III. Industrie j Cuirrr
des V Bronze \
Métaux. ) F'jr I
(1) Je dois ici remercier mou joiuic t'iève, M. labbé Brcuil, de tout le zèle qu'il a mis à recueillir et à classer les documents préhistoriques les plus modernes : ses propres recherches dans le domaine de la préhistoire lui donnent une compétence que j'apprécie hautement.
ORIGLNES 20
^re Qi 2"" Faunes : Elephas meridionalis, Elephas antiquus. Industrie chelléenne.
Les plus anciens silex laillés par l'homme, actuellement connus, oui élé trouvés dans le quaternaire inférieur à laune pliocène, par M. d'Ault du Mesnil aux environs d'Abbeville, par MM. Boule et Capilan à Tilloux (Charente- Inférieure). Ces alluvions (rAbbeville et de Tilloux forment
la Iransilion du j)liocène au (jualernaii'c et sont considérées par les géoloo-ues comme contemj)oraines de la première invasion glaciaire.
A Abbeville, la faune du quaternaire inférieur est celle de S. Prest (Eure-et- Loir). Les espèces à affinité pliocène tpii s'y rencontrent sont : Elephas meridionalis, Trogon Iheriiim Cuvieri (grand ron- — Squelette du Cervus meqa- geur proche du casLor),
Mâcha i rodas latidens (grand félin aux canines supérieures énormes et dentées en scie).
A Tilloux, la faune pliocène n'a qu'un survivant, Elephas meridionalis, associé à la faune nettement quaternaire de Chelles (Seine-et-Marne). ^
Chellesestla station classique de l'industrie chelléenne. La faune caractéristique de celte localité comprend : Elephas antiquus. Bhinoceros Merckii, tous d(;ux déi'ivés de tv|)es pliocènes {Elephas meridionalis el Rhinocéros leplorhinus) ; elle
comprend en outre Hi/)/>o/)otanius major, Cerviis megaceros <fig. 98), etc..
Une faune si riche en grands pachydermes et en herbivores (cerfs, bœufs, chevaux) réclamait pour se noun-ir une puissante végétation. D'ailleurs une température chaude et humide favorisait la croissance des plautes fourragères. D'abondantes précipitations atmosphériques donnèrent lieu au double phénomène qui caractérise l'époque qvuiternaire : dans les plaiues, les cours d'eau remplirent fréquemment leur lit majeur, laissant à découvert, après leurs crues, des bancs de gravier, sur lesquels l'homme venait ensuite s'installer et abandonnait les restes de son industrie ; dans les régions montagneuses, les neiges abondantes foruièrent les grands glaciers. La première extension glaciaire, peu sensible en France, coïncida sans doute avec la faune d'Abbeville ; la seconde, beaucoup plus considérable, se place entre la faune post-pliocène d'Abbeville et celle de Chelles.
L'instrument qui caractérise cette époque est un rognon de silex, un galet de quartzite ou de quelque pierre dure, taillé à grands éclats sur les deux faces, de manière à former une pointe plus ou moins effilée, très épaisse à la base et au milieu, très mince et tranchante sur les bords et à l'extrémité. Le plus souvent, la surface naturelle du rognon ou du galet a été respectée à la base, pour permettre à la main de saisir et de manier, sans se blesser, ce lourd instrument à la manière d'un cou[) de poing (^figi99). Les éclats qui résultaient de la taille du
Fig. 99. — Instrument chelléen ou coup de poing, en sile\ ; taille seulement à une extrémité.
coup de poing étaient parfois employés, mais sans retouches. La genèse du coup de i)oiniî cholléon paraît assez simple. En se servant d'un galet ou d'un rognon quelconque, un homme en détacha accidentellement de larges éclats. Grâce à son intelligence, il remarcpia le perlectionnement que ces cassures procuraient à son outil, et il les reproduisit intentionnellement.
L'homme chelléen progressa très lentement. Gomment pouvait-il en être autrement? Aux prises avec une nature démesurément supérieiu'e à ses propres forces, l'homme absorbait toutes les ressources de son intelligence dans la lutte pour l'existence. Or, pour progresser, il faut à l'homme plus de trancpiillilé ; pour inventer, il faut du loisir.
Les outils chelléens ne pouvaient guère être utilisés comme armes de chasse : tout au plus pouvaient-ils servir à la défense de l'homme. G'étaient plus probablement des instruments fouisseurs, à l'aide desquels il déterrait les racines.
