Voir, sur ces premiers ouvrages, une étude de M. Maurice
Spronck dans le Correspondant du 30 janvier 1909.
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marxiste de la valeur), où il refusait de souscrire à Ja théorie simplifiée du conflit des classes (1). A la fin de la/même année, il publiait dans une revue sociologique franco-belge, l'Humanité nouvelle, son essai sur l’Avenir socialiste des syndicats (2). Là, ül a inauguré une méthode nouvelle. Au lieu de rechercher d’après des déductions logiques quel devait être, au point de vue socialiste, le rôle des syndicats ouvriers, il a montré qu’il convenait d’envisager l’action ouvrière comme un fait préexistant à toute construction théorique, et que l’analyse ne devait intervenir que comme interprétation de la réalité ; il a,bien avant que le mot n’eût été lancé avec le succès que l’on sait, appliqué le pragmatisme à la compréhension intuitive des questions ouvrières. Et il a conclu ique le syndicalisme était l'avenir du socialisme, parce qu'il était l’élaborateur spontané des institutions qui caractériseraient la cité socialiste, à condition qu'il ne se laissât pas exploiter par le « prolétariat intellectuel » dont la vraie vocation est
1. (Marx avait été amené à présenter le conflit social sous la forme simplifiée d’une lutte entre le prolétariat et la masse unie des capitalistes. On a cru que cette exposition populaire et assez ancienne de sa doctrine jétait une théorie scientifique servantde base à toute recherche économique... Aujourd'hui les théoriciens du marxisme sont unanimes pour reconnaître qu'ils s'étaient trompés, que les classes ne peuvent être ramenées à la division dichotomique. »
2. La brochure de 1900, éditée à la librairie socialiste Jacques, est une réédition remaniée.
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l'exploitation de la politique ( 1). Pendant la crise politique de 1899-1900, M. Sorel prononça trois con- férences publiques au ‘collège libre des sciences
sociales : l’Ethique du Socialisme (20 février 1899), la Science et la Morale(9 janvier 1900), les Facteurs moraux de l'Évolution (30 janvier 1900) (2); il y adopte les thèses de Marx sur la lutte des classes et sur la mission historique du prolétariat ; jugeant le scandale qui accueillit, dans les milieux socialistes, la « revision du marxisme » proposée par M. Bernstein dans son ouvrage Socialisme théorique et social : démocratie pratique, il ne cache pas l'estime que lui inspire cette tentative de renouveler les méthodes d'analyse socialiste par la seule observation des réalités ouvrières. En 1902, il publie son grand ouvrage l’Introduction à l'économie moderne où il met en circulation l’ingénieuse conception des mythes socialistes : &« Je me demande s’il est possible de fournir une exposition intelligible du passage des principes à l’action sans employer de mythes... Il est probable que déjà Marx n’avait présenté la concep-
1. Il écrivait de la lutte syndicale : « Ce n’est pas une lutte pour prendre les positions occupées par les bourgeois et s’affubler de leurs dépouilles ; c’est une lutte pour vider l'organisme bourgeois de toute vie et faire passer tout ce qu'il contenait d'utile dans un organisme politique prolétarien, créé au fur et à mesure du développement du prolétariat. »
2. Recueillies dans les publications collectives intitulées Morale sociale et Questions de Morale (Alean, éd. Paris 1899 et 1900).
tion catastrophique que comme un mythe, illustrant
d’une manière très claire la lutte des classes et la révolution sociale ». Et ainsi s’achemine:t-il vers l’adoption de la grève générale révolutionnaire, considérée non comme un programme positif, mais comme l'hypothèse mythique qui détermine, à l'intérieur de chaque conscience ouvrière, le passage toujours renouvelé du principeà l’action quotidienne.
Pendant ce temps, M. Hubert Lagardelle tient au Mouvement socialiste une & chronique sociale », où enregistrant au jour le jour les réalités du mouvement ouvrier, il tente, suivant la méthode sorelliste, d’en dégager une systématisalion progressive: un referendum entrepris auprès des syndicats ouvriers au sujet des retraites ouvrières lui sert à constater de façon précise le développement des idées syndicales et il en conclut : « Par cet enrichissement successif de l’organisme ouvrier se précisera peut-être, pour le prolétariat militant, le sens complet de la formule marxiste, qui pose la lutte des classes comme une lutte politique, cela ne signifie pas seulement lutte électorale et parlementaire. C’est là une interprétation politicienne qu'il faut laisser aux petits bourgeois... et, dirigé contre elle, l’antiparlementarisme des syndicaux se trouve justifié. La lutte que le prolétariat mène par lous les moyens contre la classe capitaliste est une lutte politique, e2 ce sens qu'elle
a pour but de modifier au profit de la classe ouvrière
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tous les rapports sociaux exislants : économiques, juridiques et politiques. Il ne peut s’agir, en effet, pour le prolétariat, de conquérir les organes politiques de la bourgeoisie pour s'y adapter ensuite, Tout se réduit pour lui à créer des organismes nouveaux qui lui soient propres et qu’il substiluera aux organismes capitalistes » (1) — Peu après, la tenue à Tours d’un congrès des socialistes réformistes, favorables à M. Millerand, lui suggère la vision du conflit qui éclate entre le socialisme et la démocratie, et il écrit Socialisme et Démocratie : (2) « La démocratie ne poursuit pas des fins économiques mais seulement spirituelles. Elle considére en lui-même le citoyen, l’homme politique détaché de la catégorie sociale à laquelle il appartient... Elle se place audessus des classes et des conflits de classe. Son caractère essenliel est même non seulement de ne pas les connaitre, mais encore de les supprimer. La conception de la lutte de classes, qui est à la base du socialisme, est donc contradictoire à la démocratie... L'organisation économique du prolétariat ne connaît que des hommes réels, des ouvriers qui se groupent et se concertent pour la défense de leurs inicrêts.. Une différence nécessaire se produit parmi
eux : les plus conscients, les plus aptes à la défense