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A TRAVERS LES AGES

On ne |)imiI -al tendre ([u'au point de vue organique, l'homme n'ait subi aucune variation. Nous savons que l'espèce humaine existe depuis longtemps. Tandis que les animaux subissaient laclion de conditions extérieures successives, l'homme était assez plastique pour en sentir aussi les iidluences. Les milieux où il a vécu ont varié dans le temps et dans l'espace : dans le temps, car depuis les débuts du (pi.iternaire jusqu'à nos jours, les conditions physiques ont plusieurs fois varié pour un même lieu: dans l'espace, car Ihomme, parti d'un centre unique de création, a peuplé toute la terre el a dû s'accommoder aux climats les |ilus différents. — D'ailleurs, l'espèce humaine présente aujourd'hui j)lusieurs races très distinctes, qu'on ramène à (jualre ty})es iondamentaux : le blanc, le jaune, le noir <'l le rouge. Les modifications (jiu^ nous trouvons toutes faites à un moment donné, pourraient aussi bien s'éehelonner. dans le cours des siècles, sous forme d'évolution du l> p«' piiniitif. — [)oue, lorsqu'il s'agit de l'identité organique de l'homme, il ne faut pas prendre ce mot dans un sens absolu. C'est une identité i-elative. qui exclut

métaux juxquaux premiers monuments historiques. Nous nous contentou:^ (le renvoyer le lecteur à cet intéressant chapitre.

iiIlIiilNR-^ 2J

(li>s niddilic-ilidii'- iiioloiulfs. iii;ti< (|iii iidinct des iiuxl il ic;i lions iicfidciih'Ucs.

Mai-^ ici se présciiic tiiic diriiculli'. OiicUc rri^io pourra nous sri-\ir [loiir di>-lin!4U('r l('s clian^cmcnls |)ur(MU(Mil arcidciilcis des chaiiuenicnl'^ qui alh-rcraionl cssculicllcuicnl le lypc liumaiu?

Ce ii'esl puiul |)ai' les (•ai'acLères t)ri;'aui(pu's. mais par les r(>nc!i()ns s])irilu('ll('s, |)ar Tàmo, ([uc I honnne se dislin^uc cssenliellonuMil des animaux. Donc, il scndjieiail. au in-cmier abord, qu'aucun caraclère physique délermiuc ne soil jilus

pai'liculièremenl nécessaire à riiomme. Cependant, les l'onctions spirituelles, cpii révèlent l'àme, sans être |)ropr(Mnent. FceuM'e du cerveau, sont intimement dé[)eudanles <lu cerveau. Sans le cerveau (pii présente le trésor des images, la pensée ne se t'ormcM-ail

})as dans Tàme. Une Fijr. 167. — Cràûcde vieux Gorille. ,., , . , ,

quanlile assez considérai île de substance cérél)rale est même indispcMisable ; on admel tjénéralement (juim cerveau pesant moins de 1 .000 i^i-.. serait infailliblement un cerveau d'idiot. Donc, le tléxcloppeiiient c(''r('-liial doit être regardé comme caractèi'(> s|)('M-ili(pM' de riiouinie : tons les autres traits organiques sont diine moindre iinpuriance . et l(Mir vai'ialion doit èlre l'egai'dée comme pni'emenl accidentelle (fig. 167 et 168).

l»appeloiis-nous maintenant le portrait que nousavonsdonné j)lus haut des races j)rimitives. de l 'homme monstérien, de rhonniH' magdalénien, de l'homme néolithique. Nous constatons des dilTérences san- doute, lum^ sin^prenons une marche ;Vpen prè^ constante du type priniil if \ cr- le type moderne.

•Mais, dans Icui- ciisciiililc, les anciens rcsl*'^ de riiuniiii«> allcslciil Iticii une sliaiclure foncièrenuMil idcnlitjuo à celle (les lioiiiniesacliK^ls : ils n'élablissenl |)as un élal intermédiaire entre le ty|)e iiuinain ci le ty[)e simien; les dillerençes entre les races actuelles ne sont pas moins grandes que les dillerençes notées entre les hommes préhistoriques elles hommes contemporains.

De Oualretages. dont l'autorité est diin grand poids en celle matière, a l'ait les d(''claralion'^ les plu-^ explicjlc'^ : « Toutes

Fis. 1(

Crùue de Nogrilo-P.ipoii de l'iatérieur de Boruto.

!<"< l'oi^ (pie <es restes ont permis (Ten juger, ou a lrou\('' m lui (Ihomme pi-éhistorique), le pied, la main, qui cai'aclérisenl noire espèce: la colonne vertébrale a montré la douhh' courbure à hupielle Lawrence allaciiait une si liaule iuq)orlauce et dont Serres Taisait lallribui du règne humain tel qu'il l'entendait. Plus on étudie, et plus on s'assure (jue clia({u(; os du sipieletle, depuis le plus volumineux jusqu'au plus petit, porte avec lui. dans sa forme et dans ses proportions, un cei'lifical d'origine impossible à méconnaître (1). » [Tuxlev dirait di-

[\) De Oiiatrefaire?. L'eapfcc humaine, c. \x\.

môiiK^ : (( Aucun r[\v iulciiiK'diaii'c ne coinhl»' l;i brrclic (|ui st'parc riiDimiie du Iroglodyle (singe iinllirt)p()ïde). Nier l'cxis- Icncc do col abîme serait aussi blâmable ({uabsurde. »

Si nous admettons que le type organi({ue de la race blanehe contemporaine est la foi'me la plus avantageuse à riiumanité, ce qui nest pas démontré, il sera évident que la race mousié rienne, la première dans l'ordre des temps, est la plus infime dans l'ordre de la jjorl'ection. Le crâne n'a qu'une capacité moyenne de 1.220'"', ses parois sont épaisses, le front est bas et fuyant, les arcades sourcilièrcs très prononcées, les mâchoires sont puissantes et prognathes, le menton effacé, etc..

Mais qu'importe! La race moustérienne n'en n'est ])as moins franchement humaine : elle ne peut être considérée comme un intermédiaire entre le type humain et le type simien. En effet, la capacité crânienne de L'220'^'' est plus que suffisante pour les opérations intellectuelles : des hommes très cultivés de la race blanche sont restés au-dessous de ce chitfre; chez les noirs, qui sont des hommes au sens rigoureux du mot. la moyenne n'est pas plus élevée, — Le développement excessif qu'avaient alors les muscdes ol les os s'expli(pie fort bien par le travail tout matériel auquel se livraient les premiers hommes de nos contrées : aujourd'hui même, entre l'individu livré aux travaux manuels et l'individu confiné dans le travail du cabinet, ne se pi'oduit-il pas des ditTérences dans le môme sens? — La forme de la tête, du front, de la mâchoire, n'a pas plus de signification : aujom'd'hui encore, on rencontre parmi les hommes des dolichocéphales et des brafdiycéphales, des fronts élevés et des fronts bas, des mentons saillants <;t des mentons effacés, sans qu'on doute de l'identité de nature entre ces différents types.

