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LES TOURS

Nous trouvons dans nos églises romanes quatre espèces différentes de tours : les clochers occidentaux en hors-d'oeuvre, les clochers engagés dans la façade, les clochers situés sur le chœur, enfin les clochers disposés à côté du sanctuaire. Ce dernier mode n'a jamais été fréquent; il n'en reste que deux exemples. Nous ne nous occuperons donc que des tours centrales et occidentales, qui, à vrai dire et à ne considérer que la forme, ne présentent entre elles aucune différence, sinon l'emplacement qu'elles occupent.

(1) Lefèvre-Pontalis, op. cit., t. 1, pl. IV.

(2) md.. pl. V.

(3) Dehio et VON Bezold, op. cit., pl. 48.

(4) ïbid., loc. cit.

(5) Ibid., t. 1. p. 271.

Ort^tne des éléments.

11 ne faut donc pas chercher les prototypes en Flandre, où ces tours deviennent presque toutes octogonales au-dessus de la toiture des nefs. Ce n'est pas non plus de France que nous sont venus les modèles. Si quelques édifices de ce pays, comme nous l'avons dit, présentent des plans semblables aux nôtres, l'aspect extérieur des clochers diffère totalement. Ils y sont beaucoup plus élégants, plus ajourés, plus ornés (i). Aussi est-il hors de doute que les clochers du Rhin, de la Meuse et du Brabant appartiennent à une seule école. Nous y trouvons les mêmes variétés d'un type unique. Des clochers très simples, dégagés, occidentaux, comme ceux de Berthem ou de Tourinne, se voient dans un grand nombre de localités. Citons, en Belgique, Wierde, Andenelle, Seilles, Aywaille, ^C'aha, Sluze, etc. ; au

pays rhénan, Steinbùckel , Solingen

XIP

FiG. 198. — Eglise de Fut TARD (Mùlheim).

(D'après Clemen.)

siècle,

Odenkirchen, Vochem, Hemmersbach (Bergheim) (2), Bûllesheim, etc. Ces tours, ainsi que les nôtres, n'ont ni ornements, ni escalier en pierre. Des clochers ornés comme celui de Hérent s'y voient plus souvent encore. Nous en avons cité quelques exemples en parlant de cette dernière église. Les clochers rhénans sont même généralement plus ornés que les nôtres, à ne comparer que les églises d'égale importance, les arcatures et les bandes murales y sont très fréquentes (fig. 196 et 198).

Fort peu de petites églises rhénanes ont un escalier à vis extérieur, comme Vossem, Velthem, etc. Le plus souvent, l'escalier est logé dans l'épaisseur des murailles, ainsi à Gladbach, Juliers (3), Hochelten, Rheinkassel (4), et, s'il existe une tourelle, elle est située vers l'intérieur, soit dans la tour même, comme à Mudscheid (Rheinbach), soit dans les nefs, comme à Gusten et Wegberg. Ces dernières églises appartiennent déjà au style gothique.

(1) Cf. Archives de la Commission des monuments historiques, t. 1, passîm.

(2) Clemen, op. cit., t. IV, p. 464.

(3) Jbid., t. Vin, p. J07.

(4) Jhid., t. IV, p. 168,

En dehors du Brabant, même en Belgique, très peu d'édifices n'ont qu'une Origine des seule tourelle d'escalier extérieure; sous ce rapport la disposition la plus éléments. ancienne dans nos contrées est celle des constructions rayonnantes de l'époque carolingienne, où deux grandes tourelles flanquent les avantcorps. Du reste, au témoignage de Dehio, on ne trouve pas d'escaliers aux églises basilicales avant l'an looo. Les plus anciens du Brabant sont probablement ceux de Nivelles, xii^ siècle ; on les aura imités dans de petits édifices. Les escaliers de Saint-Pierre à Louvain, un peu postérieurs, avaient sans doute la même importance.

Nous ne connaissons, ni dans le reste de la Belgique, ni au pays rhénan, de clochers occidentaux reposant de trois côtés sur deux piliers et flanqués de deux bas-côtés, comme ceux de Saint-Quentin à Louvain, de Hoxem et de Bierbeek. On voit bien, en Allemagne, des clochers engagés dans les nefs, par exemple à Himmelgeist (i), Kalkum et Gladbach ; mais, ou bien les bas-côtés ont été ajoutés à une époque plus récente (Himmelgeist, xni' siècle), ou bien la tour est sans communication avec ses collatéraux. Cette disposition, qui allait devenir commune dans le Brabant durant l'époque de transition, semble donc être propre à cette région.

L'avant-corps à deux clochers latéraux et pignon du modèle d'Orp-le- Grand est tout aussi rare. A Quedlinbourg (2), il y a un édifice qui s'en rapproche beaucoup, mais dont les tours sont entièrement occupées par des escaliers à vis. A Enkenbach, on trouve une disposition analogue : deux étages de travées carrées, voûtées, donnant sur la nef, mais elles servent réellement de porche, ce qui n'était pas le cas à Orp.

Quant aux narthex de Saint-Pierre à Louvain et de Nivelles, ils relèvent absolument, nous l'avons dit, du type qui a dominé le long du Rhin et de la Meuse pour les grandes églises.

Si nous poussons la comparaison de nos clochers avec ceux de l'Allemagne jusqu'aux détails, les ressemblances s'accentuent.

Des voûtes en berceau sous la tour subsistent en Belgique à Andenelle, en Allemagne à Rheinberg (Moers), Vochem, Gummersbach, etc. Cer-

( ) ) Clemen, op. cit., t. 1 1 1 , p. 1 1 6.

(2) Dehio et VON Bezold, op. cit', pl. 114.

Origine des taines tours, comme celle de Hilden (Diisseldorf) xu' siècle, n'ont même éléments. P^s de voûtes. Les autres tours allemandes sont voûtées d'arêtes comme les nôtres.

La communication entre l'église et les étages de la tour se faisait au moyen d'une échelle mobile dans la plupart des clochers de la Meuse et aussi dans plusieurs églises allemandes. La communication par arcades ajourées, qui existe à Hérent, se retrouve à Nieder-Zundorf (Mûlheim) et à l'église du château de Quedlinbourg. Les ouïes rhénanes ressemblent singulièrement à celles de nos clochers. Souvent elles sont sans ornements, ou divisées par des colonnettes à chapiteaux cubiques, comme à Hérent et à Vertryck. Voyez les églises d'itter (Diisseldorf), Gruiten (Mettmann) (i) et Ginderich (Moers).

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