COSMOGONIE OU ORIGINE DE L'UNIVERS
La Cosmogonie est l'histoire de la formation de l'univers. Tantôt ce mot désigne l'ensemble de toutes les phases par lesquelles a passé le monde visible depuis l'instant de la première création jusqu'à nos jours: tantôt on l'applique aune phase |)arliculière, comme la formation de la Terre ou la production de la vie.
Tous les peuples, dans tous les temps, ont eu leur cosmogonie ou leur faron de concevoir l'origine des choses. Ces cosmogonies, enfantines et grossières chez les peuples anciens et chez les tribus sauvages des temps modernes, deviennent de jour en jour plus rationnelles et plus sérieuses, à mesure ([ue la science se développe.
On peut dire, d'une faron générale, qu'en tout leinps l'homme s'est posé le problème des origines, (juil a toujours été impatient de le résoudre, qu'il l'a résolu, à chaque époque, avec la science de son temps, La solution donnée retlète donc, à chaque moment, l'état de la science humaine,
La science de notre siècle devait aussi avoir sa cosmogonie. Et comme la connaissance de la nature a pris, depuis cent années, un immense développement, nous devons être plus éclairés que nos devanciers sur l'origine de l'univers.
^ I. — L\ COSMOCOMi: DE L\ SCIKNCK MODERNE (1)
Los iili'os coniinunéauMil rerues pai' les savanls modernes sur les origines, ne sont pas tout à fait nouvelles. Dès l'antiquité on les trouve, quoique très informes, clans le poème de Lucrèce {'2). Avec Descaries, elles essaient de prendre une allure scientifique (3). KanI ;q)proche beaucoup de lexpres-
(1) A consulter : Kaut, La Théorie du ciel, traductioa française de M. Wolf, dans les Hypothèses cosmogoniques, Paris, Gauthier-Villars ; — Laplace, Exposition du système du inonde. OEuvres, t. VI, uote VII, Paris, 1846; Introduction à la théorie analytique des probabilités, t. VII, p. LXI et siiiv.; — Faye, Sur l'Origine du monde, 1896, Paris, Gauthier- Villars ; — Wolf, Les Hypothèses cosmogoniques, Paris, Gauthier-Villars, 1886.
(2) Deriatura reruin. Lib. V, v. 432. « On ne voyait pas encore dans le ciel le char éclatant du soleil, ni les flambeaux du monde, ni la mer, ni le ciel, ni la Terre, ni l'air, ni rien de semblable aux objets qui nous environnent, mais un ensemble orageux d'éléments confondus. Ensuite quelques parties comniencèreut à se dégager de cette masse , les atomes homogènes se rapprochèrent; le monde se développa, ses membres se formèrent, et ses immenses parties furent composées d'atomes de toute espèce. » Sans qu'il puisse en formuler les lois, Lucrèce admet une évolution lente dans la formation du monde physique. Voir la citation entière dans Faye, p. 7(5-78, traduction Lagrange.
(.3) Nous empruntons à M. Faye, p. 258, le beau morceau qui suit de Descartes : « Permettez pour un peu de temps à notre pensée de sortir de ce monde pour en venir voir un autre tout nouveau, que je ferai naître devant vous dans les espaces imaginaires...
« Entrons si avant dans ces espaces que nous puissions perdre de vue toutes les créatures que Dieu fit il y a ciuq ou six mille ans, et, après nous être arrêtés là en quelque lieu déterminé, supposons que Dieu crée autour de nous tant de matière que, de quelque côté que notre imagination se puisse étendre, elle n'y aperçoive plus aucun lieu qui soit vide. Supposons que, de ces matériaux, les uns commencent à se mouvoir d'un côté, les autres d'un autre; les uns plus vite, les autres plus lentement..., et qu'ils continuent par après leur mouvement suivant les lois ordinaires de la nature : car Dieu a si merveilleusement établi ces lois, qu'encore que nous supposions qu'il ne crée rien de plus que ce que j'ai dit, et même qu'il ne mette en ceci aucun ordre ni proportion, mais qu'il en compose un chaos le plus confus et le plus embrouillé que les poètes puissent décrire, elles sont suffisantes pour faire que les parties de ce chaos se démêlent d'elles-mêmes, et se disposent en si bon ordre qu'elfes auront la forme d'un monde très parfait , et dans lequel on pourra voir non seulement de la lumière, mais aussi toutes les autres choses, tant générales que particulières, qui paraissent dans ce vrai monde. » Ce que nous avons souligné exprime d'une façon très nette
sion qu'on leur donne aujourd'hui (1). En France nous les désignons généralement sous le nom (ï hypothèse cosmogonique de Laj)lace{2) et de Fa;/e. Ne pouvant entrer ici dans de longs
ce qui fait la base commune de toutes les hypothèses modernes : la formation du monde par une loi d'évolution.
