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Pour le compte rendu du Congrès d'Alger: Léon de Seilhac

les Congrès ouvriers 2° série, p. 136 à 138. — Yvetot, Le X° Congrès des Bourses du Travail in le Mouvement socialiste, 15 nov. 1902. — Pour le Congrès de Montpellier : Léon de Seilhac,

ibid., p. 139 à 168. — Pouget, le VIII: Congrès de la C.G.T. in Mouvement socialiste du 1° janvier 1903 ; et surtout Charles Rist, in Mémoires du Musée social, janvier 1903.

son apostolat en faveur de l'unité. Et cette fois, le

secrétaire fédéral, M. Georges Yvetot, qui intervint, dit-il, non en tant que secrétaire fédéral, mais comme délégué de la Bourse de Bagnères-de-Bigorre, se trouva pleinement d'accord avec lui, aussi bien sur le principe que sur la méthode de réalisation, celle-là même que M. Niel avait vainement proposée l’année précédente et qui devait finalement prévaloir.

Au Congrès confédéral de Montpellier, qui eut lieu quelque temps après (22-27 sept. 1902), participaient 29 fédérations d'industrie ou de métier et 56 Bourses du Travail ou unions de syndicats divers. Les Bourses du Travail n’avaient droit délibératif que sur la seule question de l'unité ouvrière, M. Niel développa de nouveau sa proposition. Et là aussi, tout le monde fut d'accord avec lui, Le pacte unitaire fut rédigé en deux articles qui devinrent les

articles 4 et 5 des’'statuts de la Confédération géné-

rale du Travail :

ART. 4. — Chaque organisation adhérente à la Confédération générale du Travail sera représentée par un délégué. L'ensemble de ces délégués constitue le comité confédéral.

ART. 5. — La Confédération générale du Travail se divise en deux sections autonomes. La première section prend le nom de section des Fédérations de métier ou d'industrie et des syndicats isolés. La deuxième section prend le nom de section de la Fédération des Bourses du Travail.

11 fut convenu que le comité confédéral se réunirait normalement une fois par trimestre; que le: secrétaire de la section des Fédérations (c'était M. Victor Griffuelhes) serait secrétaire général de la Confédération ; que les cotisations mensuelles. seraient : pour les Bourses du Travail, de 35 centimes par syndicat : pour les fédérations, de 40 centimes par 100 membres; pour les syndicats isolés, de 5 centimes par membre.

Il est malaisé d'établir, à distance, les raisons qui ont dû être complexes, mouvantes,et,chez les acteurs, plus intuitives que logiquement déduites, du revirement rapide qui amena les militants syndicalistes à réaliser l'unité des deux organisations rivales. Il ne peut s’agir ici que d’inférer, de la coïncidence de certains grands faits notoires, quelques inductions, et non une synthèse.

Il est intéressant, à cet égard, de rappeler que la période qui a précédé l'unité ouvrière fut, pour le socialisme en général, une période de crise théorique et pratique.

L'affaire Dreyfus venait de bouleverser la politique française. Une collaboration suivie avait été établie entre beaucoup de socialistes et même d’anarchistes et des hommes qui, jusqu'alors, n’avaient pas soup-

çonné qu’ils pussent un jour se trouver unis avec eux. Au mois de juin 1899, M. Waldeck-Rousseau avait constitué un ministère où il avait confié le ministère du Commerce, de qui relevaient les questions relatives au syndicalisme, à l’un des chefs les plus éminents du socialisme parlementaire, M. Millerand,

M. Millerand était un socialiste réformiste ; il n'avait jamais caché son dédain des agitations révolutionnaires. Dans son célèbre « programme de Saint- Mandé » (1), il avait dit en propres termes : « Recourir à la force ? et pour qui, et contre qui ?.… Nous ne nous adressons qu’au suffrage universel, c’est lui que nous avons l’ambition d’affranchir économiquement et politiquement. Nous ne réclamons que le droit de le persuader... Non pour réaliser les réformes immédiates susceptibles de soulager le sort de la classe ouvrière et de la rendre ainsi plus apte à conquérir elle-même son émancipation ; pour commencer, dans les conditions déterminées par la nature des choses, la socialisation des moyens de production, il est nécessaire et suffisant au parti socialiste de poursuivre par le suffrage universel la conquête des pouvoirs publics » (2). Homme d’État

1. Discours prononcé le 30 mai 1896, au banquet des municipalités socialistes, devant tous les chefs socialistes (MM. Jules Guesde, Vaillant, Jaurès, etc.), qui l’approuvèrent hautement.