11 est vrai qu'on croit saisir dans le passé un progrès continu. C<' progrès, fùl-il très réel, n'aurait lien de surprenant • il est naturel que 1(> ty|)e |ihysique s'affine à mesure que les mœurs s'adoucissent et (pie les facultés se cultivent : c'est un elfel ti'ès connu des inlluences réciproques du corps et de I .Mil '. — Mai-; ce pi-ogrè^ u'c^l pas au^';! (''\id('nl qu"i)n le dil.

Si un compuic le ciàiic de Néaiidcrllial avi'c celui do Chaiicelade (mousléricn avec iiiai»dalénien), il va progrès :

Néandcrlhal 1 .^'^O ccnliinrlics cubos.

Chancelado 1.710 —

Si Ion continue la séiie. le progrès dispaïaîl :

Néanderlhal 1 ."^^O centimètres cuhes.

Chaucelade 1.710 —

ÎNéolitlii(jue 1.535 —

Moderne 1.500 —

Celte comparaison montre que dans les cours des temps, aussi bien qu'à l'époque actuelle, la moyenne des capacités crâniennes a été toul à la lois très variable et très stable : très variable, puisqu'elle se modifie depuis 1.200 jusqu'à 1.700, sans qu'on puisse mettre en doute la parfaite intégrité de la nature humaine : très stable, puisque toujours elle oscille autour <le la moyenne de 1.500'', ei (|ue toujours elle se tient très éloignée du maximum de la capacilt'ci'auieune des singes (500 ™).

La race moustérienne l'ut donc parl'ailem('nl humaine. Elle ne peut être regardée comme l'intermédiaire désiré par l'évolulionisme pour combler le vide qui sépare l'honnue du singe.

Ce vide, on a essayé bien des fois de le combler. On croyait avoir trouvé linlcrmédiaire dans le Driopit/ierus. Au chapitre 1\'. uous avons dit. sur le lénu)iguage de (laiidi-y. (ju'ou y a\ail couiplèlement reiuiucé.

.\ujourd hui. on croil ciiliii je tenir dans \v Pithécanthrope de Java. La découverte de .\L Dubois a eu tant de retentissement, et on lui attache une si grande importance, que nous devons nous y arrêter un peu de tenq)s.

Flg. 169. — Molaire du Pithccauthrope tic .lava.

Kii 18*M. M. hubois, médecin militaire hollandais, publiait un u)émoire sur d('< o-- enicnls liou\és à Trinil. -iir le liengawaii, cours d'eau de l'île de Java. Ces

osscmcnK (■(miprciKiiciil deux dciils. nu IV'iniir coinitlcl . une calollc ciaiiitMiiic.

Les (|iialc(' ossciiUMils oui rir Iromrs à (lillV'i'ciilcs ('|)()(|iics. lU 11 l'iaiciil pas cnscmMc : ils prox iciiiuMil dim espace de

l'ig. 170. — Fémur du Pithécanthrope de Java.

(jnin/c inèlros environ. Les fouilles faites dans le voisinage n'ont rien donné <pii approchai de ces (pialie dél)i-is. Lalléralion des os montre qu'ils ne sont pas rée<'nls : (Tailleurs les osseinenls d'animaux auxquels ils sont associés apparliennenl à des espèces éteintes qui se rapprochent beaucoup de la l'aune actuelle de Java et des réi>ions voisines. On a coik lu (jne le gisement est pliocène.

Les deux dents ((ig. 101)) (deuxième el Iroisième nu)lair{-^-)

j.i„ 171. — Calotte eranioune du Pilhicanthrope, vue de prolil.

durèrent par leurs proportions et l'écartement de leurs racines, des analogues chez l'Iutunne acliud. — F^e fémur (llg. 170) se rapproche beavu:ou|) dn l'emnr humain : il esl bien pins gi'èle (pie chez les grands singes. LCxcrnissanic osseuse qiiil |ii'<'"^eule e>^l pnrenieni aecidenlelle. - La ridoile era-

liicnar (lij^-. 171) rt'<s.eiiiblc à celle de >,éaiuleilhul : le iVoiil est fuyant, les arcades sourcilières saillantes, le type dolichocéphale: derrière les arcades, le rétrécissement est un peu plus accentué que dans le crâne de Néanderlhal. On estime que la capacité crânienne dni iMre de 1.000''.

Hn face de ces restes. '2\ anlcm- de nations diverse- ont émis leurs appréciations. .M. de Morlilli-l (1) les résuni(> dan> le lahleau suivant :

lNDICArU).NS

ni:s l'itcES

ATriiini IKJNS A !."n;)M>M:

INTElOIlÎDlAn^ES

ATTiniîL'TIONS

AïK si.\(;i:s

; "2" molaire

'.)'' molaire

l' émur

(laiotle crânienne

Il nous semble que ces restes, tout précieux et intéressants ([uils sont en eux-mêmes, ne permettent pas d'étayer une llièse scientifique quelconque. En elfel. 1" on ne sait pas à tliu'lje épotpie ils a[tpiirl iennenl. Ni la ^-Irali^rapliic ni la paléontologie nepermelteni ilidcnl iliei- le ij;isemeid avec notre pliocène. De ce que la faune a changé depuis la formation du gisement, il non résulte pas nécessairemeni ipiil soit j)liocène: il pourrait n'èti-e (juc (|nalcrnaire. — "2' llien ne prouve que ces restes aient apjjartenu à un même individu, ou même à des individus de la même espèce. Ils ont été trouvés à une distance telle les uns des autres, i\ue l'on peut taire à leur sujet toutes les hypothèses. — 3'^ Ces restes forment un cas tro}) isolé pour (pion puisse porter un jugement, (le (pu permet délaldir les cara<dères d'une race mousté-

;i) Do .MortiUet, Formuliun de lu nul/m frunrahc, p. 222.

rienne, c Csl (|u"on est en possession (riine di/.aine de docnments authentiques eonvert^eant dans le même sens. Pour le |)illiécantln'()pe de .la\a. il l'aul alleiidre d"aulies déeouvertes :

t'ijcs apprendront s'il y a un type nouveau à créer, ou si (;e crûne an«jrmal esl un cas (pii relève sim- |)lemenl de la lératolo^ie. — 4" Des (pudre débris, le crâne seul peul avoir une signification sérieuse. Sa roruK; le rapproche beaucouj) de celui de Néanderthal, comme on le constate en comparant les gra- \ lires : elh^ l'éloigné ncdahlemenl de celui des singes. La capacité ((uOii suppose de 1.000 est évidennnent anormale. .Jamais aucun sing<' n"a])proche de ce chid're:

riiomme y descend parfois, mais dans des individus dégénérés. Pour ces diverses raisons. iu)us croyons très prématurée la conclusion de M. de Mortillel, tpii regai'de le pithecanlhropua erectiis de .Java comme le précurseur de l'iiomme, et (pii suppose, à <-ause de cela, lespèce humaine originaire <lu sud-est de FAsie.

