‹ Les origines du vicaire généralChapitre 2 sur 21 · LETTRE ÉCRITE A L'AUTEUR · texte numérisé non relu

LETTRE ÉCRITE A L'AUTEUR

par

S. G. Monseigneur JULIEN, évêque d'ARRAS

Cher Monsieur l'abbé^

Je veux vous remercier tout d'abord de l'aimable pensée que vous avez eue de me faire hommage de votre savant travail sur les Origines du Vicaire Général.

Sans doute vous avez voulu reporter à votre diocèse^ en la personne de son évêque^ une bonne part de l'honneur qui vous revient d'avoir conquis le Doctorat en droit canonique en soutenant une thèse qui sera, en quelque façon, un événement dans le monde ordinairement peu troublé des canonistes.

Vous avez eu la bonne fortune d'établir un point d'histoire du droit canonique y et de réfuter, sans réplique possible, une erreur que se transmettaient d'âge en âge des historiens trop prompts à se reposer sur la foi de leurs devanciers.

Jusqu'à présent, en effet, les auteurs confondaient dans la même personnalité l'official et le vicaire général. Vous remontez aux sources, vous confrontez les textes, et vous êtes amené à conclure que vicaire général et officiai font deux.

Ce n'est pas tout : vous effacez définitivement de de l'origine du Vicariat général la tâche quasi infâ' mante qu'y avait laissée l'hypothèse fantaisiste des commentateurs. D'après eux, les évêques auraient pris ombrage de l'autorité des archidiacres, et ils auraient institué, pour en contrebalancer l'action exorbitante le Grand Vicaire, voulant se décharger sur lui de l'administration de leur diocèse. Vous montrez aussi

clairement qu'il et possible, que la création de ce nouveau dignataire n'est pas le résultat d'une sorte de conspiration, mais simplement la condition d'une meilleure organisation des affaires ecclésiastiques.

Vous appuyez votre thèse sur les faits que vous

fournit l'histoire du moyen âge. Le clergé d'Arras vous

saura gré d'avoir puisé de préférence dans ses propres

archives les preuves de la légitimité canonique du

Vicaire Général.

Vous justifiez l'usage français qui, de tout temps, distingua entre les deux fonctions du Vicariat Général et de l'Officialat. Le Canon 1 573 du nouveau Code consacre du même coup votre manière de voir et la tradition de l'Eglise de France.

Il n'est rien de tel que l'histoire bien étudiée pour éclairer les principes. Le Droit canon a été vécu avant détre codifié. Il est bon de remonter le cours des âges pour y retrouver V origine et la raison d'être des coutumes et des lois.

Vous avez montré, par le succès de vos recherches, cher Monsieur l'abbé, de quel profit peut être, pour la connaissance des institutions ecclésiastiques, l'étude approfondie des faits, qui seront toujours les plus sûrs commentateurs des textes. La matière est assez riche pour récompenser le labeur. Puissent beaucoup de vos confrères, s'ils en ont le loisir, entrer dans la voie que vous leur avez ouverte !

J'en serais heureux et fier pour le diocèse que j'ai l'honneur de gouverner.

Veuillez agréer, cher Monsieur l'abbé, mes biens sincères compliments, avec l'assurance de mes senti' ments affectueux et dévoués en N , S.

-\- Eugène-Louis

évêque d'Arras

Arras, le 16 Septembre 1922.

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