(1) Kant (1724-1804) n'avait que 24 ans lorsqu'il composa sa Thêorif. du ciel. Il embrasse, dans une vaste synthèse, la formation de tout l'univers. A cause de son inexpérience en mécanique et en physique, sou livre doit être réformé sur plusieurs points. M. Wolf en a publié une excellente traduction dans les Ih/pothèses cosmogonirjues : au début de son ouvrage, M. Wolf analyse et critique très exactement le livre de Kant.
(2) Laplace (n49-1827) s'est principalement occupé de la formation du monde solaire aux <lépens d'un soleil primitivement très chaud et très dilaté comme une nébuleuse.» En vertu d'une chaleur excessive, l'atmosphère du soleil s'est primitivement étendue au delà des orbes de toutes les planètes, et elle s'est resserrée successivement jusqu'à ses limites actuelles. Dans l'état primitif où nous supposons le soleil, il ressemblait aux nébuleuses que le télescope nous montre composées d'un noyau plus ou moins brillant, entouré d'une nébulosité, qui, en se condensant à la surface du noyau, le transforme en étoile. » [Œuvres de Laplace, t. VI, note Vil, p. 471.)
Laplace, dans son hypothèse, se donne un soleil contenant une énorme provision de chaleur : après la découverte des lois de li Thermodynamique, Faye a pu dire que la nébuleuse solaire était primitivement froide et que la chaleur a été produite peu à peu par la condensation de la masse, c'est-à-dire par la chute des éléments vers le centre.
Laplace croyait que toutes les planètes et leurs satellites ont leur mouvement de révolution d'occident en orient : c'est ce qui lui permit d'adopter une loi uniforme pour la formation de tous les anneaux planétaires. On a découvert, depuis, que les satellites d'Uranus tournent dans un plan perpendiculaire à celui de l'écliptique, que le satellite de Neptune tourne franchement dans le sens rétrograde, d'orient en occident. Cette différence de mouvement des satellites a conduit M. Faye à distinguer deux temps dans la formation des planètes : daus un premier temps, la force centrale est proportionnelle à la distance, et les astres qui se forment ont tons des mouvements en sens direct, d'occident en orient; dans un second temps, la force centrale s'exerce en raison inverse du carré de la distance, et les satellites planétaires qui se forment alors (dans Uranus et Neptune) prendront un sens rétrograde. Voir comment M. Faye lui-même s'explique sur ce point, p. 276-281.
« Dans notre hypothèse, dit Laplace, les comètes sont étrangères au système planétaire. En les considérant comme de petites nébuleuses errantes de systèmes en systèmes solaires, et formées par la condensation de la matière nébuleuse, répandue avec tant de profusion dans l'univers, on voit que, lorsqu'elles parviennent dans la partie de l'espace où l'attraction du soleil est prédominante, il les force à décrire des orbes elliptiques ou hyperboliques. » Cité daus Faye, p. 159. De même M. Faye les considère
détail? techniques ni indiquer exactement la part de chaque auteur, nous donnerons seulement un exposé sommaire de la théorie cosniogonique acluellement adoptée.
Nous distinguerons trois parties dans Thistoire du monde : 1" depuis la Création jusqu'à la formation do la Terre; 'i*^» depuis la formation de la Terre jusqu'à l'apparition de l'Homme; 3" depuis l'apparition de l'Homme jusqu'à nos jours. Ces différentes phases ne se présentent pas avec le même degré de probabilité.
1" Depuis la Création priniilire Jusquà la formai ion de la lierre. — L'univers physique n'est point sorti des mains du Créateur dans l'état où nous le voyons aujourd'hui. Au commencement, tous les atomes qui le composent étaient uniformément répandus dans l'espace et constituaient une immense nébuleuse d'une densité extrêmement faible (1). « A l'origine, dit yi. Faye, l'univers se réduisait à un chaos général excessivement rare, formé de tous les éléments de la chimie terrestre plus ou moins mêlés et confondus. Ces matériaux, soumis d'ailleurs à leurs attractions mutuelles, étaient dès le commencement animés de mouvements divers qui en ont provo(pié la séparation en lambeaux ou nuées. Ceux-ci ont conservé un(î ti'anslation rapide et des gyrations intestines plus ou moins lentes. Ces myriades de lambeaux chaotiques ont donné naissance, par voie de condensation progressive, aux divers mondes de l'univc^rs ("2). »
Entre toutes ces nébuleuses partielles qui ont formé les ('toiles, il en est une qui nous intéresse particulièrement : c'est la iK'buleuse solaire. Elle était à peu j)i-èssphéri(pie et homogène
comme « des matériaux non engagés daus le tourbilloa primitif..., qui échappèrent à la condensation centrale... (qui), partis des limites du chaos primitif, ont continué à se mouvoir dans de? courbes allongées » (p. 275).
