PRÉFACE
J'ai écril ce livre jjour mes élèves du Séniinaire «l'Issy, cl c'est à eux que je le dédie.
Je devais dire cela, soit pour expliquer l'objcl ilonl il Iraite, soit pour fnirc comprendre resjtril dans le([iitl je lai composé.
Ayant à donner à de jeunes philosophes l'enseignement des sciences naturelles, je ne pouvais me borner à la ]>artie expérimentale ; je devais remonter aux causes et trai telles questions qu'éveille dans les esprits réfléchis l'étude de la nature.
Parlant à de jeunes ecclésiasliques, qui auront mission de propager la foi et delà (léJéndre,je devais éclaircir les points où la libre-pensée, fondée en apparence sur ir> sciences modernes, prétend trouver en dt-fanl la Kévélalioii chrétienne.
Les matérialistes en ont longtenijis imposé au peuple, parce qu'ils avaient presque seuls le grand prestige de la science. Aussi est-il nécessaire que les jeunes clercs acquièrent, dans le savoir humain, une compétence incontestable, soit pour mériter qu'on les écoute quand ils parlent, soit pour apprendre à parler avec justesse et avec force. Non seulement ils n'ont rien à perdre dans l'étude des sciences humaines : mais leur ministère apostolique bénéficiera de toute l'application qu'ils auront mise à se former en ce point. Car la science n'est l'apanage exclusif d'aucune école : elle se donne à ceux qui la cultivent avec soin. C'est par une interprétation abusive qu'on la fait servir à la cause du matérialisme et de l'athéisme. En lui faisant raconter les gloires de l'Auteur de la nature, les savants catholiques mettront la science dans sa vraie voie.
Il siilliin an locloiir do parrourir la lable de co livre, pour se cunvainere que les sept arliclcs Irailés répomlenl bien aux plus vives pivoeruitations des esprits à l'iieiire présente. Je suis loin davoir épuisé le répertoire des (|ueslions que soulève l'histoire naturtdle : c'est assez d'avoir touebé les [n'incipales.
Mon hiil n'a j>(>inl rir de l'aire une (euvre d'exégèse, ni d'exposer les dogmes de la ndigion. Je me suis seulement jiroposé de donner au théologien A à l'exégète les documents scientiliijues dont ils ne peuvent plus se passer dans rinterj)rétafion des textes qui eoneernent les origines.
Ce travail n'a même aucune ])rétention scientiiique. Fiitiljugé' de dixième main, que je ne m'en mettrais pas en peine. Pour l'aire une œuvre de grande valeur scientiiique, il m'eût fallu traiter en un volume spécial chaque question. J'ai inséré dans ces pages les informations dont mes élèves a\ aieiil l)esoin pour être instruits, et que je ne pouvais leur donner intégralement de vive voix : je souhaite seulement d'avoir été exact et clair.
Ma grande préoccupation ariv de melire bien loyalement au point, dans chaque article, l'esprit de mes élèves. Il est d'une souveraine importance de ne pas mal engager l'intelligence des commençants. Deux écueils également dangereux devaient être évités : une complaisance mal fondée pour les théories en faveur dans le monde savant, un atta- (diement aveugle à des conceptions ruinées par labase, que certains hommes identifient mnladroileinenl avec la foi.
l'our me tenir dans ces voies moyennes que fréMjuente la vérité, je me suis imposé les trois obligations suivaiiles : i" Expose)' avec honnêteté les yi/siè/nes, même ceux (jiie je devais combattre. C'était le moyen d'éviter à mes élèves les surprises toujours périlleuses d'un avenir où on voit mieux la face des questions : c'était aussi le moyen de faire entendre et défaire valoir mes raisons. — 2" Déclarer avec fn nu té ce qui est bien étahli. La science bien compi'ise tic se boi-ne pas à soulever des jtroblèmes ; elle en r(''soutplu-
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r^ieurs, et ce sont les plus iinportaiils. Avec la loi religieuse, la science nous montre Dieu crt-ant le monde, Dieu [msaiit des lois d'ordre dans le monde, Dieu crt-ant la vie, Dieu créant riioinme : (die nous enseigne l'unité de l'espèce humaine, l'idal i'ran(diemeul humain des premiers hommes... Ce sont hien les points essentiels sur lesquels les croyants sentent le besoin d'être rassurés. — 3" Lais^ei' ouvertes les questions qui ne sont point résolues. Je citerai entre autres celle de l'origine des espèces et celle de l'auliipiité de l'homm?. S'il y a des excès qui doivent èli-e li'prouvés, il y a lieu aussi de déclarer que nous iiinorons hien des choses. .Là surtout s'imposaient la mndfMMlinn d la courtoisie que j'ai tâché de garder toujours.
Si je n'avais pensé qu'à mes élèves, je me sei'ais sans doute astreint à une méthode plus didactique. Mais le désir datleindre aussi d'autres lecteurs, à ([ui ci/s connaissances si-ientiliques seraient utiles, m'a lait adoplei- une forme jdus ample et une allure [)lus libre.
l-'iU lini-sanl. je liens à mi; dire 1res dr^pemliinl delumières de la science et des enseignements de la l'oi. Si, jiar de nouveaux })rogrès, la science vient à éclaircir des points douteux ou à démentir des solulions que je crois sùr(!s, je n'hésiterai pas à en suivre les indications. Et si l'Eglise, dont je crois fermement l'infaillibilité, venait à traiu:lier quelques questions contrairement à ce (|ue je dis. je suis dès nnin! 'nuil jirèl à enilu-asser son enseimiemenl.
l'.ii [uibliant une seconde édition de mon livre, je n'ai rien à changer aux lignes qui précèdent. Onoique j'aie dû quitter mes chers élèves d'Issy, ce livre leur appartient toujours : leurs pressantes questi'Uis (Uit été le stimulant qui m'a poussé à l'c-tude ; c'est pour répondra à leurs désirs que j'ai écrit.
(îcllr l'ililioii 110 (lillÏTi" jiniiil iio|;il)l('in('iil (le la [H'écc- (It'iile. ('.criailles obstM-valioiis, (l'aiilcurs 1res biiMivcillanlos, m'iuit «omliiil à des aiiiélioralions iililcs : j'ai ]>r('risé plusieurs propositions, jai éclairé par des noies les passages où le texte pouvait paraître trop concis, des gravures nombreuses épargneront au lecteur des efforts d'imagination, j'ai surtout tenu com])le des progrès scientifiques résultant soit de la marche des idé'es, soit de nouvelles d(''couvertes. Le chapitre de Vhommp primitif -a été le plus [irorondénienl reinaiiié.
J'ai conscience d'avoir porté dans toutes ces ([uestions, dont j)lusieurs sont très vivement discutées, la plus entière sincérité. Je n'ai rien négligé pour m'inlbrmer : puis j'ai dit vers quelles opinions l'étude m'inclinait. Non seulement ces opinions n'ont rien de contraire à la Toi, mais elles me paraissent donner à la loi elle-même une nouvelle sécurité.
Plusieurs lecteurs regretteront peut-être que je n'aie pas, dans l'exposé de ces problèmes, un tour plus oratoire et un ton plus tranchant. Comme les livres écrits dans ce genre ne manquent pas, il m'a semblé plus nouveau et plus utile de faire une (cnvre calme et scientifique. IViissent mes elïorts servir la cause très clière de l'Ealise!