‹ Les Origines et le développement de la Réforme à LyonChapitre 3 sur 30 · I. — L'héritage du Passé · texte numérisé non relu

I. — L'héritage du Passé

Deux faits dominent Lhistoire de Lyon au moyen âge : sur le terrain politique, la lutte tenace et séculaire de la municipalité contre le clergé, du bourgeois contre le chanoine ; dans le domaine des idées, la passion des choses religieuses, la mélancolique et profonde floraison du sentiment chrétien.

Les murailles du cloître Saint-Jean, séjour du chapitre, le rocher de Pierre-Scize, forteresse de l'archevêque, soutinrent maintes fois au cours du moyen âge l'assaut des artisans et des bourgeois lyonnais.

Autrefois, au temps où les hordes barbares envahissaient les aimables cités de la Gaule romaine, les Lyonnais avaient abandonné liberté et pouvoirs aux ecclésiastiques, protecteurs providentiels et envoyés de Dieu.

Le péril conjuré, TEglise garda son omnipotence; le pasteur n'était plus qu'un mercenaire. Après une lutte très confuse mais très acharnée, grâce surtout à l'appui des rois de France qui venaient d'annexer l'opulente cité à leurs états, les bourgeois de Lyon purent arracher au pouvoir clérical quelques franchises et s'organiseren commune (i 320). Mais la solution juridique de ce conflit n'en est pas le plus intéressant résultat. Cette longue lutte éveilla dans la population commerçante de la cité une vive méfiance, non point contre la religion, mais contre ceux dont la mission était de la répandre. Le Lyonnais du xvi^ siècle saura faire la distinction — si rare aujourd'hui encore — entre Dieu et son prêtre. Non, certes, les Lyonnais du moyen âge n'oubliaient point les choses du Ciel. La dureté des temps, la faim, la peste, les dévastations commises jusqu'aux portes de la ville par les Tard-Venus, surtout la peur, rendaient plus prochaine à Lyon, comme partout, la figure du Crucifié et élevaient les marchands lyonnais jusqu'aux sommets de la mystique. Déjà au xii« siècle, Pierre Valdo, l'un d'entre eux, vendait ses biens aux pauvres, expliquait TEvangile au peuple et soulevait son enthousiasme. 11 semble bien que la confrérie des Pauvres de Lyon, traquée dans la ville par l'autorité ecclésiastique, n'ait pu s'y maintenir longtemps. Son développement si spontané n'en est pas moins un symptôme. Les siècles suivants virent s'élever la cathédrale Saint-Jean, « merveilleux acte de foi » comme toutes ses pareilles. La nef s'élance très -haut, comme l'aspiration religieuse qui la crée. Les vitraux, aux couleurs splendides de franchise, racontent au peuple, dans la vraie maison du peuple, les histoires sacrées du Ciel ou de la Terre Sainte. Une telle œuvre «n'émane point de délicats qui

« ne travaillent que pour eux-mêmes; ...elle est faite « pour le peuple qui l'inspire. . . Elle chante, elle prie, elle « raconte, elle enseigne, spontanée comme la nature, « naïve comme la vie des humbles. » (i)

Au xv« siècle, Lyon donna asile à Gerson et pendant dix ans les enfants y furent instruits par le grand mystique. Les confesseurs ne suffisaient plus aux pénitents après les éloquentes prédications d'un Vincent Ferrier; des notaires, dit-on, accompagnaient le dominicain pour dresser acte des biens restitués par les criminels. Et un peu plus tard, Farel, de passage dans la ville, était frappé de la place qu'y tenaient les dévotions : «Jour et nuict, à toute heure, cloches sonnoient et le service du diable estoit faict et chanté. » (2)

A l'aube du xvi^ siècle, l'infini amoncelé par les siècles forme toujours le fond de toutes les âmes, de l'âme même de la cité. La Renaissance lyonnaise ne sera point, comme ses aînées d'Italie, cynique, libertine, ardemment païenne ; elle restera dans l'ensemble grave, volontiers religieuse; elle s'accompagnera seulement d'une crise dans toutes les consciences; elle s'efforcera de réconcilier les pensées chrétiennes, dont on est encore très près, avec l'idéal retrouvé de la société antique.

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