‹ Les Origines du Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 10 sur 33 · Léon Blum, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Léon Blum, loc. cit., p

Ro te

qui croient à la nécessité et à l’inévitabilité en même temps, d’un 89 ouvrier. »

Ï1 fut condamné à six mois de prison, M. Deville à deux mois, M. Massard à un mois,

Le retentissement fut immense, et la défense et la condamnation assurèrent à M. Guesde et à ses amis une autorité morale considérable sur la partie la plus agissante du syndicalisme français.

En outre, l’atmosphère devenait de plus en plus favorable à leur propagande : c'était l’époque de la campagne en faveur de l’amnistie totale pour les condamnés de la Commune, et du mouvement populaire qui amena successivement l'élection de Blanqui comme député de Bordeaux (20 avril 1859), et celle de M. Alphonse Humbert, l’ex-rédacteur du Père Duchéne, comme conseiller municipal de Paris (12 octobre 1879). D'ailleurs, les anciens combattants de la Commune rentrés en France à la suite de mesures de clémence individuelles étaient déjà nombreux.

C’est dans cette atmosphère quela commissiond’organisation du Congrès national ouvrier de Marseille poursuivait ses travaux,sous la direction d’un ouvrier bijoutier de grande intelligence, Jean Lombard, l’auteur aujourd’hui célèbre de Byzance et de l’Agonie.

La commission avait été élue par les syndicats

LH, dico d a lé

ie be en octobre “188, à la date même du 7e procès de M. Guesde.

La circulaire qu’elle lança en février 1899 était

déjà d’un ton très haut : « La bourgeoisie détient les

matériaux, les instruments de travail, les utilités productives dont nous, travailleurs et prolétaires, sommes spoliés régulièrement. Appuyée sur un militarisme effroyable, sur un agiotage insensé, sur un système immoral qu’une science fausse, l’économie

politique, prétend légitimer, elle rend de plus en

plus impossible cette précieuse indépendance des hommes, l’autonomie de leur personne, l’émancicipation de la masse... » :

Pour l’organisation du congrès, la commission prit deux décisions qui indiquèrent nettement sa volonté de rompre avec les traditions modérées suivies à Paris et à Lyon.

Elle décida d’abord que le congrès serait ouvert, non seulement aux syndicats, mais encore aux cercles d’études sociales.

Elle décida, en second lieu, de porter à l’ordre du jour trois questions principales: du salariat, de la propriété, de la question sociale.

C'était appeler le congrès à consacrer la domina: tion du socialisme politique sur le syndicalisme pur.

Le congrès répondit à cet appel avec empressement (1).

1. Pour références, consulter : Léon de Seiïlhac, loc. cit., p. 29

A. May 3

TF0

ARE DE Me Ve

hs

Il siégea du 20 au 31 octobre 1879, réunissant 106 délégués de syndicats, et 24 délégués de cercles d’études sociales.

Sa première résolution, prise à l’unanimité, fut de s’intituler « Congrès ouvrier socialiste de France ».

Quelques séances furent consacrées au recen-

sement des forces syndicales et socialistes dans les

diverses régions de la France, puis à des manifestations d’ordre sentimental. Par exemple, ayant reçu de « l’assemblée générale des combattants de la Commune réfugiés à Londres » une adresse, cette fois non plus d’injures, mais au contraire de félicitations, le congrès répondit: «... Les délégués réunis ici affirment une fois de plus le principe pour lequel vous avez combattu. » ;

Au cours du débat sur les sociétés coopératives, quelques délégués préconisèrent les sociétés de production et de consommation, destinées selon eux à éliminer progressivement et pacifiquement le salariat. [ls ne convainquirent pas le congrès qui vota la résolution suivante :

Considérant :

1° Que le travailleur ne peut pas par son salaire équilibrer son budget ;

20 Que par conséquent toute économie étant d’une impossibilité absolue, il ne peut atteindre, par le rachat,

à 50. — Léon Blum, Loc. cit., p. 34 à 54. — Zévaès, le Syndicalisme, p. 87 à 92.

le but social qui est la possession des instruments de siravails - 3 Que les sociétés coopératives de production et de “consommation ne peuvent améliorer que le sort d’un petit nombre de privilégiés dans une faible proportion ;

* Le Congrès déclare :

Que ces sociétés ne peuvent aucunement être consi- -dérées comme des moyens assez puissants pour arriver à l'émancipation du prolétariat ;

Que, néanmoins, ce genre d'associations pouvant rendre des services comme moyen de propagande pour la diffusion des idées collectivistes et révolutionnaires, dont le but est de mettre les instruments de travail entre les mains des travailleurs, il doit être accepté, au même titre que tous les autres genres d'associations, dans le seul but d'arriver le plus tôt possible à la solution du problème social par l'agitation révolutionnaire la plus active.

