F. — CONCLUSIONS
Les compagnies dont nous venons de retracer l’histoire, ont subi, dans leur essence même, au cours d’un siècle et demi, des modifications profondes. Leur objet, pour commencer, se dédouble. De la quasi souveraineté du début, il ne reste plus aux compagnies, au bout de quelque temps, que la fonction économique, l'Etat assumant l’exercice des prérogatives politiques. Cette transformation se fait en trois étapes. Quand le Canada n’est encore pour la France qu’un « bout de de l’Asie » regardant l’Europe, « possedé par des Sauvages sans usage de raison » (1) il appartient aux compagnies d’« avoir une connaissance » (2) plus précise des terres entrevues et de chercher « par dedans » « un chemin pour aller en Chine » (3). « Le désir de découverte (4) une fois satisfait, il incombe aux compagnies de navigation « d'établir l’autorité royale » sur les contrées maintenant connues en les peuplant (5). Lorsque les Blancs sont enfin en nombre suffisant dans la colonie pour s’accroiître par le fait seul de la multiplication ‘naturelle, le roi retire à lui la puissance gouvernementale et pratique l'administration directe. De ce jour, les associations de commerce
(DRE ON (2) Ibid.
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n'existent plus qu’aux fins d'exporter les fourrures, ou même de percevoir les droits dont on a dû, pour subvenir aux dépenses du Canada, frapper à la sortie le castor et l’orignal.
Du même rythme que laction des compagnies diminue en intensité, son théâtre grandit au point d’embrasser enfin la France coloniale entière, la métropole elle-même.
La diffusion des intérêts dans le monde marche du pas de la dispersion des activités dans l’espace. On passe tour à tour du cercle fermé de quelques marchands de la côte, au cercle ouvert à tout négociant du royaume, de celui-ci à celui des Français de tous ordres, du cercle national enfin au cercle cosmopolite où des hommes d’Amsterdam (Aubert) et d'Ecosse (Law) jouent les premiers rôles.
La révolution du Canada dans l'orbite d’un système commercial iense, dont les Antilles sont le foyer central, ne se fait pas sans résistance de la part des colons de Québec, qui se sentent négligés pour de plus brillantes constellations. L’esprit du protectionnisme descend en eux. Sous son inspiration, ils demandent et obtiennent par deux fois (en 1645 et en 1700) de prendre dans leurs propres mains les rênes du commerce extérieur des fourrures (1).