Fig. 172. — Calotte cranienuiî du FitliL'cauttirope, vue de dessus.

'^, 1\'. — L'intelligence des premiers hommes

(Tesl déjà un grand point ([ue l'ttrganisme humain soit demeuré, saufde légères variantes, identicpie à lui-même depuis les temps préhistoriques. Mais il importe bien davantage d'établir que l'esprit humain fut, dès le commencement, ce qu'il e»t aujourd'hui. Lhonnne, en elVet. se caractéi'ise par IC^prit. el îu)us saurons que l'homme a toujours et ('' ideiili <|ne à Ini-nième. s'il a toujours possédf' le niènie es|)ril.

Mais (pi'on ne se mépreiuu^ ])as ici sur noire pensc'-c-. |{n parlant de rintelligence des [tr<'niiers honunes. nous ne \<h\

Ions pa^ (liiT (|u il> a\aie-iil aiilaiil (le scieiicf i\\ir ii(iu>. «iii ilavaient })oui' l'étude les facilités <[ui se nianifestenl dans les races cultivées: nou^ ne vonlon- pa- nier les pioi^rès réels (le l'espèce hunianie. celle niaiclie eonslanle \ei- la possession (Kun plus grand savoir, qui apparaîl \ isihleineid danriiistoire des peuples civilisés. Ce (|U(* nous prétendons montrer, c'est que les premiers hommes étaient réellement doués d'intelligence comm<' non-. <'l. pai- là. aussi éloignés (|ue nous du règne animal.

Du reste, le problème de rinlelligence se pose de la même racjon pour Thomme préhisloriciue que pour le paysan et |>oui' le sauvage moderne. Quand nous avons prouvé ([ue les laces sauvages étaient de vraies races humaines, nous avons eliei chc en elles, non pas nos connaissances scientifiques, non j)as nos cercles littéraires et nos académies, non pas les ral'tinements de notre civilisalioii eiiropi-enne. non jtas 1 usage dn gaz, de l'électricité ou de la vajjeur. etc.... mais des maripies vraies dune intelligence de nu-'me natures (jue la notre. Des deux fils d'un paysan, Fun peiil s'adonner aux études et de- Ncnir un académicien, tandis que l'autre ne saura ni lire ni écrire et passera ses jours à labourer sa (erre : et cependant il se peut que le second soit plus intelligent que le premier : en loiit cas. en dé[)il du dt'veloppemenl inégal ci même, si l'on veut, de la puissance inégale de l'intelligence, il y aura identité de nature entre les deux, esprits. De même, si l'on eonq^are le savant européen au sauvage ancien ou moderne. il ne s'agit pas de constat<'r une dill'(''rence de (lévelop|)emenl ou même de valeur, mais de prouver (ju il existe de pai't cl d'autre un esprit de même nature.

Le procédé qui sert à démontrer la présence de l'esprit humain dans le paysan inculte et dans le sauvage ignorant, devra servir aussi à prouver l'existence du même esprit dans les l'aces quaternaiic^;. dont les m'sérable>^ reslesl'oni naturellement penser à un état sauvage.

Or, comment [»rocédons-nous pour riM'onnail rc I inlelligencc humaine dans le sauvau'e cl le i>a\>an ".' Non- enlr(in'^ en rcla-

lidii ;i\tM- lui cl ii(ni> rcoutoiis son laiiyni^c : nous faisons son t'diicalion cl nous \c lron\(>ns snsc('|tlil)li' (Tun (k''V('lo|)i)c'ni(Mil inlcllcclncl (•onij)ara])l(* au H(Mr(\ pniscjuil peu! acfiuérir nos idrcs (>| notre scionre; nous t'onsidérons ses actes, son industrie, ses (ouvres d'art, et nous trouNons dans son travail la trace de raltstraclion. du raisonnement, la |)uissance même de rinvenlion. Tout cela nous paraît si diflei'ent de ce cpie nous tr(»UM)ns cliez les animaux les mieux doués, si semhla- Ide à ce (|ue nous ré\èle l'observation de l'homme ci\ilisc. que nous concluons sans liésiter : le paysan eL le sauvat^'c, ahandonués aux seules forces de leur nature, se monlrenl aussi pleinement licHunies (pie nous, séparés de l'animalilé par un égal al)înie.

Ouand il s'agit de l'hounne préliisloricpie, nous sommes, il est \ rai. moins riches en documents : mais les documents son! de telle nature (piil nous mènent logicpuMuent à la même conclusion. .\ons ne pouvons l'interroger })0ur constater (pi'il est doué du langage articulé : mais de quel droit lui rel"uscrait-ou la parole? Puisipu' son industrie ré\èle cpiil était au moins l'égal du sau\age contemporain, pourcpioi n'aurait-il pas eu la parole aussi bien (|ue lui? Si, en Iravaillanl le 1er et les métaux, notre généi'ation |)arle, pourcpioi, lors(ju'elles travaillaient la ])ierre, les générations anciennes n'auraient-elles point parlé? Sans doute l'éducation du

sauvage contemporain est une pren\e bien saisissante de son e-prit : mais l'Iiounuc pr(''liislori(pu' n"a-t-il ])as l'ail aussi son éducation, [)uis({ue c'est de lui ({uc nous descendons? Tandis (|u'en nous il est arrivé une science si remar((nal)le, les singes ses contemporains ne sont-ils pas resti's absolument ignares et sans progrès dans leurs descendants.