Nous ne savons rien sur le régime Fig. 100. — Fragment do alimentaire de ces peuplades primi-
calotte crauieuue de la tives. Nous ignorons de même leur Diiuisc (Haute-Loire). ,, , . , , ... t-.-
état social et religieux, llien ne nous
indi({ue que le feu fût connu, ni que les vêtements fussent en
usage. Néanmoins cette absence de documents n'est pas une
preuve absolue contre l'usage du feu et des vêtements.
En fait d'ossements humains remontant à l'époque chelléenne,nous ne possédons ([ue ceux qui furent trouvés en 1884 j)i'ès du Puy (Haute-Loire) (lig. 100), dans des matières scoriacées de l'ancien volcan de DiMiise. Parmi ces ossements se trouvait un frontal, dont rautlienlicité est établie par les épaisses incrustations de limon argihmx qu'il présente à l'intérieur. Ges restes paraissent identiques à ceux de la race de Néanderthal que nous étudierons plus loin.
La civilisation chelléenne semble avoir précédé partout les autres civilisations. l'^linders, Patrie et de Morgan l'ont signa-
— 3oy -
iée dans les alluvions anciennes du Nil, et elle a été rencontrée dans toute l'Europe (sauf la région la plus septentrionale), en Syrie, en Palestine, en Perse, dans les Indes et le Sahara, en Algérie, chez les Sômalis, au Cap, au Congo, au Gabon et en Amérique.
Certaines peuplades sauvages de l'Australie sont redescendues à cette civilisation primitive et emploient encore aujour- <l'hui l'outil chelléen, ordinairement emmanché (1).
3" Faune de transition.
Industrie acheuléenne.
Nous séparonsjdu type chelléen celui de Saint-Acheul. C'est à bon droit : car l'industrie découverte à Saint-Acheul,
Fig. 101. — Squelette de VE/ephas primigenius (Mammouth).
près d'Amiens, et aux environs d'Abbeville, par Boucher de Perthes et Lartet, dilTère de l'industrie chelléenne, soit
(1) A consulter sur lo Chellîen : D'Ault du Mesnii, Note sur le terrain quaternaire des environs d'Abbeville, Revue de l'Ec. d'Anthrop., 15 sept. 1896, p. 284. — Capitan, Revuede l'Ecole d'Anthrop., 15 nov. 1895. — Boule, L'Anthropologie, 1895, n" a, p. 497. — Sal. Reinach, Le préhistorique en Egypte, Anthropologie, VIII, n» 3, p. 327. — Zumotfen, L'âge de pierre en Phénicie, Anlhrop., VIll, n^" 3, p. 272. — De Morgau, Recherches sur les
par la forme (l(>s instriimonls, soil par la faune coiilemporaino (1).
La faune tle VKlcphas iiiili(jiiiis ^\^l\\\ce peu à peu, ou plutôt s'adapte à de nouvelles conditions eliniatériques. On voit apparaître \Elej)/ias priniif/enius (Mammouth) (tig. 101-102) et
Fig. 102. — Mammouth restauré (Elepha-s primigimius].
le Rhinocéros lichorhinus (fig. 103), tous deux couverts d'une épaisse toison. A côté d'eux se rencontrent de nombreux chevaux, le bison, l'auroch, des cervidés (Cervas megaceros et
origines de CEçiyptc, 1897. Paris, Leroiix.J — Ins/rumenls palt'olithigiies chez les Sôiiialis, Anthrop. VI, p. 393. VII, p. 3il. Vil, p. .oO?. — Sur V Amérique du Nord, Anthrop. IV, p. 36. VII, p. 72fi, VIII, p. 212, VIII, p. 't89. — Sur l'Amérique du Sud, Revue d'anl/iro/)olo(/u;. 1880, p. 4.
(1) Doucher de Porthes (1839) ot Lartel sont à bou droit considérés comme les fondateurs de la préhi.-toire. Avant eux, de Jussieu (1723), Mahudcl (1730) en France, John Frore (1800) eu Angleterre, Schnierling (183;j) en Belgique, avaient inutilement attiré l'attention des savants et du public sur les silex taillés et leur véritable nature. Ce ne fut qu'après quinze ans d'efforts persévérants que Boucher de Perthes put déraciner de l'esprit du public les anciens préjugés, qui considéraient les silex taillés comme des pierres lancées par la foudre ou brisées naturellement.
canadeihsis). \ \env?,(\ôpen^ vivaioni de grands carnassiers: Ursusspehvus, Fclis spelœd, Ilyœna spel.ca.
