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DU CONGRÈS DE MARSEILLE AU CONGRÈS DE NANTES

Après le Congrès de Marseille, les chefs politiques du nouveau mouvement socialiste français allèrent à Londres consulter Karl Marx, Frédéric Engels et Paul Lafargue. 11 s'agissait de formuler le programme que l'on ferait ensuite adopter par les congrès régionaux et par le Congrès national de la Fédération du Parti des Travailleurs socialistes.

Marx accepta de rédiger les considérants du programme. Ils parurent à Engels « un chef-d'œuvre d’argumentation saisissante » (1). On y lisait :

Considérant :

Que l'émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe ni de race.

1. Voir les lettres d'Engels publiées par le Mouvement socialiste du 1” novembre 1900.

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Que les producteurs ne sauraient être libres qu'autant qu’ils seront en possession des moyens de production ; :

Qu'il n’y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production puissent leur appartenir: 1° la forme individuelle qui n'aura jamais existé à l’état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ; 2 la forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la classe capitaliste.

Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe productive, — ou prolétariat — organisé en parti politique distinct.

Qu'une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel, transformé ainsi d’instrument de duperie qu'il a été jusqu'ici en instrument d’émancipation.

Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts l’expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé, comme moyen d'organisation et de lutte, d'entrer dans les élections avec les revendications immédiates suivantes. »

Suivait l’'énumération de réformes d’ordre exclusivement politique, puis de réformes économiques dont les principales étaient le repos hebdomadaire, la journée de huit heures, le minimum de salaire, l'égalité de salaire pour les deux sexes, l’enseigne-

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ment AT les retraites ouvrières, la responsabilité des patrons en cas d'accidents du travail, l'interdiction de toute retenue sur le salaire.

C'était un programme de législation ouvrière, assez complet, mais dont la hardiesse n’est plus guère apparente à l'heure actuelle. Cette partie du programme n'était pas l’œuvre de Marx. Elle avait été rédigée par MM. Jules Guesde, Gabriel Deville et Jean Lombard. Frédéric Engels, dans les lettres qu’a publiées en 1900 le Mouvement socialiste, écrit à ce propos : «Ce n’est pas nous, mais les Français qui en portent la responsabilité ».

La Fédération du parti des Travailleurs socialistes devait tenir son congrès général de 1880 au Havre.

Avant le Congrès du Havre, les rédacteurs du programme s’efforcèrent de le faire adopter par les six fédérations régionales.

[ls échouèrent à Bordeaux. Les syndicats de la région bordelaise restaient en majorité fidèles aux anciennes idées corporatives. Leur congrès refusa même, par bo voix contre 2, d’accepter l’épithète de socialiste.

A Paris, le congrès de l’Union fédérative da Centre (tel était le titre qu'avait pris la fédération

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parisienne) révéla deux groupes d'opposition, d’une part les anarchistes, d’autre part les syndicalistes modérés. Les anarchistes, groupés dans le Cercle révolutionnaire des Vèet XIII arrondissements, et représentés par M. Jean Grave, condamnaient toute activité électorale, comme contraire à la véritable propagande révolutionnaire. Les syndicats modérés condamnaient la propagande révolutionnaire comme contraire à la véritable activité syndicale. Leur porteparole dut se retirer du Congrès. C'était M. Drouet, ouvrier voilier au Havre, délégué des douze syndicats havrais afiliés à l’Union fédérative du Centre.

C étaient précisément ces syndicats du Havre qui étaient chargés d'organiser le Congrès général.

La commission d'organisation désignée par eux désirait procurer au syndicalisme corporatif une revanche de l'échec éclatant subi à Marseille.

Dans ce but, elle décida de n’admettre au Congrès

que les groupes d’au moins vingt-cinq membres, et

encore à condition que chaque délégué appartiendrait à effectivement au groupe qu’il représenterait. On atteignait ainsi deux buts : l'élimination de beaucoup de petits « cercles d’études » ardemment révolutionnaires ; l'interdiction, pour les dirigeants

habituels du mouvement révolutionnaire, d’accu-

äîtres du Congres De Hu fe commission déci- | dait de se prononcer elle-même sur la vérification des pouvoirs.

Le Congrès s ‘ouvrit 4 16 ochbeE 1880. La commission invalida les pouvoirs d’un grand nombre de délégués révolutionnaires. Une scission se produisit alors. Pendant que les révolutionnaires allaient tenir à la salle de l’Union Lyrique, rue de Fécamp, un congrès qu’ils proclamèrent.le véritable « quatrième Congrès national socialiste ouvrier », les réformistes parmi lesquels siégeait M. Auguste Keufer, tenaient leur Congrès salle Franklin, et fondaient l’Union syndicale.