Quelque légitimes (pm soient ces inductions, elles ne valent pas (les preuves dii-ecles. Or, ces ])reuves directes, nous les trouNons dans l'eNamen des ou\rages des hommes préhislori(|ues. Ils n(jus ont légué leui's armes, leuis outils en j)iei"i'e et en os. leurs (iMivi'es d'art, leur poterie, leurs uionumeids l'un(''raire--. etc.. etc.. l)ans tous ces objets, comme imi aulaiit

(If liMc-. il> oui ('cril vu caraclrres l)i<'ii li-.ihk';^ ([ucllr iMail la nature et iiièiiu* la puissance de leur ('--iiril.

lin oflet, les restes de leur industrie monh'cnt (|u'ils ("laienl au moins aussi avancés (juc les sauvages nioderaes : car, ([ue restera-l-il des Fuégiens, des Auslraliens, des Mincopies, etc.. sinon des insti'unienls de pierre, des haeli(>s, t\v< flè- (dies, des harpons, sendjlaldes à ceux que nous avons trouvés à Saint- Acheul, à Chcdles. au Mouslier, à Solulré. à la Mad(deine ? Il y avait (htiic au moins autant dCsprit dan-- nos ancêtres (puiternaires (pu> <lans l(>s raee< ((ui ont encore I industrie de la pierre.

i)'ailleurs, les armes et les ont il> (piaternaii-es sont, en l'ait, toujours attriluu's jtar les ani hi'opoloii'i-tes à des hommes siMuhlables à nous. Ou bien un éclat de silex ne porte pas la trace é\ idenle diine action intelligeide. et alors on l'attrihue aux forces nu'cani<pn's de la nature ; ou liieii on y (h'couvre les signes d'une taille intentionnelle, surface de frappe, couchoïde de percussion, l'etouches, et alors on reconnaît l'action de l'honuiie intidligent. (lelle recdierche, anlérienrt' à tonte discussion, ne lémoigne-t-elle i)as que les anthropologistes parlent de ce j)rincipe cpu'. de tout tenqts. 1 homme est caractéi'isé par I intelligence cpi il manifeste en ses ouvrages 1

l']idin. il suffit d'examiner les instruments les plus anciens poui' y dé'couvi'ir les vestiges de lintelligeni-e. «1 une faeulté ipii al)-trail. (pii raisonne, ([ui prévoit, (pii condiine. qui dépasse même ses hesoins innnédiats dans ses œuvres. Oue le singe menacé se «h'-fende à coiq)s de poings, (pi'il ramasse même une pieiMc Im nie |)oiir fra|»|)er son agresseui". c'est un |)h(''noniène rédnctiltle à la -en-iliililé j)ar la sinq)leassociation des images. .Mais (pi'un être \ivant prenne ce caillou, ([u il le fasse éclater en vue de fahricpu'r un («util (\o forme déterminée, c'est ce (pi'ain'nn animal n'a jamais fait, c'est ce que l'homme a su fair<' dès lestemp- pn-hi-toricpu-s.

11 n a pu le faire dè< lors (pie parce (jn il était pourvu d Une intelligence ca|)al)le dal»--! l'aire et ni(~'me de créer. (!ar. rien

i|ii(' |»(»iir pirparer la liaclic clR'll('(Miii(M|iii csl le [neniii'i' cl \v plus ôU'mcnlaiio dos inslrumenls humains, donombrcux aclrs (riiilt'llii>«Mico (Haii'iit nécossaircs : il lallail pensor qu'une loruio eu poinio donnée à la pierre brûle l'endrail larnie plus avantageuse, il fallait ciéer liiuai^c de la hache avani de la réaliser, il fallait calculer les points de moindre résistance, ménayi'r la direction et la force des coups à donner, etc.. «'le... Il y a\ail là tout un art qui ne fut point inventé du premier coup : mais le fait même qu'une génération d'hommes savait tirer profit des progrès réalisés par la génération précédente n'est-il pas un des signes caractéristiques de l'intelligence ? On peut analyserions les lra\au\ des premiers hommes : entons on trouvera de même la trace de l'esprit.

On a fait remarcpun- à juste titre (|ue ces hommes préhistoriipies tl('\aienl cire d'une grande puissance inlcllccl ucllc. car ils (Mil su créer, inventer leurs instruments. En géométrie. Euclidc n'est pas allé bien loin : mais en créant ses théorèmes fondamentaux, il a fait preuve de génie. De même celui (pii a inventé le levier, la roue, etc.. a eu une conceplion géniale dépassant en valeur la force ({ui a combiné les éléments d une locomotive. II faut en dire autant de ceux qui ont inventé la hachede silex, l'ai'l de fra})per les nucléus <le silex pour en lever des couteaux, qui ont emmanché les premiers outils et les premières flèches : or, ce sont les hommes (|ualernaires qui sont les vrais créateurs des premières formes i\r notre industrie moderne. T'onnucul leur refuser un c<pril scmblal>le au notre '!

Sans doute, il n'est ici (lueslion que des lionuncs (pudcrnaires dont nous avons les restes, et les anthropologisles nient que nous ayons le droit d'attribuer aux hommes primitifs ce que nous trouvons en eux. En effet, dit-on, l'homme dont vous montrez les œuvres était déjà très avancé <'n civilisation : mais, avant de labrifpicr la hache chelléenne. ilurant combien de siècles avait-il ('-volué. s(; servant seulement pour armes des éclats naturels cl des pierres brûles / Il (•lail lioiiiiiie d('jà ; c'esl a\anl cela (|u"ill'aul placer son

("volutioii. et cIk-i'cIici- ^on Icnl |);i^<;>t;(Mlr l'('l;il ^iniicii ;'i l(''l;il luimain.

Celle hypothèse, oii doit roiTénieiit se rt'*riii4ier 1 évolnlionisme. nVsl pas seiilenieni graluile. mais encore eoniraire à de sérieuses données scientifiques. Il nous semble que si nous remontons de l'homme qiuiternaire de no» contrées à Ihomine |>rimi(i!'. au |H'cini('i' pt'i'c du i-'enre lininaiu. nous (l('\()n< "-riciitifiquement supposer que celui-ci t'Iail doui' d'une iulcliiiicnce de même natui'e (pu' la nôlr<'. aussi |)ui-sante (jue la ut'dre.

En ellet. nous navcnis pa>le drdil de chercher l'homme primiliC bien loin de notre ancèlre (piaternaire. Si nous rencontrions des restes d'organisme humain bien avant de rencontrer les traces desonindusirie. il \ aurait lieu de -e demander si l'homme ne vécut pas de longs siècles avant de tabri(puMdes outils et des armes : mais, au contraire, les instruments de l'homme sont plus anciens que les restes de son squelette. L'industrie chelléenne remonte sans doute au (h'but de la période glaciaire : les premiers débris de corps humain xinl tout au plus de l'âge du mammouth. (Comment se ferait-il que riujmme, vivant depuis tau! de-iècles, même en Europe, eût (Mé si peu répandu qu aucun m- de lui n'ait pu èlre c()u-erv('' avant l'époque chelléenne. cl (pie. même à r(''p<)(pie clielh'-eniie oîi nous recueillons lespremiei'< monumeiil»- de son imlu-liic. nous ne voyons encore aucune trace de son corps? X'est-il pas plus juste d'admettre qu à la j)ériode glaciaire l'homme fit sa première apparition en France, qu'il erra par troupes sur le bord <les lleuves où il laissa tomber ses outils ? Ne sufnt-il pas d'un petit nombre de siècles pour (|ue la famille humaine, créée en Asie, ait eu le temps de se multiplier et de se rt'paudre jiis([ue >ur rKur()]ie '! Mais trouver l'homme intelligent et industrieux si près de son origine, n est-ce |)asê!re en droit de conclure ipi il fut l"l de* sa créalion ".'

