‹ Les Origines Économiques du CanadaChapitre 7 sur 149 · PURE · texte numérisé non relu

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dernier des sauvages seroit un homme respectable dans vos cités » (p. 140). Non moins cadencée, non moins bien empreinte de « sensi-, bilité devant le spectacle de la nature » est cette description qu'il fait du castor, « architecte, doux, plaintif », l’animal héraldique du Canada. Mais cette série d’historiens ne nous donnent que des précis. C’est à M. Emile Salone que doit se reporter, comme à une source : féconde, inépuisable, celui qu’intéresse le passé économique du Canada.

Dans l'étude de « La Colonisation de la Nouvelle-France » qu’il présentait à la Faculté des Lettres de Paris en 1905, Salone allie à la précision des renseignements une parfaite simylicité de style, à la richesse dans le fonds la dignité dans ia forme. Historien consciencieux, il fournit ses sources. Pas une affirmation qu’il n’appuie d’une preuve. C’est surtout la correspondance des Gouverneurs et des Intendants qu’il utilise (C. C11. A.). Il en a extrait toute la « substantificque moëlle » (Rabelais). À preuve, bien qu’il n’ait pas jugé à propos de traiter de la grande pêche ni des mœurs économiques des indigènes, dont il expose pourtant les méthodes guerrières, bien qu’il passe sous silence les corporations de métier, le commerce intérieur, les dilapidations de Bigot et les considérations d’ordre matériel que les négociateurs du Traité de Paris (1763) ont dû faire avant de le signer, bien qu'il ne fasse qu’effleurer la question des mines et le régime des sousconcessions, bien que sa liste des compagnies enfin soit incomplète, puisqu'elle ne comprend pas les deux compagnies dc la Baie d’'Hudson et, pourrait-on dire, la compagnie perpétuelle des Indes, Salone a trouvé moyen, tout en s’abstenant de toute digression, de couvrir 460 pages d’un texte serré, format in-8° raisin. Autant dire que le sujet est vaste et les archives innombrables.

L'auteur de « La Colonisation » n’inclut pas l’& homme » ni la « société » dans l’étude qu’il fait du milieu (première partie), pas plus que les productions et la faune. Il ne nous met pas en face, dès les débuts, de cette forêt perpétuelle qui, primitivemert, ne laissait pas de place à la charrue, ni du castor qui devait fournir la matière par éxcellence du commerce. En revanche, il pousse très loin l’analyse de l’hydrographie et des variations climatériques. Encore se borne-t-il au Saint-Laurent moyen. Il laisse délibérément dans l'ombre les avantpostes, soit ceux à l’est —— golfe et terres adjacentes — soit ceux au nord — territoire de la Baie d'Hudson — ‘soit ceux à l'Ouest, enfin —grands lacs et vallée du Mississipi, D’ouù le lecteur n’est pas mis à même

El Perdre

de saisir pleinement la nature et la portée du facteur géographique.

Aux yeux de Salone, Champlain est un colonisateur. Pour nous, c’est, avant tout, un explorateur. Où court-il, l’astrolabe en main, au midi, vers la Nouvelle-Espagne ou le Cap Cod, au nord vers les neiges arctiques, dans toutes les directions, sur le Richelieu, sur la rivière Française? Il court trouver un passage nouveau vers le « Cathay ». Sur son lit de mort il passe la main à l'interprète Nicolet.

Sur la prise de possession, un mot trop Court. Cartier plante des croix le long des côtes au nom de François I* et « la question de propriété est résolue » (p. 16). Il est bien fait allusion à la « prétention de l'Espagne » (ibid.) mais on ne nous renseigne pas sur la nature, le fondement et les conséquences de cette prétention.