2. Le discours est publié in extenso dans l'ouvrage de M. Lavy, l'Œuvre de Millerand. Paris, société nouvelle de librairie et d'édition, 1902.

réaliste, M. Millerand devenu ministre s’appliqua, par une série de réformes d'utilité immédiate, à

améliorer la condition juridique de la classe ouvrière

et notamment à grandir le rôle des syndicats ouvriers. On sait ce que fut son œuvre: décrets du 10 août 1899 sur les conditions du travail dans les entreprises fournissant l'État, les départements et les communes; décret du 1° septembre 1899 conférant aux syndicats le choix des délégués ouvriers au Conseil supérieur du Travail ; développement de l'Inspection du Travail et prescription donnée aux inspecteurs d'entrer en conférences avec les syndicats ouvriers (décret du 14 nov. 1899, circulaires des 19 janvier et 12 février 1900) ; création des Conseils régionaux du Travail (décrets des 17 sept. 1900 et 2 janvier 1901 (1); préparation du projet de loi sur les retraites ouvrières ; encouragements et subventions de toutes sortes aux syndicats, bourses du Travail, associations coopératives. Cette action persévérante fut pour beaucoup dans le brillant développement qu'eut à ce moment le mouvement syndical. L'Annuaire des syndicats professionnels établit qu’au 1° janvier 1899, il y avait 2.361 syndicais ouvriers avec 419. 961 membres, au 1* janvier

1901, 3.287 avec 419.561 membres; en même temps,

1. En fait, cette réforme a échoué. Bien que le Conseil d’État ait reconnu la légalité des décrets, l'hostilité du Parlement a fait obstacle à leur application.

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groupant 1136 syndicats el 159.284 syndiqués, à 75, groupant 1630 syndicats et 276.837 membres (1). Et cependant l’action de M. Millerand rencontra une opposition dans la majorité de la Confédération Générale du Travail et de la Fédération des Bourses du Travail. On la dénonça comme une entreprise hypocrite de corruption du syndicalisme par la bourgeoisie capitaliste. Un incident pénible de cette suspicion se produisit à l'encontre de Fernand Pelloutier lui-même: comme il était malade et sans ressources, M. Georges Sorel pria M. Jaurès de solliciter de M. Millerand une mission officielle pour le secrétaire de la Fédération des Bourses. M. Millerand nomma aussitôt Pelloutier enquêteur de l'Office du Travail. | fut mis en accusation devant le Con-

1. M. Hubert Lagardelle écrivait alors : le Mouvement syndical en France, publié en mai 1901 par The International socialist review de Chicago et cité par M. Zévaès in le Socialisme en France, p. 196): « Les années 1899 et 1900 ont été marquées par un grand progrès des syndicats : la prospérité industrielle était générale et l’activité des affaires contribuait à l'activité ouvrière. Les préparatifs de l'Exposition Universelle donnèrent une impulsion vitale de plus en plus énergique au mouvement économique en France. De grandes grèves éclatèrent de toutes parts dans le pays, et les travailleurs demandèrent leur part de prospérité générale sous forme d’un accroissement des salaires. De nombreux syndicats furent formés après ces grèves. Mais à ces raisons économiques s'était ajoutée une raison politique: la présence d’un ministre socialiste a encouragé fortement la création des syndicats : toute la série de mesures législatives qu’il a prises secondent de plus en plus la tendance au mouvement syndical. »

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grès des Bourses siégeant à Paris en 1900, et sommé d’avoir à opter entre la situation de secrétaire d’une organisation révolutionnaire et de salarié d’un ministère « de défense capitaliste » (1). L'explosion de haine soulevée dans les milieux syndicalistes

révolutionnaires par ce qu'ils appelaient le « mille-

randisme » fut si violente qu’encore une année après que M. Millerand eût quitté le ministère, ils fondèrent une publication destinée uniquement à rechercher et à dénoncer tous les syndicalistes réformistes, fussentils des plus authentiquement et des plus anciennement confédérés —- qui avaient fait bénélicier leurs syndicats des réformes accomplies (2).

