‹ Les Origines du Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 14 sur 33 · SE PES · texte numérisé non relu

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ï ‘28 lutte de ee » (1). Il ne croit pas à l'efficacité socialiste des réformes.

Touchant l’action syndicale, il professe une doc-

trine à la fois dédaigneuse et jalouse. Il estime que

Jes améliorations immédiates du sort des ouvriers, que les syndicats peuvent réaliser dans le cadre de la société bourgeoise, sont certes désirables au point de vue humanitaire, mais qu’au point de vue d’une politique scientifique, elles ne font guère avancer la cause de la révolution. Le véritable mérite de l’action syndicale, c’est de donner aux ouvriers, par la considération de leurs intérêts matériels de classe opposante, la conscience intuitive de la nécessité de la lutte des classes, mieux que ne le ferait la propagande doctrinale. Mais ce mérite, l’action syndicale ne l’aura que dans la mesure où elle sera soutenue, guidée par les idées révolutionnaires dont le parti ouvrier, organisme politique complet, est le dépositaire. C’est pourquoi il est nécessaire que les syndicats ouvriers s’affilient au parti. Leur rôle n’y sera

1. Résolution votée en 1882, au premier Congrès (à Roanne) du Parti ouvrier français : « L'’unique objectif politique est la conquête de l'État, c'est-à-dire du pouvoir central ». Voir Léon Bium, loc. cit., t. I, p. 86.

Résolution du Congrès de Roubaix 1894 : « L'œuvre du parti révolutionnaire, c’est de s'organiser solidement, de s’agrandir, en poursuivant sur tous les terrains, notamment sur le terrain électorel, à l’aide de la candidature de classe et d’un programme unique, la lutte contre tous les partis politiques de la bourgeoïsie ». Ibid, p. 95.

es

pas négligeable : ils lui apporteront l’appoint des

gros bataillons prolétariens ; mais il ne sera pas prépondérant, puisqu’en eux-mêmes ils ne peuvent pas grand chose en fait de révolution politique.

Les broussistes. — M. Paul Brousse devint le véritable inspirateur de la Fédération du parti des travailleurs socialistes après que M. Guesde et ses amis l’eurent quittée en 1882. Il l’engagea dans des voies opportunistes. La scission de 1882 avait été d’ailleurs provoquée par ce fait qu’à l'élection municipale de Montmartre (19 déc. 1881), M. Joffrin, ami de M. Brousse, avait remanié dans un sens transactionnel le programme adopté au Havre.

La devise des broussistes était, comme l’un d’eux l'avait écrit dans leur journal le Prolétaire (n° du 14 novembre 1881) : « fractionner notre but jusqu’à le rendre enfin possible ». D'où l’épithète de possibilistes que les guesdistes leur jetèrent comme une injure, et dont Brousse, Benoit Malon, M. Eugène Fournière se parèrent avec fierté.

Le moyen d’action que préconisaient surtout les broussistes, c'était la transformation progressive, au fur et à mesure des possibilités, des entreprises privées en services publics incombant, selon les cas, à

l'État, aux communes, ou à telles ou telles institu-

tions spécialement créées.

| Quant aux syndicats ouvriers, leur lutte incessante en faveur des améliorations immédiates avait une valeur socialiste éminente, puisque, dans leur sphère, ils contribuaient chaque jour à cette action opportuniste qui est tout le secret du socialisme. Il n’y a pas besoin de coller sur le syndicalisme telle ou telle épithète, de lui inspirer telle ou telle arrièrepensée politique : par le seul fait qu’il poursuit son action réformiste, il travaille pour la révolution, consciemment ou non, peu importe.

Les Allemanistes. — M. Jean Allemane, ouvrier typographe,resta un des principaux collaborateurs de M. Paul Brousse jusqu’en 1890. A cette date, il prit l'initiative d’une scission et fonda le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire.

Cette scission fut provoquée par de pénibles froissements de personnes. Elle eut pour prétexte des divergences de doctrine assez confuses. M. Jean Allemane et ses amis n'étaient pas des théoriciens. Dans une curieuse brochure que M. Allemane publia en 1900, le Socialisme en France, et où il récapitule les dissensions antérieures, il est malaisé de définir exactement, de formuler en articles positifs, ce qui

OS

l’a séparé des broussistes. On y aperçoit par contre

une divergence de « tempérament » qui explique la scission de 1890 et en indique la valeur.

M. Allemane et ses amis représentaient, dans le parti socialiste, l'élément proprement ouvrier : le goût de la lutte, l’ardeur toujours renouvelée. Ils comprenaient fort bien — et leur longue union avec les broussistes, leur hostilité contre M. Jules Guesde en font foi — la valeur de l’opportunisme socialiste, à la fois comme moyen d'amélioration immédiate et comme acheminement vers la révolution totale. Ils étaient d’autant plus accessibles à la compréhension des idées pratiques qu'ils étaient plus éloignés des savantes préoccupations d’école.Maisils s’attachaient jalousement à conserver une âme d’ouvriers manuels, et la politique broussisie leur semblait trop une politique d’« intellectuels », complexe, dépourvue de la saine rudesse qui convient au prolétariat.

Leur prédilection pour l’action syndicale était vive. De tous les partis socialistes qui se disputaient les syndicats, ce fut le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire qui en groupa le plus grand nombre, et leur fit la place la plus prépondérante (1).

1. En 1896, étaient membres influents du parti allemaniste : MM. Eugène Guérard, secrétaire général du Syndicat national des chemins de fer, Hamelin et Paillot, du Comité central de la Fédération du Livre. En 1899, le Parti ouvrier socialiste révolationnaire recevait encore directement les adhésions syndicales, notamment

Les Anarchistes. — On a désigné sous le nom . d’anarchistes, dans une terminologie devenue courante, ceux des communistes qui se flattent de réaliser la révolution par la destruction de toute autorité. Quelques pages de Proudhon, mais surtout de Bakounine, résument leur idée maîtresse (1).

« L’abolition de l’État doit être la condition première et indispensable de l’affranchissement de la ‘société, après quoi seulement elle peut et doit s’organiser d’une autre manière ; mais non pas de haut en bas, et d’après un plan idéal rêvé par quelques sages ou savants, ou bien à force de décrets lancés par quelque force dictatoriale ou même par uneassemblée nationale élue par le suffrage universel. Un tel système mènerait inévitablement à la création d’un nouvel État, et conséquemment à la formation d’une aristocratie gouvernementale,c’est-à-dire d’une classe ‘entière de gens n'ayant rien de commun avec la masse du peuple; et certes cette classe recommencerait à l’exploiter et à l’assujettir sous prétexte de bonheur commun ou pour sauver l’État. La future organisation sociale doit être faite seulement de bas en haut, par la libre association ou fédération des

celles des forgerons et des serruriers en voiture. — Cf. De Seilhac, le Monde socialiste. Lecoffre, éd., Paris, 1896, p. 14. — Albert Rubord, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, in Mouvement socialiste du 1° juin 1899.

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