Au cours du débat sur le salariat, un délégué -« des socialistes indépendants de Paris » exposa «la loi d’airain des salaires ». Jean Lombard aflirma que la rigueur de cette loi est absolue; que le prolétariat ne peut sortir de sa misère que par la perception du produit intégral du travail ; que l'obstacle à cette perception intégrale est le prélèvement opéré au profit du capital que détient la bourgeoisie; que la seule attitude qui convient au prolétariat, c’est une lutte de classe impitoyable, jusqu'à ce que les instruments du travail, arrachés à la bourgeoisie,

Sets

soient devenus la propriété collective des travailleurs. Cette vulgarisation des thèses lassalliennes et marxistes répondait au sentiment du congrès qui vota, par 53 voix contre 27, la résolution suivante:

Considérant :

… Que le salaire de l’ouvrier n’est pas le prix de ses produits, mais un salaire qui lui permet de vivre et de se reproduire, que par ces raisons il ne saurait être apporté une amélioration sérieuse à la situation des prolétaires sans une transformation complète de’ la société, c’est-à-dire sans la suppression du salariat luimême ;

Attendu que le salariat est le résultat de la division de la société en deux classes, l’une possédant tout et ne travaillant pas, l’autre travaillant et ne possédant rien ; que le salariat ne saurait être aboh et faire place à la rémunération du travail par l'intégralité de son produit que si tous les travailleurs possèdent les capitaux qu'ils mettent en valeur ;

Attendu que cette possession par les travailleurs des capitaux ne saurait être constante et universelle qu’au-

tant que, cessant d’être individuels, ils deviennent col-

lectifs, impersonnels et inaliénables ;

Le Congrès décide que le but des travailleurs doit être la nationalisation des capitaux, mines, chemins de fer, etc., mis ensuite entre les mains de ceux qui les font produire, c'est-à-dire des travailleurs eux-mêmes.

Le débat sur « la propriété » amena M. Isidore Finance à tenter de justifier la propriété individuelle.

Mais l’éloquence de M. Eugène Fournière fit voter une motion ainsi rédigée :

Considérant que le système individuel qui régit actuellement la propriété est contraire aux droits égalitaires qui doivent être l'expression de la société future ;

Considérant qu’il est injuste et inhumain que les uns produisent tout, les autres rien, et que ce soient justement ces derniers qui possèdent toutes les richesses, toutes les jouissances, ainsi que tous les privilèges ;

Considérant que cet état de choses ne cessera point par la bonne volonté de ceux qui ont tout intérêt à le faire exister ;

Le Congrès adopte comme but la collectivité du sol, sous-sol, instruments de travail, matières premières, donnés à tous et rendus inaliénables par la société à laquelle ils doivent retourner.

Enfin, la question de la représentation du prolétariat aux corps élus était à l’ordre du jour des congrès précédents.

On lisait dans le rapport de la commission spéciale :

Votre commission demande qu'avant toute chose le prolétariat fasse une scission complète avec la bourgeoisie etse sépare d'elle sur tous les terrains, à la fois intellectuel, juridique, politique et économique. Votre commission vous propose donc de voter la formation en France d’un parti de travailleurs dont le but sera d'appliquer toutes les résolutions du Congrès ouvrier socialiste de Marseille et de ceux quile suivront... Que

Rate ut chaque groupe ait l'obligation au moins morale de pré-

senter à toutes les élections des candidats ouvriers socialistes partout où faire se pourra.

La proposition était grave. 11 s’agissait d’introduire dans les syndicats la politique, non pas seulement politique, mais électorale, avec tout ce qu'elle peut amener de divisions, d’intrigues,d’exploitations et de gaspillages moraux ou matériels, au détriment des préoccupations proprement corporatives.

Mais l'esprit du Congrès était lancé.

M. Ernest Roche (1), délégué de Bordeaux, déclara : « Les chambres syndicales n’ont qu’un rôle à jouer : être le foyer de l’idée révolutionnaire. » Et M. Eugène Fournière : « Les Chambres syndicales ne peuvent être que des centres de propagande, tendant vers un but commun, et cela au moyen de leur fédération, afin de faire la révolution dans les idées, qui doit précéder la révolution sociale ».

Le Congrès vota la création de la Fédération du Parti des Travailleurs socialistes de France:

La Fédération serait divisée en six régions:

1° celle de Paris (ou du centre); 2° celle de Lyon (ou de l'Est) ; 3° celle de Marseille (ou du Midi) ; 4 celle de Bordeaux (ou de l'Ouest) ; 5° celle de Lille (ou du Nord); 6° celle d'Alger (ou de l'Algérie). Chaque région serait autonome. La Fédération tiendrait

Page 1