g Y. — La iîi:i.ic.I' n des phemiehs ii()mmi;s

(".t'rl;iiiis [)liilo<()|)li('s scraieiil enclins à conclnrc (1(> ce (|ni prrt'cMlc ([lit' les premiers lutniniesdiu'enl nvoirdes senlinienls el tie- |>i';ili(iiies de rcdi^ion. l)ès lors (jnil était inlelli<>-enl . 1 liouune pi'innlir de\;ul èlre condnil. par le speclaele de la iialui'e. à l'idée de eausalilé, c'esl-à-dii'e à Dieu : par la conscience de ses ades inhdiectnels el d(> sa xolonh'' lil)i'e, à la connaissance de la spiriinalilé el derimniorialilé de son ànie: de colle science soniinaire de l)ien el de Ini-mème. il dut lirer la n(''cessil('' d im cidie en\('rs le C.réaleur.

Celle argnnicMilalion est solide assui'énienl : mais elle ne vaul que pour ceux (pii adniellent la |)arraile idcMilih' de riiouinie à Iravers les âmes. Or, c'esl précisenieul celle iniporlaide véi'ih- (pie nous voudrions mettre en relief par de nouveaux ténioi^nai^es : aussi aurons-nous encore une lois l'econi'S aux données de la science positive pour foi'tifier une coucdusion dOrdre spéculalil'.

Avant fout, il Tant s'entendre sur ce mot de rcdi^ion. Pour l'avoir pi'is dans un sens trop restreint, (Imminents auteurs oui Iraih' d'alh(''es des |)euples entiers, Xous croyons (pu' de Ouatret'aLfcs est dans le \rai, lorsipi'il dit (pi'il l'aul tenir pouireliij;ieux tout homme (pii cioil ces deux (dioses ; 1" cpiil existe des êtres supéi'ieurs pouvant iulluer sur sa destinée, soil en i)i(Mi soit en mal : ■^'cpiiine partie de lui-mènu' demeure après la mort, (pud <pie ^oil «In reste l'cdal, (pi'il imai^ine au delà de la lomhe.

Pour découNi'ir ju-que dans jjiomme primilif ce Tond essenti(d de tonte relii^iou. nous a\ons trois moyens : considérer l'idal relit!;'ieux des peuples actu(ds, l'ccueillii' dans riiistoi;-e les plus ancieiuies données r(dig'ieusos, clier(dier dans la pi('dnsloire même les prendèic-- manireslal ions du .•ulle.

L't'lal religieux des p(>uples aci U(ds a été roi'leuu'ul discidt-.

— .-îf»; —

Dos savanls dt* valcnr. ronimc Liviiii'sloiu', l)ak(>r. Munnal. Dalton, Kradlov, Lubbock, lîrorn. l'Ic.. oui (Misoiiinr que cerlainos tribus humaines soni ah^olunicnl (l(''|H)iir\ ne- d'idi'cs religieuses. Monn;il dil des Mincopies (îles Andauiau) : « Ils n'oni ni idées diiu 1*^1 rc suprême, ni relic^iou, ni croyanee à une \i(' l'ulnrc. » Sii- \b'ss(Miii('r l>i'adl('y dil d'une Iribu aus- Iralicunc : « Ils u Oui de supersl il ions daueuiie soric <'l uOid pas la moindre idée d'une vie l'uiure. » Dapivs Uroca. « il existe, tians les race.s inférieures, des peuples sans cullc. sans dogmes, sans idées mélapli\si(|ues. sans croyances colleelives et, par eonséqueid, sans r(digion(l). »

l'\^. 17:]. — (^rùiie de Miiicdiiic ilc la GraMilc-Aiulamaii.

De Ouatrel'ages n'a cessé, juscpi'à la lin. de prole-ler contre ces assertions. « .Fai chendié l'athéisme a\('c le j)|iis grand soin, dit-il. .le ne lai l'enconlré nulle pari, si ce n'est à l'état erratique, chez (piehpu's sectes philosophicpies dcr^ nations les plus anciemiemen! civilisées ("2). » [."éminenl aid hropologiste s'applique à montrer ipudles |>r(''occu|);ilions oui enq)è(dié certains voyageni's ou missioimaires de recon-

(1) Cf. Jûly, L'homme avant les métaux, p. 302 et siiiv.

(2) De Quatrefages, Introduction n r ri mie des races humnines, [>. 251.

nnîlrc l;i i-(>lii>ioii tics luMipladcs sîuivat'i's : puis il oxpost' n i|iu'ls résultais a rontluil uuc ('ludc plus aiUMitivo. Les Mincopii's (lii;-. \7'.)). par ('\(Mn|)l(>. rrpulrs sans relioioii, oui l'u l'éalité (les croyances assez élevées. Ils i-ei>ar(Ient Ihoininc comme animé de dcnx principes : Vespril cl Vâme. Tous deux -ui\i\(Mil à la mort t(M-rcstre, mais se séparent à ce momeni cl liahilcnl des i-i'gions distinctes jus(ju"au moment de la l'ulure résurrection. L'esprit se rend dans une vaste jungle |)lacée au-dessous de la terre, où il retrouve toutes ses hahiludes l«M'reslr(>s. L'àmc seule est jugée pai' Prduga, le Dieu suprême de ces tribus, cl. selon ses méi'ites, est admise dans un lieu de délices ou précipitée dans un enfer glacé (1). Tels sont les sauvages dont Monnai dit cjuils uOul ni i-eligion. ni ci-oyance à une vie future.

Sans citer d'autres exem|)les ([non peut lii'c dans les œuvres de Ouatrefages, nous (M'oyons bien établi le fait (pic loutes les tribus humaines on! une certaine forme religieuse rudimenlaire. Suivant Emile liui'uouf, le fétichisme le plus grossier est lui-même une espèce de l'cligiosité : car « j)our condenser toutes les puissances de la terre dans un morceau de bois, dans une |)icire ». dans limage dun homme ou duii animal, « il élail nécessaire que l'homme eût saisi dans la nature des forces invisibles et souveraines ('2). »

^^ais celle universalib'' delà religion dans l(> préscMil a une grande poi'lée relativement au passé, (lar, ou bien ces croyances j-eligieuses sont le fruit de Fespril humain, ou bien elles soni l'héritage commun d'un état j)rimilif. Si l'on admet »pu'. chez tous les peuples, l'espril humain a créé la religion, il fani (pic sa nécessité soit bien évidente pour qu'elle s'impose de la soile à ions les peuples: et si les tribus ï^auvages les plus misérables l'ont découverte et conservée, comment l'homme primitif, qui l(;s valait bien, ne l'aurait-il pas aussi trouvée? Si l'on veut que ce soil un héritage commun à loutes les races, il faudra bien en faire remonter

(IJ yem, Ihid., p. 239-200.

