‹ Les Origines Économiques du CanadaChapitre 67 sur 149 · A. — LA TRAITE DANS LES « HABITATIONS · texte numérisé non relu

A. — LA TRAITE DANS LES « HABITATIONS

Dans le dernier état de la traite, le Canada fait l’objet d’une division économique tripartite. On distingue les Habitations, le Domaine de Tadoussac et le Pays d’en haut. Par cercle des Habitations, il faut entendre le territoire en voie de défrichement; il englobe les « gouvernements » de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal. En principe, la traite est ouverte dans cette étendue à toute personne tenant « feu et lieu ». On y tient des foires (2) à époques fixes en sorte d’atti-

(1) Is font même rejeter l'incidence de l'impôt qui les atteint (le quart) sur les importations, opérations métropolitaines (1705).

(2) Sur les lieux de foire: AC. F3. 4. 488, 6. 238, 7. 387, 8. 23500101 OI 32, Charte des Cent Associés, 1628; 2 RAQ 71.

Description des foires: La Hontan, lettres IV et VIII: La Poterie, lettre

rer les Sauvages de partout. Lors de ces assises, les canots descendent par légions des lacs jusqu’à Montréal. Ils atterrissent non loin du bourg dans un lieu qui leur est assigné. Les feux s’allument, les tentes s’élèvent pour la nuit. Le lendemain, la horde des barbares tient une réunion générale sur l’emplacement de la commune, entre la rue Saint-Paul et le fleuve. Le gouverneur-général préside à l’accoutumée, assis dans un fauteuil. Derrière lui les hôtes des bois prennent place, rangés tribu par tribu. Les chefs prononcent des palabres en leur langue traînante mais savoureuse, et font l'hommage de présents. Le calumet passe de bouche en bouche en signe dé paix et d'amitié. La traite peut commencer; on s’y livre à partir du troisième jour. Négociants de haut et de bas étage, magistrats, simples particuliers, chacun étale sa pacotitte le long des palissades, retient les services d’un interprète et se met en devoir de tirer sa part de bénéfice. Le tableau offre de ces contrastes pittoresques, caractéristiques de la vie primitive des Canadiens. Ici, c’est la troupe des Indiens armés d’arcs et de flèches, n’ayant pour tout vêtement que des plumes dans la coiffure et du fard au visage; là, ce sont les coureurs de bois français attifés de parures indiennes; plus loin, le spectateur distingue les marchands et les habitants grossièrement vêtus, et, promenant gravement au milieu d’eux tous leur robe noire, les Messieurs de Saint-Sulpice, seigneurs de l'Ile. Les dignes abbés laissent tomber des paroles de paix, ils recommandent la sobriété, mais leur bizarre auditoire obtempère rarement à la consigne. La vente de l’eau-de-vie a beau être interdite, l'ivresse et la débauche ne manquent pas de clore la série des échanges. On a vu, dans un de ces moment de folie, le gouverneur de Montréal lui-même s’oublier jusqu’à troquer les insignes de sa charge el le Sauvage, qui s’en était porté acquéreur se pavaner par les rues, d’un air glorieux, dans la tenue du premier magistrat de la cité (1).

Page 1