quelquefois éclairés seulement par une rangée de fenêtres. En somme, il paraît évident

FiG. 194. Plan de l'Église d'Ophoven (Heinsberg).

que nos églises n'appartiennent pas au groupe de la France. Elles en sont d'ailleurs séparées par celles du Hainaut et de la Flandre.

L'analogie est très grande, au contraire, entre les églises du Brabant et celles situées dans l'est de la Belgique et dans les provinces rhénanes. Les types de Berthem et d'Overlaer se rencontrent fréquemment et sans interruption depuis le Brabant jusqu'au fond de l'Allemagne. Qu'il nous suffise de citer, en Belgique, Seilles Thynes, Sluze ; en Prusse rhénane, Odendorf (4), Wichterich, xii' siècle, Euskirchen, Odenthal, xii' siècle, Ophoven (Heinsberg), églises qui, toutes, rappellent le plan de Berthem et de Vossem ; Refrath (Miilheim), Palenberg, xi' siècle, Gruiten

(1) Les reproductions des églises françaises que nous citons se trouvent dans les Jlrchtves de la Commission des Monuments historiques et dans Lefèvre-Pontalis, op. cit.

(2) Lefèvre-Pontalis, op. cit., t. 11, pl. 21.

(3) Archives de la Commission des Monuments historiques, t. 1, pl. 2.

(4) Clemen, op. cit.. t. IV, p. 335.

Origine des (Mettmann) (i), xi' siècle, Hiibberath (Diisseldorf) xii' siècle, Hoven éléments. (Euskirchen) (2), etc., du type d'Overlaer.

Ici, la ressemblance n'est plus superficielle. Toutes ces églises sont conçues dans le même esprit que les nôtres, elles sont aussi simples, ont la même élévation, les mêmes piliers, les mêmes plafonds plats et le même clocher occidental. La comparaison des églises d'Odenthal (fig. j 96) ou d'Ophoven (3) (fig. 194) avec celle de Vossem (fig. 49 et 5 1) le démontrera mieux que toutes les descriptions. Les églises allemandes se distinguent cependant des nôtres par certaines différences de détail : leurs absides sont plus fréquemment ornées d'arcatures et de bandes murales, et, au lieu d'une seule fenêtre au fond, elles

Fig. 195. Plan de l'Eglise de Refrath (près Mulheim).

(D'après cietnen.) Ont régulièrement trois. Cer-

taines même, comme Kalkum (Diisseldorf) et Himmelgeist, ont l'abside principale flanquée de deux petites absidioles terminant les bas-côtés, disposition que nous avons retrouvée assez exactement à Celles.

11 y eut également, depuis le xii' siècle, des églises rhénanes recouvertes de voûtes, au moins sur les bas-côtés. Dans ce cas, les piliers, simplement carrés au siècle précédent, reçoivent, du côté des voûtes, un pilastre engagé comme à l'église du Parc. Le plan basilical allemand sans transept est donc absolument semblable au nôtre.

Cette ressemblance des deux écoles ne fera que s'accentuer à mesure que la comparaison s'étendra aux autres parties des édifices.

11 y a un second type d'églises sans transept : celui d'Humelghem et de Saventhem, avec le clocher sur le presbyterium.

Ici la provenance est plus difficile à déterminer. Nous ne rencontrons de disposition semblable que rarement en Belgique et seulement dans le

( I ) Clemen, op. cit., t. IV, p. 337.

(2) îbid.. t. IV, p. 638.

(3) Uid., t. 111, p. 1 16.

FiG. ]c;6. Église d'Odenthal (Mùlheim (D'après Clemen.)

Brabant ou dans son voisinage immédiat (Boom, Deux-Acren) (i). Elle est, Ongtne des au contraire, très fréquente en France : à Villars-Saint-Marcellin, à éléments,

Chelles (Oise), xu' siècle (2) ; à Saint- Vaast-de-Longmont (Oise) (3) ; à Orgeval (Seine-et-Oise), xii' siècle, à Quesny (Oise), etc. Mais, ici encore, les autres caractères de ces églises les rendront trop différentes des nôtres pour qu'on puisse conclure à une analogie pour l'ensemble. En Prusse rhénane, les exemples de ce type sont très rares ; nous n'en connaissons que deux ou trois, situés dans le voisinage de Bonn. On les appelle, en Allemagne, umgekehrte \irchen (églises retournées), quoique leur chevet soit orienté. Ce sont celles de Lessenich (5) à deux nefs, Rûngsdorf (6) (fig. 197) et Kiidinghoven. Elles offrent de grandes ressemblances avec les nôtres, mais le chœur est plus petit. Conclure à une influence serait téméraire, croyons-nous : ce genre d'église est une exception en Allemagne, il ne s'y rencontre que dans quelques villages écartés, et pas du tout dans l'est de la Belgique. Ne pourrait-on pas supposer que cette variété est originaire de nos contrées et qu'elle constitue une sorte de transition entre le plan des Flandres \\ et celui de Lotharingie ? La conformation générale est la mêms que dans les autres églises : plan longitudinal, presbyterium et abside; mais la tour, qui a tous les caractères des constructions brabançonnes, se trouve à l'endroit où elle

(1 ) Cfr. p. 43-44.