(2) Cf. Joly, p. :'.0i.

rorigiiic jiis(|u"aux «lélnils de riuiiniiiiilô : ciu-. de lionne licuro, les l'ainilles humaines se séparèrent : el. dans la snile des temps, elles sont demeurées très isolées, sans entrer en commerce de biens et d'idées comme le font les peuples modernes.

La date la plus reculée (juc puisseni allcindrc les documents de nature hisiorique remonte tout au ]tliis à 5.000 ans avant l'ère chrétienne, au moins à 4.000 ans. A cette époque ont été gravées des I ablettes ((ui nous montrent Our-Sina. rdi cli.ddécMi. ti"i\aillant de ses propres mains à bàlir un lemphî à la Divinité. Chez tous les peuples, les plus anti([ucs monunuMits ont trait à la religion, (l'est même une remar(pic impoi'tante. i\nc, plus on remonte haut dans l'histoire de-peuples quels qu'ils soient, plus on voit jjrofondc cl élenduc l'influence religieuse dans la vie nationale.

Ainsi, loin de nous l'aire assister à la création cl au progrès (U' la religion, l'histoire nous raconte |)lulùl les emi»ièiemeuls du pouvoir <i\ il -ni- le pouvoir religieux. Les hommes paraissent aller \er'^ I athéisme à mesui'c fpie la civilisalion progresse, plulôt qu'ils n'en sortent. Pailout où la vie d'un peuple disparaît dans les ombres de la préhistoire, loul nous incline à penser qu'alors la domination de l'élémenl religieux devrait être souveraine. N'est-il pas .ju>^le d'induire de ces observations que les débuts de l'Iinnianili' dniiMil èlre icligieux. <•! non alliées ?

Lnlin la préliisloire elle-niènie nous rournit-cllc <le- données sur la ])ensée religieuse des premiers hommes? A\anl de présenter une réponse, deux obser\ations sont nécessaires. — l"Un peuple peu! axoir des sentiments (d des pratiques de religion sans qu'il en laisse aucuiu' preuxe à la postérité. Quand, dans l'axcnii'. les anlhropologistes feroid des fouilledans le»^ îles. Vndaman, ils ti'ouveront quelques crânes, (pielques outils, mais aucun signe qui leur atteste (pu^ les Mincopies nvaienteudesideesreligieuseselevees.il en est de même pour plusieurs autres tribus. Ce fait nous montre avec quelle légèreté un savant conclurait à l'athéisme des races piinu-

CUIOINES 24

lives de ce que rien de sensible ne l'évèle leur rcliinion. "2" Les marques de religion capables de traverse!- de longs siècles sont fort peu nombreuses. Ce sont les sépidtures ci les circonstances qui les accompagnent, ce sont les objets de pierre ou d"os analogues aux amulettes et aux It-liches des sauvages contemporains.

Les populations néolithiques de rEur()|)e oecideiilale ("iircnt-elles religieuses ? Tout nous invite à le penser ; d ailleurs personne n'en doute. Ces populations étaient en partie l'oi-niées de familles venues de l'Orient d'où elles avaient a [)porté l'usage de polir la pierre et de domestiquer les animaux : or, Tàge néolithique de l'Europe doit correspondre au lein])s où l'Egypte et la Chaldée étaient en pleine civilisalion, où le culte de la divinité était le plus en honneur. 11 ne sL'rait pas croyable que le sentiment religieux dont l'Asie était pleine n'eût pas, avec la civilisation, débordé sur l'Europe. — De plus « la croyance à une autre vie s'accuse chez, toutes les tribus néolithiques par les soins donnés aux sépultures ». Ces tombeaux sont des cavernes naturelles ou des gi'oltes ai-tificielles, parfois de grands dolmens : Ion jours on y li'ouN.' des offrandes mortuaires, « des outils, des vases, d'v- parures, des armes, qui devaient servir aux défunts dans leur nouvelle existence (1). »

\y'< sépullures, faites avec le même soin, renionlenl jusi\\]';\ la i)éi-i()ile de transition où le néolithiipu' donne la main au paléolithique. La religiosité paraît avoir été aussi ar.-enluéfMlans les races de Cro-Magnon que dans les races l'ranelienieni néolithiques. Ainsi, dans les sépultures (]r la \'ézère. de Meidon, on déposait près du cadavre les objels (le pai'ui-e el loui ce qui paraissait dcvojr lui (Mre ulile dans iiiK' ;inl re \ ie.

Il esl \rai <pie l'ien de semblable n'a|)paraît dans les races vraimeni paléolilhi([ues. îMais c'est là un argument tout néga' iif: si la leligion n"a point laissé de traces l'econnaissables,

(1; Dd tjiiatrcragj-, l.Ji jduction d l'élude des races humaines, p. 281.

l'ion non phi- ne luoinc ([ne les liuninics de Cli('lle>; cL de Sainl-AcluMil n Cn avaient pas. Labsencc do< mar(iiu's religieuses s'expli(|ue aisément : labsence de toute religion dans ces premiei-s hommes serait in('\[)lic.il)le (1).

Ce eourl exposé suffit pour nous l'onvaincre que la religion, dans Ihumanilé. remonte aussi haut qu'on peut atteindre, non seulement |)ar l'histoire, mais encore par de légitimes inductions. Il est donc iiaiurel d'admettre que l'homme primilil" lui-niéinc fnl religieux ; du moin';. il serait absolument illogi([ue (radnu'iire le coidiaiic.

,' \l. - Di; L OHKaNt; DES HOMMES S.VLVAGLS

Dans la thèse (pu- nous comballon-^. la ([uesli(jn t\c< hommes sauvages lient une place capii.dc. Ils sont représentés comme des arriérés de la famille humaine, ('e (pi'ils sont aujourd'hui, ious les hommes lOnl éh''. Dans la |)hase intermédiaire enlre r<''l.ii bc-tial cl lélal ciNilisé. l'homme ressemblait au sauvage coulciupoi-aiu : nous li'ouvons ses restes parmi les documents de la |)r(''liisl(iii{'. Tandis ipie les races plus avantagées par l'organisnu' ou par les milieux grandissaient et concjuéraient la civilisation, les races moins privilégiées resliiienl en arrière ci dcineuraient comme des témoins fidèles du Iri-lc l'Iai par le([ucl on! passé toutes les races.

