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nie ne coûtait pas si cher au royaume. « Un demi-million chaque année! » (p. 425). C’est, en réalité, quelques années plus tard, après l'entrée en scène de l’intendant Bigot et la reprise des hostilités, que le budget accuse des bonds prodigieux, alors que les revenus et la population restent stationnaires, il se chiffre par vingt et trente millions de livres!
L’historien économiste excelle quand il trace la courbe de la population: il en établit le total aux époques marquantes; il fait la part de l'immigration et la part de la natalité; il indique le lieu de provenance, les modalités du transport, les catégories d’immigrants. Ces développements sont toutefois disséminés à travers le volume, sans qu’un index alphabétique vienne à propos rétablir la suite. Les dix lignes ou près traitant des nègres ferment un chapitre où il n’est question que de guerre! Le mystère de cet « Hôpital de Paris >» d’où l’on tirait les femmes pour les envoyer, en convois, au Canada reste entier. Du système des « engagés », non plus d’ailleurs que de l’inféodation, on nous apprend l’origine. Il fallait qu’il y eût là une difficulté sérieuse, car il est évident que l’auteur a tenu à être complet et définitif dans son exposé de ces grandes institutions.
Le plus grave reproche que l’on pourrait faire à Salone, ce ne sont pas les omissions, ce ne sont pas les insuffisances, c’est l’ordonnance générale. Non pas que nous voyons mal à ce qu’on suive strictement l’ordre chronologique. Mais puisqu'on nous avertit qu'on se propose de « dégager l’histoire de la colonisation de l’histoire générale » (p. vir), comment ne pas nous étonner que la moitié des « parties » portent en manchette les mots guérre, paix ou traité (parties v, VI, VII, VII), que les personnages politiques se disputent le reste. On s'attend à lire « De la traite à l’agriculture », on lit « de la paix de Ryswick à la guerre de la succession d’Espagne ». Sied-il, en parlant de phénomènes économiques d’user de la terminologie politique?
Malgré ces tares, le travail de M. Salone constitue le tableau d’ensemble le plus fidèle que nous ayons de la vie au Canada sous le régime français, le portrait le plus nuancé, le plus impartial qui soit de l’habitant canadien. Que faut-il davantage pour regretter qu’une œuvre aussi importante, aussi consciencieuse, aussi objective, ne se trouve plus dans le commerce.
Nous tenons aussi à remercier le Service des Archives Publiques du Canada, en France, dont le chef est M. Th. Beauchesne et M. A.-Léo
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Leymarie, archiviste à Paris, pour la grande obligeance avec laquelle ils ont mis à notre disposition leurs connaissances personnelles, ain£j que les ouvrages et revues qui pouvaient nous être utiles.
L'auteur consigne le résultat de ses recherches en un diptyque: le premier tableau représente, à grands traits, le-champ d'activité que le génie du commerce a donné, en territoire canadien, à l’Europe de la Renaissance; le second met en lumière cette activité même, dans ses poses favorites, traçant le geste silencieux mais continu de la création. Il appartient au lecteur de dire si l’image, faite de traits épars et de touches successives, représente exactement le modèle à travers ses métamorphoses et réussit à lui rendre pour un instant l’apparence de la vie.