(2) Archives de la Commission des Monuments historiques, t. 1, pl. 7.

(3) Tbid.. t. 1, pl. 20.

-, ,r ^ r. '97- Eglise de Rûngsdorf

(i) Clemen, op. cit., t. V, p. 608. / - d ^

^ ' ^ ' ^ (près Bonn).

(6) Jbid., t. V, p. 634. (D'après Clemen.)

ine des est située dans les Flandres. Nous ne croyons donc pas qu'il faille chercher éléments. ^ cette forme d'église une origine lointaine.

Passons maintenant au plan cruciforme, dont l'église de Bierbeek est le type. Tel qu'il existe en Brabant, avec sa tour occidentale et son chevet plat, on n'en rencontre guère de spécimen en Flandre ni en France. Dans la partie orientale du pays, il est assez rare (Saint-Barthélémy à Liège, Lobbes), de même qu'en Allemagne avant la seconde moitié du xii^ siècle (Enkenbach, Niederhausen), encore ne s'applique-t-il pas à des paroisses rurales. Cependant d'après Dehio et von Bezold (i), il est d'origine rhénane et inconnu en France avant io3o. De plus, le chevet plat, qui différencie surtout notre type des autres églises à plan cruciforme, semble avoir été répandu par l'école clunisienne de Hirsau au xi^ siècle et repris, au xii^ siècle, par les cisterciens (Vaux-de-Cernay, i i 3o ; Fontenay, i i 5o ; La Couronne, 1170; Maulbronn, 1178, etc.) (2).

Le plan cruciforme nous est donc commun avec l'Allemagne ; d'autre part, la variété à chevet plat se retrouve, dès la première moitié du xi^ siècle, à Nivelles dont l'église monastique représentait probablement ici l'influence clunisienne.

Un autre détail encore prouve que la disposition dont nous venons de parler se rattache aux églises de l'est du pays ; les bras du transept y sont toujours moins élevés que la nef principale, ce qui est la règle absolue en Brabant et l'exception en Flandre. Cependant si, à cette époque, le type cruciforme de l'Escaut était déjà constitué, il se pourrait aussi que, par une combinaison analogue à celle dont dérive le type de Saventhem (3), celui de Bierbeek provienne de l'application du clocher occidental au plan scaldin dont Mousty est, peut-être, la plus ancienne application en Brabant.

11 serait aussi malaisé d'indiquer la provenance exacte des chapelles semicirculaires adjacentes aux bras du transept à Neerheylissem, Orp et Cumptich, et qui se retrouvent encore, à l'époque suivante, à Jodoigne. Ces chapelles se voient dans beaucoup de contrées, très peu cependant en Flandre. Au nord de la France, il en existe des spécimens à Binson (4),

(1) Op. cit., t. 1, p. )65.

(2) îhid., pl. 191 à 195.

(3) Voir p. 291 .

(4) Lefèvre-Pontalis, op. cit., t. 1, pl. 111.

Montlevon (Aisne) (i), Morienval, xr siècle (2), etc. Dans le pays delà Origine des

Meuse, Celles, Saint-Séverin, Xhignesse en offrent des exemples. En Aile- éléments.

magne, beaucoup de petites églises sans transept ont des absidioles, mais

rarement avec la même disposition que chez nous, sauf dans les grandes

basiliques comme Wursbourg (3), Limbourg-sur - Hardt, Hersfeld,

XI® siècle (4), Knechtsteden, xui^ siècle, Brunswick, etc. Cependant, les

chapelles circulaires aux transepts sont une création clunisienne (5) et

doivent, comme les autres particularités de cette école, nous avoir été

transmises par l'Allemagne.

11 est inutile d'insister sur la provenance des chapelles carrées du Parc ; nous avons suffisamment indiqué leur origine cistercienne. Celles de Nivelles, nous l'avons dit, sont propres au plan rhénan, dont relève cette basilique.

Une autre particularité distingue le plan des églises du Brabant : c'est l'entrée latérale. Par là elles se rattachent étroitement aux églises de la Meuse et indirectement à celles du Rhin, où cette disposition, moins commune, est cependant fréquemment appliquée, surtout dans certaines régions : Hochelten, xn* siècle, Hemmersbach, Heppendorf, xi* siècle, Koningshoven (Bergheim) etc., tandis qu'elle est inconnue en Flandre et en France.

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