Celle théorie suppose démontrés les deux faits suivants : 1" que les premiers hommes furent aussi sauvages et aussi bas (jue les derniers de nos con(enq)orains : '2'" que les sauvages actuels s(Mit de \rai- arrii-rés. ei non des dégradés. Or, ces deux faits, s'ils ne sont pas com[)lètement faux, sont très contestables : ils n<^ peuvent ètrt' admis dans la formule absolue i\c leur ('nonci'.

Des tenqis préhistoriques, nous ne connaissonsqueles races em'opéennes. Pour démontrer quelles étaient s^u^a2•^'s. on

(!) Cf Joly, L'/mwne avant les métaux, I. H, cli. v;i, La religion.

invo(|tit' le- mililsdc picirc ([irclles nous oui laissés, somblahlcs aux insiniineuls vu iisai^o parmi les sauvai>(>s actuels : ou allèi^ue leur vie cnaulc de chasseurs, de pcclicurs, saus hal)ilalious li\(>s. sans li'accs de sépidiurc dans les connueiiceuienls. — Il ue l'aul poiul exagéi'cr celle sau\a^-erie des |>reuiiers hommes de TOccidenl. U u"v a poiid de doute qu'à ré|)o(pie n(''olillii(pie ils ne i'usseul <léjà li'ès ci\ ilisés. ([uoi- ([uils u'eusseuL point encore Tusagc des métaux : à Tépocjuc paléolithiipie, l'homme de la Madeleine estbou ou\ l'iei'. artiste, ingénieux, etc.. : tout au |)lus pourrait-ou dire (|ue Ihounne de Saiul-Acheul mena la vie errante et sauvage le long des fleuves.

Ouehpu- appai'ence de sauvagerie (pie prés(Mde la vie des premieis hommes de nos contrées, leui- état doit être nettement distingué de l'état des sauvages coutempttrains.

En ellel, l'homme de Chelles, de Sainl-Acheul, de Moustiers, est simple, possède luie industrie élénieidaire, mène; une vie errantiî : mais il progresse, il acquieit de nouvelles connaissances, il augmente gi-aduellcment ses conquêtes sur la nature. Le sauvage contemporain, au contraire, est un dégradé, en voie de régression, qui garde inconsciemment el inutilement lestraces d'une civilisation ancienne j)lus avancée: sans être, a priori, condamné à une conq>lète disparition, il s'éteindra inévitablement.

Il n'est donc pas vrai de dire que le sauvage moderne est la

lidèle image de l'homme quaternaire : il n'est pas arriéré dans

son développement, il a descendu la pente de la déchéance.

Etablir ce qu'est le sauvage contemporain, ce sera donc servir

a cause de l'homme quaternaire.

I. Le sauvage contemporain eut un dégradé, et non un arriéré. — Pour que cette proposition soit vraie, il n'est pas nécessaire de montrer que les sauvages comptent parmi leurs ancêtres des hommes aussi instruits-, aussi civilisés que les Européens modernes. Il suffit, en remontant le cours do leur histoire, ou en étudiant 1er; trace? qu'ik conservent du passe.

lie piuuvei- (jiic leurs jincrlrcs oui ('•li- plus iiisliuils. plus cixilisés. plus avant îii4(''s. (piils ne le soni <Mix-inèmos. Nous lie passerons pas en re\iic loiile- le- Irihus sauvages des lemps modernes : nou;? citerons les principales seulement, assuré d'ailleurs (pion peut en dire autant de toutes les autres (1).

h' Australien paraît être plac('' an ])lu-^ lia> dei^rc'' de 1 échelle humaine : quelqu<'s auteurs sont allés juscpi'à lui refuser la même oriiJjine (|u'au reste de l'humanité cl le regardent coirmie une sorte d'iniernu-diaire entre le singe et rhomme. Son portrait, du resle. n a rien de tlatteur: la taille est petite, la tète large, le Iront éti'oit et fuyant : les yeux sont noirs et profonds, le nez aplati, les nuichoiics très prognathes et les os du crâne assez épais ; la couleur varie du bleu foncé au brun rouge, et les cheveux lisses le rapprochent des races blanches. Ses instruments sont très primitifs : il ])ossède la liailir de pierre, la lance, la sagaie, le boumarang : il n'a ni are ni tlècdie^ : pour instruments de musique, il n'a cpiun land)our rudimentaire et une espèce de tlùle doid il joue aveile nez (D' Jousset. Ei'nliiiion. p. 188).

Néanmoins, il est aisé de reconnaître que rAusti'alien est un homme dans la force du terme. Il possède un langage articulé dont le dietionnaire et la grammaire sont trèsijches. L'organisation sociale ne l'ail pa- coniplètemenl défaut. Les rapports des sexes soid i(''gl(''s pai- des lois sévères : les honunes se marient en deli(ir>- de lein- clan et créent ainsi des lelations amicales avec les tribus voisines. Les guerres sont de courte durée, parce ([uv la paix est prompiement conclue par l'arbitrage des vieillards. On y domestique le chien. On rend aux morts un culte respectueux.

Ce peuple misérable porte des vestiges non équivoques d'un état antérieur plus favorisé. Ainsi les enfants, pris de bonne heure, montrent d'excellentes dispositions intellec-

(l) Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de Quatrefages, dans lesquels ce savant a fait en quelque sorte la généalogie de tous les peuples. Cf. L'espèce humaine Hommes fossiles et hommes sauvages.

luolles. appronnoni nii^riiu'iil les laiii'iie'i rlrniii^rrcs : jii'-ciu à l'âge (le la |Mil)erté, ils so nionlrenl dans les éroles, comme» les iiègrcs lies États-Unis, sujx'iienrs à lenrs camarades. Va\ a|)i)li(|nanl ici les lois de Ihéiédilé. ne serail-il pas permis de voii- dans ces étals successifs la (race des étals ipii se st)nl succédé dans la ligne des ancêtres e\ix-mémes ? — D'après un savant canadien, !M. Haie, tous les dialectes australiens ont une perfection qui étonne : la grammaire possède sept déclinaisons, chacpie déclinaison comple dix on on/<' cas plus Jogicpiement établis que dans les langues aryennes ; les verbes ont des conjugaisons, à modes et à temps nombreux ; la dérivation des mots est bien ordonnée : les préfixes et les suffixes varient à l'infini les nuances d'expression. Celle richesse de langage, témoin indéniable d'une intelligence bien développée, dépasse et la force et les besoins présents des Australiens. Leur langvu' témoigne donc d'un élal antérieur plus fortuné d'où ils sont misérablement descendus (1). — Nous pouvons citer bien d'auli'es souvenirs d'im étal meilleur : des peintures et des sculptures, parmi lcs(|iicllcs on signale des lêles entourées d'un uiml)e lumineux, un personnage revêtu d'une robe rouge ; des connaissances aslronomiipies étendues qui leur permettent de reconnaître les heures avec une grande précision ; la circoncision prali(|uée anciennement chez un grand n()nd)re de peuples d'origine asiali([ue.