(1) M. Paye pense qu'il n'y avait « peut-être que .3 grammes ou moins encore » de matière par myriamètre cube (p. 268). Or le vide de Crookes « n'est pas tellement dépourvu de matière qu'il n'en contienne 1.293.000 kilogrammes par myriamètre cube » (p. 227). La nébuleuse primitive aurait donc été 400 millions de fois moins dense que l'air raréfié du tube de Crookes. (Sur l'origine du monde.)
(2j Sïo- l'origine du monde, p. 200.
à Torigine, aiiiiiu'c d'nn mouvcmenl de gyration lenl ol uniforme. Froide d'abord, elle s'est échaufTée à mesure que les éléments se sont condensés pour former le Soleil et les planètes. A ses dépens, en oiTet, se sont formés tous les astres du système solaire. Dans la région équaloriale. la matière en mouvement s'est distribuée en anneaux plats et concentriques (tig. 1). En même temps, les éléments du reste de la nébuleuse sont tombés vers le centre et se sont à peu près ramassés en unastre unique. Pendant que le Soleil se formait au centre et devenait,
par la transformation du i .-?£,,
mouvement en cbaleur, '
chaud et incandescent, les anneaux donnaient naissance à des nébuleuses planétaires par le
erroupement de leur ma- „. , x-u i j i ■
^ 1 Fi2. 1. — >ebuleuse de Laplace, vue pai"
tière autour d'un ou plu- le pôle. Au milieu, le noyau très consieurs oentres d attrac- centré du soleil. Tout autour, lesanneaux
,. ,[. .-» . .TV /1 , d'où naîtront les planètes.
tion (fig. 2 et 3) (1). ^
Les nébuleuses planétaires, en se condensant, ont, à leur
tour, donné naissance à des anneaux au sein desquels se sont
formés les satellites (fig. 4) : les nébuleuses de Mercure et de
(1) Les idées de Laplace et de Paye, au sujet de la formation des anneaux, sont tout à fait différentes. — Pour Laplace, ce sont les anneaux des planètes les plus éloignées qui se forment d'abord ; Faye pense, au contraire, que ce sont les anneaux des planètes inférieures. D'après Laplace, Neptune est la première planète formée; d'après Faye, c'est .Mercure. Aux yeux de Laplace, le soleil existait au centre de la nébuleuse, au moment de la séparation des anneaux et de la formation des planètes; suivant Faye, le soleil n'était pas encore formé quand les planètes inférieures ont pris naissance : en conséquence la condensation de la Terre, par exemple, a précédé celle du soleil. Faye explique par ce moyen comment la Genèse mentionne la création du soleil après la formation de la Terre ifig. 6). Voir 'Origine du monde, p. 278 et p. 287.
Vénus noni poinl produit do salelliles; il en sortit nu conli-iirc «k's nt'>l)ultMis(>s plus éloignées, eoninie la Terre, Mars, Jupiter. Saturne, l'ianus, Neptune.
:^, La néltuleuse teri'estre. après avoir pei'-
V \, du les éléments t[ui ont formé la Lune, s'est
=; \ lentement condensée. A mesure (pie les
t- N éléments sont tombés vers le centre, leur
'^0$^ mouvement s'est transformé en chaleur.
Pendant un temps assez long, la Terre dut
être incaudcsceule comme une étoile (fig.
? r>). Ses ressources calorifiques étant nota-
l)lement amoindries, elle n"a pu com|)enser
la clialevu- (pi'elle perdait par son rayon-
fX nement dans lespace : c'est alors qu'elle
Fiff. 2. — Anneau s'est recouverte dune croûte solide et
se condensant en ,^^^ commencé pour elle les phases
globe. La face exté- ^ *
lieure ie) se met- géologiques.
tant k tourner au- vî*^ Depuis la fovmalion de la Terre Jus-
tour de la face in- ^,^^,^^ rnnnnrHian fie rHawwe. — An motérieure ((), le mou-
venient de rotation ment OÙ la Terre perdit son état incan-
delaplaui'tesepro- descent, elle devait présenter trois zones :
'"''■ une zone atmosphérique, qui contenait tous
les ('ItMiicnts de l'atmosphère actuelle, toutes les vapeurs de
nos océans, et une cpianlilé innneusc de gaz acides: — une