‹ Les Origines du Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 3 sur 33 · Voir : Statistique des grèves · texte numérisé non relu

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de 1905 à 1906, le nombre des grèves montait bien de 2.403 à 3.328, mais celui des grévistes baissait de 405.000 à 272.000 (1). On voit par ces chiffres quelle fut l’ampleur du mouvement du Premier mai.

Quant à ses résultats pratiques immédiats, si on considère l’amélioration matérielle conquise par les grévistes, elle est insignifiante. Un spécialiste, M.Picquenard, rédacteur en chef du Bulletin de l'Office da Travail, écrivait en mai 1908 dans la Revue d'Économie politique (2) :

« On sait quelle fut, pour presque toutes les corporations engagées, les typographes exceptés, l'issue désastreuse de ce mouvement... Le.calcul des pertes et des gains a pu être fait pour 93 de ces grèves ; elles se sont traduites par 6.350.683 francs de pertes et 1.021.179 francs de gains. Avant d’avoir rattrapé les salaires perdus, les ouvriers devraient travailler aux nouvelles conditions pendant 1.871 jours, alors que dans la moyenne des neuf années précédentes, 243 jours suffisaient aux grévistes pour récupérer les salaires perdus pendant les grèves ».

Maisici encore,pourapprécier l'importance de l’année 1906 dansle mouvement ouvrier français, il faut tenir compte d’autres éléments que les éléments matériels. Un mouvement comme celui du 1° mai 1906

1. Voir : Bulletin de l'Office du Travail(sept. 1908, p. 883). 2. Le Bilan financier des grèves et leur influence sur les salaires.

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est sans valeur sérieuse si les syndicats n’attendaient de lui que des réformes dans la durée des journées du travail ou dansle taux des salaires.Ila une portée con-

sidérable, si les syndicats ont cherché à manifester

leur tendance révolutionnaire.

C'est un exercice de mobilisation des forces ouvrières les accoutumant, les préparant à la guerre de classe par laquelle ils espèrent détruire l’ordre capitaliste et édifier eux-mêmes la société nouvelle. Rarement exercice aura été plus ample, plus profond et plus retentissant que celui auquel les syndicats français s’adonnèrent à cette occasion.

Est-il légitime de lui attribuer ce caractère révolutionnaire ?

Il suffit, pour montrer que oui, d'indiquer qu’au mois d'octobre suivant, 991 syndicats adhérents à la Confédération générale du Travail (1) réunis en congrès à Amiens, furent appelés à délibérer à la fois sur des questions comme la journée de huit heures et le contrat collectif de travail, dont la mise à

l’ordre du jour n'indique par elle-même aucune ten-

dance révolutionnaire, et sur des questions comme:

les rapports de la Confédération générale da Travail avec le Parti socialiste unifié, l'antimilitarisme et l'antipatriotisme, la grève générale, qui sont des

1. On verra, dans le cours du dernier chapitre de notre étude, que la Confédération générale du Travail comprenait alors plus de 3.000 syndicats. Les deux tiers étaient absents du congrès.

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préoccupations purement révolutionnaires. L'esprit dans lequel ces questions furent débattues, les résolutions qui furent adoptées,et dont l’analyse détaillée. n’a pas à prendre place dans cette introduction (on la trouvera dans le corps de l’étude),indiquent sans équivoque que la majorité des syndicats adhérents à la Confédération générale du Travail poursuivent une œuvre d'ensemble inspirée d’une doctrine sociale synthétique que l’on peut résumer ainsi :

Les syndicats ont pour rôle de détruire la société capitaliste par une grève générale et d'organiser eux-mêmes la production et la répartition des. richesses dans la société future.

C’est le syndicalisme révolutionnaire.

Doctrine socialiste, et qui s’oppose au socialisme traditionnel. Beaucoup de socialistes sont restés fidèles à la notion traditionnelle que la révolution socialiste résultera de la conquête des pouvoirs. publics par le prolétariat organisé en parti politique. Pour eux, il s’agit non de détruire l’État, mais de changer sa destination : s’il n’est aujourd’hui qu’un instrument de capitalisme, entre leurs mains il deviendra un tout-puissant instrument de collectivisme.M. Jules Guesde et ses amis ontessayé d'assurer à cette notion la prépondérance dans les délibérations du parti socialiste Q unifié », ou Section française de l’Internationale ouvrière. Ils ont fondé, pour la soutenir contre la concurrence du syndicalisme révo-

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