LOUIS
grandir avec les multitudes autochtones le danger d’être bouté dehors (1). Bien vite, il était revenu de la joie que lui avait fait l’annonce que les terres d’Hochelaga, « garnies de bonnes commoditez » et « faisant un bout de l’Asie », étaient « inhabitées >» ou « possédées par des gens sans usage de raison » (2).
Le laïque ne se désista pas pour autant de son entreprise, car il pouvait espérer venir à composition avec quelques-unes des tribus nordiques, alors que l'Espagne, cerbère du Midi, armée des droits que lui conférait la bulle Inter Cetera, pendait sans merci aux arbres de la Floride les Français qui avaient le malheur de s’y aventurer. Les. eaux froides mais poissonneuses de Terreneuve étaient, par le droit des gens, ouvertes aux mariniers de tout Etat. En s’établissant dans le voisinage des pêcheries, on s’assurait, dans la personne des pêcheurs, contre la destruction de ses propres navires, contre la famine et d’un messager (3). |
Réciproquement, les habitations prêteraient leur appui aux terreneuviers de même nation. Tous les peuples se rencontraient sur les « bancs » et entreprenaient les uns sur les autres. Il devint évident pour la France que, si elle entendait conserver son avantage aux Baccalaos, elle devait occuper et fortifier les territoires adjacents (4). Henri IV se pénétra si bien de cette nécessité qu’il ferma l'oreille aux conseils de Sully qui voulait le détourner des navigations à long cours. Le grand ministre, on le sait, s’opposait avec énergie à ce que son souverain « fasse des peuplades au Canada », « d’autant, faisait-il valoir, que l’on ne tire jamais de grandes richesses des lieux situez
audesous de quarante degrez » (5). è
(1) « Il ne leur faudrait (aux Sauvages) que prendre uné quinte pour vous laisser au milieu de la course » (Champlain, éd. de 1830, II. 38).
(2) Commission de François 1° à J. Cartier, 17 oct. 1540 (3 EO 5-7).
(3) Lescarbot, I. 400.
(4) BN. anc. fonds franç., vol. 4.025, fol. 15-16 (1612-1621): De la pêche et du commerce des Français en l'Amérique, devers la rivière du Canada ou de Saint-Laurent et devers l'isle de Terreneuve et comme les Anglais les y peuvent empêcher — ibid., 4.826. 17; Arch. départementales de Seine-et-Oise, dépôt de Versailles, H. 1621 (18 août): Article de la commission votée en assemblée générale des Français au Canada et remise au Père Georges le Baïllif, récollet, envoyé en France pour faire connaître au roi les plaintes et les désirs des Habitants (Reproduit en 1888 par Réveillaud, dans son Histoire du Canada).
(5) Sully, économies Royales (Paris, 1664, 11, chap. XXWI, p. 246).
Le imonarque n’éprouva plus aucune hésitation quand M. de Monts lui « eut fait raport de la fertilité de la terre » canadienne, et Champlain «< du moyen de trouver le passage de la Chine, sans ces incomoditez des glaces du nort, ny les ardeurs de la zone torride, soubs laquelle (les) mariniers passent deux fois en allant et deux fois en retournant, avec des travaux et perils incroiables ». « Sa Majesté commanda au sieur de Mons de faire nouvel équipage et renvoyer des homes pour continuer ce qu’il avait commencé » au Canada (1).