Cette faune suppose un climat moins chaud qu'à l'époque précédente. Mais il n'était pas moins humide, car la végétation resta très puissante, le creusement des vallées ne fut pas interrompu et les alluvions se déposèrent en abondance.
L'outillage acheuléen n'est que le perfectionnement lent et progressif de celui de Chelles. L'homme vise à la symétrie et
Fig. 103. — Squelclfe du [{h'uioci'vos [lic/wrhinus).
à la légèreté de ses outils. 11 rectifie peu à peu le tranchant de ses coups de poing, et par là ceux-ci se transfoiinenl en véritables armes (fig. 104).
Le coup de poing acheuléen se différencie [)eu à peu en plusieurs types, dont l'usage dut varier suivant leur taille et suivant leur forme, en s'éloignant beaucoup de la destination du prototype. — Beaucou[) sont en forme d'aniande (type amygdaloïde); d'autres sont ovalaires, ou salloiigcnl en une pointe effilée (type lancéolé). Les ouvriers de Saint- Acheul les ont comparés à une langue de chat. — Leur gro.sseur et leur taille sont très variables. Au début de l'acheuléen, les coups de poing volumineux sont les plus nombreux, comme à Saint- Acheul ; vers la fin, au contraire, dominent les instruments dérivés du coup de poing, qui ne dépassent guère 5 ou 6 centimètres, par exemple à La .Micoque (Dordogne). Beaucon[) de ceux-ci devaient servir de pointes, de couteaux, depercoirs. Certains coups de poing sont presque ronds et passent insensi-
blemonl à un autre type caraclérislicpio de l'acheuléen supérieur, le disque.
Tous les instruments précédents sont tirés du roj^non siliceux dégrossi. Les éclats qui résultaient de ce travail lurent employés dès l'époque chelléenne, mais sans retouches et en
petites proportions; à l'époque acheuléenne, au contraire, ils furent utilisés de plus en plus, et reçurent une façon supplémentaire.
A La Micoque (Dordog-ne), on rencontre '20 éclats retouchés contre un coup de poing taillé sur les deux faces : ce sont surtout des pointes et des racloirs.
L'homme acheulécn vivait de chasse ; le grand nombre d'ossements concassés appartenant à une espèce de cheval, qui se trouvent, à La Micoque, mêlés aux instruments, montrent que l'homme se
^ ,„, , . X . ,, nourrissait de la chair de
Fig. 104. — Instrument acheuléen, coa- """•■
sistaut en un rognon siliceux, taillé cheval et fendait les os
sur les deux faces et retouché sur les pour en retirer la moelle.
^''^*^^' Les perçoirs et les racloirs,
qui abondent dans toutes les stations de l'époque acheuléenne,
permettent de penser que Fiiomme préparait, pour s'en vêtir,
la peau des animaux qu'il mangeait.
On ne trouve encore aucune trace de feu. Les documents font également défaut sur l'état social et religieux : car les rares ossements humains qui nous sont parvenus de ces temps reculés ne [)roviennent pas de sépultures. Les (nu^l(iues débris qui nous restent de l'homme de Saint-Acheul se rapportent au
type mieux connu de Thomme moustérien que nous décrirons plus loin.
L'industrie acheuléenne semble avoir été aussi répandue que la précédente, dont elle ne se distingue d'ailleurs que par le perfectionnement (1).
4" Faune: Elephas primigenius (Mammouth). A. Industrie moustérienne.
A la faune du mammouth correspondent deux industrie^ . l'industrie moustérienne et l'industrie solutréenne. La première doit son nom à la station de Moustier (commune de Peyzac, Dordogne) ; la seconde tire son nom du village de Solutré, village situé près de Mâcon, où se trouve un important gisement de cette industrie.
La faune de cette époque, caractérisée par VElephas /^r///?/grenms (2), trahit un climat froid. Parmi les animaux qui ont survécu beaucoup se trouvent émigrés vers les pays glacés ou dans les montagnes : par exemple, VUrsus ferox, le bœuf musqué, le Cervus ca«ac/ens/s de l'Amérique boréale, l'antilope staïga des steppes glacés de l'Asie centrale, le renne, le glouton, le renard bleu, le lemming des régions polaires, la marmotte, le bouquetin et le chamois des hauts massifs montagneux de l'Europe.
