IV. — LA MATIÈRE PAR EXCELLENCE DU COMMERCE
Une colonie ne saurait se développer en vase clos: il lui est indispensable d'entretenir des relations d'échanges avec la métropole nourricière, l’alma parens. Pour sortir de leur chrysalide de misère, les Anglais d'Amérique eurent la bonne fortune de disposer de marchandises, — tabac, rhum et coton, — que les qualités de haute valeur ct de volum® réduit rendaient éminemment propres au commerce au long cours. Les Français n’eurent, au contraire, au Canada, en dehors des pelleteries et de la morue, d’autres ressources immédiatement exploitables que le bois de construction dont la masse convenait peu au mode de transport de l’époque. En vain cherchèrent-ils dans le chanvre, dans la potasse ct le goudron, dans le gingseng, lelfer forgé et les bâtiments de mer, Particle qui jouirait à l’étranger et dans le royaume d’une consommation étendue; aucun de ces biens n’était de nature à lutter, sous le rapport du fini et du bon compte, avec les produits similaires de l’Europe. Force fut bien d2 se rabattre sur le castor. Condition même de l'établissement des chrétiens au Canada, la dépouille de l'animal architecte, de l’amphibie doux, touchant, plainiif, du castor qui ne nuit à aucun être vivant, qui n’est ni carnassier, ni sanguinaire, ni guerrier, devint la plus furieuse passion .de l’homme chasseur (1).
Vivement pourchassé, le rongeur ne tarda pas à fuir dans le voisinage des côtes et à se replier au plus épais des bois. L'homme insatiable ne laissa pas de forcer les restes de sa race malheureuse jusque dans les taillis du Minnesota. Mais le déplacement de la « Castorie > fut gros de conséquences. Dans leur recherche &u castor, les Français passèrent insensiblement du bassin du Se en dans celui du Mississipi (2) non à revers les colonies anglaises et leur interdi-
(1) Sur la nécessité pour une colonie d'une denrée commerciale, V. Lorin le Comte de Frontenac, p. 166, et Semple, op. cit, Mackintosh, article cité.
Sur le poisson et les fourrures comme base du commerce en Amérique du Nord: Day (Clive), History of Commerce, 19-20, 37-38, 67, 70-84, 103, et Webs-, ter (W. C.) History of Commerce, 7, 13, 14, 20, 21.
(2) Sur la diminution du castor et de ses causes, Kalm, Il. 226-227; sur le déplacement de la castorie et de ses conséquences : avance vers nes et guerre avec l’Iroquois et l'Anglais, Mcllwain (Ch. H.), An Abridgment of the Indian Affairs by Peter Wraxall, 1915, introduction, ch. IE.
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sant toute expansion vers l’intérieur; il en résulta d’interminables démêlés (1), qui durèrent près d’un siècle et qui ne se terminèrent que par l’abandon du Canada et de la Louisiane à l’Angleterre, au traité de Paris (1763).