L'Union syndicale n’eut d’ailleurs que deux années d'existence. Elle passait pour agréable au gouvernement. En février 1880, un Bureau des Sociétés pro- Jessionnelles avait été créé au ministère del’Intérieur. C'était l’époque où pendaient devant le Parlement les divers projets où propositions de loi sur les syndicats qui devaient substituer au régime de la tolérance administrative inauguré par le Second Empire celui de la reconnaissance légale. Il était légitime que le gouvernement songeât à se renseigner sur le fonctionnement et les aspirations des syndicats. Maïs les révolutionnaires eurent l’habileté de représenter le Bureau des Sociétés professionnelles comme une annexe de la Préfecture de police, et de persuader

aux militants que c'était son influence qui dominait à l’Union syndicale. L'Union tint deux congrès assez obscurs à Saint-Mandé (1881), puis à Bordeaux (1882). Après quoi elle cessa de se réunir. Elle n'avait jamais groupé plus de vingt-neuf syndicats (1).

La Fédération du Parti des travailleurs socialistes, groupement hétérogène de syndicats et de cercies politiques, d'ouvriers et d’intellectuels, eut aussi ses vicissitudes. Querelles de personnes, querelles de doctrine, querelles de méthode, tout contribua à la diviser en plusieurs tronçons, ayant leurs chefs distincts qui rivalisaient âprement entre eux. Tous se disputaient les syndicats, sauf ce qui sera dit plus bas des blanquistes et des anarchistes. L'histoire, même sommaire, de ces dissensions intestines, sortirait du cadre de cette étude. On en trouve d’ailleurs les éléments excellemment présentés dans quelques ouvrages auxquels il est facile de se reporter (2). Il

1. En fait de rapports avec le ministre de l'Intérieur, les délégués de l’Union syndicale s'étaient bornés à rendre visite au

ministre le jour de la fête du 14 juillet. Quant à la prétendue

immixtion de la police, ilest bon de signaler le fait suivant : le délégué au Congrès de Marseille de 1879 qui fit signer par 60 délégués une déclaration concluant à loppropriation collective de tous les instruments de travail et forces de production à poursuivre par tous les moyens possibles, fut plus tard expulsé des groupes ouvriers quand on apprit qu'il avait été pendant dix ans un agent secret de la Préfecture de police. Voir Associations professionnelles ouvrières, t. I, p.246 et suiv.

2. Léon de Seïlhac, les Congrès ouvriers en France 1876- 1897. Armand Colin éd. Paris 1898. — le Monde socialiste.

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À cette date, les socialistes se Pne en:

bilanquistes, guesdistes, broussistes, allemanistes, anarchistes. . £ x

Les blanquistes. — Auguste Blanqui, homme d'action avant tout qui passaen prison la moitié de sa longue vie (1), a peu écrit. Les articles et fragments de lui publiés en volumes sous le titre de Critique sociale n’ont été réunis qu'après sa mort et ne composent pas une œuvre méthodique. |

Partisan convaincu du communisme, il estimait que la conquête socialiste du pouvoir politique ne pourrait être faite que par de petits groupements de minorités audacieuses et disciplinées, entraînant, en quelque sorte par surprise, les masses inertes à un coup de force décisif (2).

Lecoffre, édit. Paris, 1896. — Léon Blum, les Congrès ouvriers et socialistes français, 2 vol. de la « Bibliothèque socialiste » société nouvelle d'édition, Paris, 1901. — Daniel Halévy, Essai sur le mouvement ouvrier en France. Société nouvelle de librairie, Paris, 1902. — Mermeix, le Socialisme. Ollendorf, éd. Paris, 1906. — Zévaës, le Socialisme en France,Fasquelle, éd. Paris, 1908.

1. Voir Gustave Geffroy, l’Enfermé, Fasquelle, éd. Paris, 1897.

2. Ce fils d’un préfet du premier Empire participa à huit coups de main: émeute de la rue Saint-Denis (1827); journées de juillet 1830 ; insurrection du 12 mai 1839 ; journée du 15 mai 1848; soulèvement de la Villette (14 août 1870); journée du 4 septem-

hors

Personnellement, lui et ses disciples immédiats n’avaient jamais fait fond sur le mouvement syndical. Au Congrès que l'/nternationale tint à Genève en 1866, leur hostilité contre les délégués ouvriers français fut telle que le congrès protesta et, finalement, expulsa les blanquistes. Blanqui se plaignit amèrement, «La proposition de n’admettre que des ouvriers dans l’Internationale, c’est l’abdication de toute idée politique et civique, le parquement des travailleurs dans une existence purement matérielle. est leur'dégradation intellectuelle et morale, la proclamation de leur infériorité comme caste, c’est une véritable abdication (x) ». J’ai déjà cilé la brochure de 1896, les Syndicaux et leur Congrès.

Blanqui mourut presque immédiatement après l’amnistie des combattants de la Commune (1° janv. 1881). Ses amis organisèrent le Comité révolutionnaire central, qui s’efforça de perpétuer la tradition blanquiste parmi les jeunes générations socialistes,

Mais il arriva que la disparition des anciens blanquistes, et l'autorité de M. Édouard Vaillant, qui pendant son exil à Londres avait fréquenté la per-

sonne et l’œuvre de Karl Marx, imprégna fortement

bre 1870 ; insurrection du 31 octobre 1870 ; insurrection du 22 janvier 1871. Outre les condamnations que lui valurent plusieurs de ces mouvements, il fut impliqué deux fois dans des poursuites contre les sociétés secrètes qu’il organisait dès qu’il était en liberté (1832, 1861),

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