Malgré le refroidissement de la température, l'atmosphère était encore très humide, c'est ce qui explique la rareté du renne, du bœuf musqué et du lemming, qui préfèrent un froid sec.
(1) A consulter pour l'Acheuléen : Capitan. Slalion acheuléenne de La Micoque, Revue mens, de l'Ecole d'Anth., 6« anuée, 15 iiov. 1896, p. V06. — D'Ault du Mesnil, S'oie sur le terrain quaternaire des environs d' Ahheville, même Revue, 15 sep. 1S96. — Hamy, Précis de paléontologie humaine, Paris, 1870. — Bouclier de Perlhes, Antiquités celtiques et anté iiluviennes, Paris, 1847 et 186i, etc..
(2) Le Mammouth avait fait son apparition dès le début du (|uaternaire : la forme moustérienne commençait à prendre le dessus dès l'rpof|ue acheuléenne.
Dôjà l'honinio aclioulôoii, presse par la rii^fiunir du clinial, se rahriquail des babils avec des peaux de btMcs. Celle industrie s'étend durant b> moustérien, el les insirumenis deslinés à la fabrication des vêtements se perlectionnent. Ce sont des lames, pourouvrir el écorchcr les animaux ; des racloirs pour nettoyer et assouplir les peaux ; des pointes-coupoirs pour les tailler et les façonner. Ces divers outils ne sont pas le produit (rime seule invention (1) ; ils ont apparu peu à peu, et
Fig. 105. — Graud éclat moustérien, taillé sur une seule face ; face non taillée.
Fig. 106. — Grand éclat moustérien; face taillée et retouchée.
une fois adaptés à un usage déterminé, ils se sontmaintenus sans variation durant un temps assez long (de Mortillel). Dès l'acluMdéen, ils avaic^nl fait leui- apparition. Ils dominent dans le moustérien et le caractérisent : en même temps, le coup de poing, (jui était devenu un triangle équilatéral, dispai'aît.
Dans la fabrication du coup de poing, le corps de la pierre est la seule partie utilisée : pour les outils moustériens, on se sert au contraire des éclats qui en sont détachés. Le coup de
(1) Dans l'acheuléen de Monfsoué (Landes), l'homme ne savait pas encore faire usage des lames : toutes les fois que le hasard lui a fait produire un éclat allongé du type couteau, il l'a retouché pour eu faire un raclriir. ^M. Dulnilcn.)
poing esl taillr sur les deux lares, sur tout le pourtour, principalement sur les côtés : dans les instruments formés d'éclats, la face d'éclatement reste lisse, l'autre est seule taillée (fii^-. 105 etlOG).
Le racloir est un éclat retouché suivani un de ses bords latéraux en forme darc de cercle (fig-. 107). Lapoinle, le tranchoir, le perçoir sont retouchés sur les deux bords latéraux, principalement vers la pointe, dans le but de la rendre plus aiguë. Il se peut que la pointe moustérienne ait servi de pointe de trait ; eu ce cas, elle devait être emmanchée.
Rien ne nous prouve directement que le travail de l'os et de l'ivoire lut connu à l'époque moustérienne. Mais comme, dès la base du soluti'éen qui lui succède, nous trouvons le tra\ ail de l'ivoire très avancé, nous avons lieu de croire (pie des recherches postérieures découvriront le travail de l'os même dans le moustérien.
L'état i"eligi(Mix de lliomme moustérien nous est aussi inconnu (pie (*elui de ses prédécesseurs.
Mais sa vie nous est mieux connue. Déjà, à La Mico(pie(Dordogne), l'homme acheuléen amoncelait pèle-mèle les débris de ses repas et de son industrie : ce sont les premières traces de la vie sédentaire et sociale. Ces accumulations de déchets se multiplient à l'épocpie moustérienne : elles se rencontrent surtoiitau pied des escarpements abrités ou dans de petites grottes, où l'homme cherchait un refuge contre le froid. Les abris sous roche du Mousticr (I)ordogne), de Chez-Pourret ^Corrèze), et les autres stations de cette époque n'ont fourni ni cendres, ni charbons, ni silex craquelés par le feu. L'usage du feu ne se révèle qu'à Ja lin du moustérien (F.
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