L'auteur estime que la « politique suivie au Canada à l'égard des indigènes fait grand honneur aux Français. » (p. 25). Sans conteste, dans l’ensemble. Pourquoi faut-il qu’il attribue tout le mérite de l’avoir conçue cette politique aux hommes d'Etat, et qu’il rejette toute la responsabilité de son échec sur les missionnaires? N'est-ce pas, d’autre part, de l’« impérialisme économique » que de réfuter ainsi l’assertion de l’abbé Faillon que la guerre entre Français et Iroquois pouvait être évitée (1): « Pouvions-nous renoncer à tout empiètement sur ce que les Cinq Nations considéraient comme leur légitime patrimoine? », sur l’île de Montréal, le pays des Trois-Rivières, sur toutes les côtes du Saint-Laurent moyen, où ils avaient habitués, depuis un siècle et plus, de pêcher, de chasser? « Les Français se résigneront-ils à végéter.…. dans cette Gaspésie qui, même à l’heure actuelle, se colonise si péniblement, et surtout dans ce Labrador qui ne sera jamais colonisable? A tout prix il faut qu’ils remontent le fleuve. De ce côté tout les attire: le climat plus doux, le solplus fécond, les communications plus fa: ciles. La tentation est trop forte pour des gens dont un si grand nombre est venu en Amérique précisément pour conquérir. la fortune... » (pp. 83-85). Pour une explication, passe; pour une justification, halte-là!

Salone rend justice aux Jésuites, notamment à la « retentissante réclame » (p. 66) qu’ils font en faveur du Canada dans leurs « Relations ». « Ils ont tous les prestiges. Ils méritent toutes les gratitudes, toutes les admirations ». (p. 106). Mais, marque l’auteur, les Pères sont

(1) Faillon (Abbé), Histoire de la Colonie française en Canada, 3 vol. Mot réal, 1805-1866.

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€ amenés à abuser de cette situation privilégiée ». « ls en arrivent à considérer le gouverneur comme une quantité négligeable... Dès qu'un gouvernement montre des vellcités un peu marquées d’indépendance à leur égard, ils s’en débarrassent ». (ibid.) L’intendant Talon « qui mériterait d’être placé au premier rang parmi les fondateurs de la nation canadienne-française » (p. 223), est obligé de partir « définitivement vaincu par M. de Laval et par les Jésuites ». (p. 224).

Une partie maîtresse du livre, c’est l’histoire de la Compagnie de la Nouvelle-France ou des Cent Associés (1627-1663). Cette histoire est d’une précision sans égale, Il en procède un certain déséquilibre dans la thèse. Les 48 années du règne de Louis XV, aux alternatives de paix et de guerre, de prospérité et de misère noire, ne forment pas l’objet d’un plus long développement que les 36 années que dure la Compagnie de Richelieu (soit, respectivement, 114 et 104 pages). De Ia compagnie l’auteur loue en passant le but, il en loue la persévérance, il loue les « combinaisons ingénieuses », il accorde même que le puissant ministre qui la fonde l’abandonne bientôt à elle-même, que la guerre, les pirates, les procès et la mauvaise fortune causent sa ruine, mais il se refuse, à l’heure de la déchéance, à lui griffonner la moindre oraison funèbre, comme à Champlain et à Talon. Il est donc écrit que les Compagnies auront toujours une mauvaise presse! « Une des causes principales de la lenteur de la colonisation française en Amérique'»>, observe l'historien, « c’est la pénurie d'argent. Plus encore que les hommes, l’argent a fait défaut, et, à la vérité, ceux-ci ne sont venus en si petit nombre que parce que celui-là a été dispensé avec trop de parcimonie » (p. 50). Et, plus loin, il recourt, contre son habitude, à une image, pour mieux rendre sa pensée: « La Nouvelle-France est comme un enfant qui, pour le succes de son établissement a besoin d’une dot » (p. 226). C’est juste. Mais ce sont les Compagnies précisément, qui ont le mérite, avec quelques personnes pieuses de la Cour, d’avoir fourni les premiers capitaux, modestes si l’on veut, mais indispensables, décisifs, qui ont mis en train la colonisation. Tous les premiers colonisateurs et tous les premiers colons ont été ou des actionnaires ou des agents ou des pensionnaires des Compagnies, tels Champlain, Louis Hébert et Guillaume Couillard, Robert Gifard, Pierre Boucher et Jean Bourdon, Marsollet, Nicolet et Lemoine, Rosée, enfin, et Antoine Cheffaut de la Regnardière.

Salone arrête sa revue du budget de la colonie à l’année 1741. I en est plus à son aise pour assurer, à lencontre de Voltaire, que la colo-

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