Au fond de cette hostilité, il y avait un sentiment sincère. M. Émile Pouget nous aide à le comprendre lorsqu'il écrit, à propos de l’unité ouvrière réalisée au Congrès confédéral de Montpellier : « Désormais, il y a un faisceau de points généraux qui n’entrent plus en discussion et qui lui servent de base organique.

En même temps ces points généraux sont les prin-

1. Voir Léon de Seilhac, les Congrès ouvriers, deuxième série, p. 46 à 48 et p. 101.

2. Inutile de dire qu’on les représentait comme ayant obtenu un profit tout personnel. Ceux qu’on dénoncçait aussi étaient des hommes comme M. Auguste Keufer, M. Edmond Briat, M. Victor Dalle. La publication en question s'appelait l'Action Directe, (c'est le premier en date des journaux qui aient porté ce titre). Elle parut en brochures mensuelles de juillet 1903 à février 1905. Ses principaux rédacteurs furent MM. Delesalle, Griffuelhes, Pouget, Yvetot, Niel.

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“cipes élémentaires d’une doctrine sociale qu’on pour-

rait supposer neuve et qui n’est en fait que le retour à la saine doctrine de l'Association Internationale de Travailleurs. Ces points peuvent se résumer comme suit : 1° constituer les travailleurs, par le réseau <oordonné de leurs syndicats, en parti de classe, et ce sur le solide terrain économique, sans aucunes accointances politiciennes ; 2° orienter le nouveau parti du travail vers l’action directe sous toutes ses formes, contre les forces d’exploitation et d’oppression (le capital et l’État) et préparer la transformation sociale par la grève générale qui, en désagrégeant révolutionnairement la société capitaliste, permettra aux travailleurs de prendre possession de la production sociale (1). » Donc les syndicats aspiraient à devenir un « parti de classe », le « parti du travail » ayant sa politique autonome de lutte de

classes. On conçoit dans ces conditions que les actes

de M. Millerand et des syndicalistes réformistes qui s’y associaient de bonne grâce apparaissaient comme un péril funeste, un retour des dangers qu'avait courus le syndicalisme pendant le temps qu'il était mis en tutelle par les organisations socialistes politiciennes et auxquels il avait échappé par le Congrès de Nantes. Et de même qu’à Nantes, huit ans aupa-

1. Le VII Congrès de la C. G. T., dans le numéro du 1°* jan- “vier 1903 du Mouvement socialiste.

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ravant, l’unité morale des syndicalistes divisés (allemanistes, anarchistes, indépendants) s'était faite

«contre » un ennemi commun qui était alors le

« guesdisme », de même à Alger et à Lyon, en 190», l'unité organique du syndicalisme fut faite « contre » le nouvel ennemi commun de ses chefs révolutionnaires qui était maintenant le « millerandisme ».

La crise socialiste provoquée par l'entrée de M. Millerand dans le ministère Waldeck-Rousseau n’eut pas pour effet unique de réaliser l’unification syndicaliste dans l'effort commun qu'elle imposa aux militants de la Confédération générale du Travail et de la Fédération des Bourses du Travail. Elle fut l’occasion d’un rapprochement intime entre ces mililants ouvriers et quelques intellectuels extrêmement distingués qui suivaient la même crise avec une attention passionnée. Elle prépara ainsi l'élaboration du corps de doctrine théorique dont le syndicalisme révolutionnaire n’avait pas encore trouvé l'affirmation synthétique.

Je veux dire les fondateurs de la brillante revue le Mouvement socialiste.

Le Mouvement socialiste fut fondé au début de l’année 1899 (1). Il fut d’abord ouvert aux représen-

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