‹ Les Origines du Syndicalisme RévolutionnaireChapitre 7 sur 33 · Depuis le 14 décembre · texte numérisé non relu

Depuis le 14 décembre

2. Voir : Léon de Seilhac, Loc. cit., p. 28. — Mermeix, Le Socialisme, Ollendorf éd. Paris 1906, p. 129.

Dès l’année 1872, un groupe d’éludiants parisiens se réunissait habituellement au café Soufflet (au coin du «boulevard Saint-Michel et de la rue des Écoles) pour s’entretenir d’aspirations politiques et sociales. La publication du Manuel de Droit civil de M. Emile Acollas y produisit une sensation dont il fut immédiatement rendu compte en ces termes par Benoit Malon : «M. Gabriel Deville, qui continuait alors à Paris ses études de droit, lut ce livre avec d’autant plus d'attention que l’auteur était un ami d'enfance de son père, et qu'il suivait assidûment les conférences qu'il présidait au Palais de Justice » (t). On sait que la thèse maîtresse d’Acollas était de ruiner les théories en honneur sur l’origine du droit de propriété, pour montrer que la seule origine justificative était le travail (2). Il paraît que, du coup, M. Gabriel Deville, qui ne connaissait pas encore l’œuvre de Marx, fut conquis au socialisme.

La première manifestation publique à laquelle se soit livré le groupe du café Souflet consista à présenter, à la fin de 1895, la candidature au conseil

1. Benoît Malon, Exposé des Écoles socialistes (1872). 2. Ce dont Benoit Malon s’autorise pour représenter Acollas <omme le promoteur du collectivisme en France.

municipal de Paris de M. Acollas, contre le colonel Denfert-Rochereau, candidat républicain. M. Gabriel Deville et ses amis se joignirent à quelques ouvriers pour fonder à cet effet un comité électoral. Le programme, œuvre de M. Deville, comportait notamment :

Article 5: Remaniement de nos lois de propriété en vue de ramener la propriété individuelle à sa seule source légitime, le travail... . Article 9 : Mise du capital

agricole et industriel à la disposition de celui qui l’emploie directement, afin que le produit soit tout entier à celui qui lui donne directement naissance (1).

À ce moment, M. Jules Guesde rentrait en France après cinq ans d’exil à demi-volontaire. IL avait attendu en Suisse la prescription de l’action publique à l'égard de l'insurrection de Montpellier en 1871; là il avait connu M. Paul Brousse, également réfugié. Les sections suisses de l’Association internationale des Travailleurs,fédérées autour de Bakounine, luttaient pour leur autonomie contre le despotisme du conseil général tout dévoué à Karl Marx.M. Guesde, bien que les réfugiés français se fussent en majorité ralliés à Bakounine, refusa aussi bien de subir l’influence de Bakounine que celle de Marx, et décida

1. Voir: Mermeix, loc. cit., p. 116. Zévaès : le Socialisme en France depuis 1871, p.16. Mauger : les Débuts du socialisme marxiste en France, thèse de doctorat, Paris, 1908.

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sa section à ne reconnaître d’autre autorité que celle des Congrès généraux de l’Internationale (1).

Rentré en France, M. Jules Guesde collabore, avec MM. Henri Rochefort, Yves Guyot et le riche industriel M. Menier, à la fondation du journal les Droits de l'Homme. Ce n’était pas un organe socialiste défini. Sa ligne de politique sociale se confondit avec celle de la Tribune, journal ouvrier où l’on prônait la coopération de production et la paix sociale.

Aux bureaux des Droits de l'Homme fréquentèrent les anciens fondateurs du groupe du café Soufflet, qui s’essayaient au journalisme, et notamment M. Gabriel Deville. Celui-ci avait rapidement marché dans la voie des convictions socialistes. A cette époque, il était déjà complètement acquis aux idées de Karl Marx, et il venait de fonder à Toulouse une section de l’/nternationale (2).

À ce contact réciproque, les convictions socialistes des uns et des autres s’accentuèrent ; elles ne tar-

1. Cette neutralité valut d’ailleurs à M. Guesde l’excommunication majeure décernée dans une brochure que décernèrent en commun Marx, Engels et M. Paul Lafargue : Alliance de la démocratie socialiste et l'Association internationale des Travailleurs. Voir sur tous ces incidents Hubert Lagardelle : Bakounine (éditions de la Guerre Sociale, Paris, 1908. Amédée Dunois : Michel Bakounine (collection « Portraits d'hier », Paris, 1909). James Guillaume : l’Internationale, documents et souvenirs,

t. III, éd. Stock, Paris, 1909.

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