La dégradation é\ idcnle qu'ont subie les Australiens a |)()ur cause les circonstances défavorables dans les(pielles ils sont condamnés à vivre, toujours en lutte, toujours en (pu^'le de la nourriture, sous un climaf tropical. M. ilale se demande si une race aryenne, dans de semblables ((uidilions, ne serait pas descendue au niveau des Australiens.

D'après M. Ilale, les Australiens ne descendraieni pas des pi'euiières l'aces <pii ont peuplé le globe, mais bien des |)ravidiens ipii occuj)aienl IllinddU'-lan a\anl lari'ixée des Aryas.

(Ij Cf. de Nadaillac, Le problème de la vif, d). \n.

Environ 1.500 ans avanl nolro ère, les Aryas auraient envahi rilindouslan : quoique moins avancés en civilisation que les

Di a\ idieii--. ils les auraienl néaiinioins \iiiiiciis. Alors les Dra-sidiens chassés auraienl éinii^ré \cr< lo îh's océaniques. En Ausli'alie. ils auraient vaincu à Icuc loiir les premiers lialiilnnl-^ <le celle i;r;ui(Ie île el auraienl luèh' leur sanîi,- au leur. Ainsi s'e\pli<|uerail le lail du iuélant>e des caraclères elluu(|ues du jaune et du noir dans les Ausiraliens.

Si celle odyssée n'esl pas absolument prouvée, du moins est il certain que les Ausiraliens soid des èlres déchus, condamnés à périr sous la doid)le intluence d'un (diuud meur- Irier et d'une dominai ion éti-anii^ère coriuplrice.

Les 7V///?e// ou I)(Mi(''-J>jindji('' ne le cèdeul t;uèi-e aux Ausiraliens en lail de nusère el de dé(diéance. Relégués dans un pays lualsaiu du nord de 1 Wmériipie. entre la baie (Tlludson cl la pi'csquîlc d'Ala-ka. il- oui gianditeine à se procurer la nouniliu'c. lu froid <'onslaid arr(Mc |)resqu(! loide vég'étaliou. Ouaml le sauvage ne peu! alleiudre les animaux pouidévorer leur chair, il en esl réduil à manger les mousses el les litdiens (piil ramasse sur les rochers. OrdinairemenI sans demeure fixe, sans organisai ion sociale, il n"élè\(' de huttes ipu' s"il y esl absolumenl forcé par le froid (1). « Egoïste, orgueilleux, dur pour lc>- vieillards, le- feiunic< cl lc< malade^ (pu -on! <lc- boucdu'S inutile-.... il est pourtant -olu'c. peu \indicatif. humain, gt'uéreux nuMue [)our rru\ dont il attend quelque service » (de Nadaillac).

Malgré cet abrutissemcnl où il vil. le Tiiuicli possède une vraie inhdligence humaine, il est -usceplible (Tèlre instruit cl élevé, capable de pi'ogrc>i. Surtout son langage esl remarquable |)ar la « variété des expressions, la richesse des inllexions. la multiplicilé des verbes auxiliaires : tous les caractères témoignant une lang\u' avan<-ée s"y rencontrent ". M. de Nadaillac applique à la langue des 'linucli ce que Max \Iid dirait de celle de- |idquoi>- : « Le peuple (pu a con-lni

Il un

(1) Do NaHaillac, Le i,rol//èmr ilr la vie, p. 2'6.

li'l langa^i' SI' coiiiposail d'hommes à raison puissaiilc ■> Incapables présentement (ruiu' li'lle force d'esprit, les Tinneli sont donc, comme les Australiens, les descendants d'une race pins avancée qu'enx.

Il en faut dire autant des Movioris, pauvres sauvag-es des îles Chatam, dans la Polynésie. C'est au commencement du XV'" siècle cpi'ils ont quitté les îles Ha^va■i, on ils avaient une certaine civilisation. Après deux siècles et demi d'isolement et de misère, ils étaient tombés an deinier degi'é de l'état sanvaf^e : délaissant la culture du sol, en grand honneur che/. leur ancêtres, ils sont devenus exclusivement pécheurs et chasseurs (1).

La dégénérescence explique bien aussi la misérable condition des Fuégiens (]e la Terre-de-Feu, au sud de l'Amérique. Darwin les mettait au dernier degré de l'humanité, presque au-dessous des animaux les mieux doués. « Leur langage, dil-il, mérite à peine le nom d'articulé. Le capitaine Cook l'a comparé au bruit que fait un homme qui tousse pour dégager sa gorge embarrassée (clearing bis throal). » Exclusivement chasseurs et pécheurs, les Fuégiens possèdent l'arc, et leurs flèches sont armées de pointes en pierre taillée.

Sont-ils redescendus au-dessous de la pierre polie, ou sontils seulement arriérés dans la phase de la pierre taillée ? Leur langage et leur histoire donnent la réponse à cette qiu'stion. — Leur langage, d'après Bove, est si riche qu'il ne peut être que le dél)ris d'une aniiipu' civilisation: un de leurs dialectes, le jagan, est une langue très pure, très complète dans sa grammaire, riche de plus de li'ente mille mots. — Les Fuégiens sont des Américains de la race ando-pérnvieiine cpii, sous le gouvernement des Incas, constituait le peuple le plus civilisé de l'Amérique. Rejetés par leurs ennemis sur les rochers incultes et iidiospilaliers de la Terre-de-Feu, ils ne pouvaient ipu' déchoir de leui- élat antérieur de civiHsation.

(\) Cf. ,loiis->et, f:rn/uf!o7i. p. 18. — Do Qnatiefages, Hommes- fnxsiles et hommes .snuvagcs.

Mais il;* (Icmourenl toujours siisccplihlcs (["('(liicalioii. «diiiiiic l'on! prouvé les iinli\ idus de la colonie i|ui lui amenée à Paii^ vers 1881. com'nie on le eonslale aussi |>ai- le succès de- missions fuégiennes (1).

Les Boschimans peu\enl èlre cilés comme de,'- liomme> les plus dégradés de TAfrique : ce sonl des Hottenlols dégénérés. Ceux-ci, à leur tour, suivani des cllinologistes de \aleui-. ne seraient que des éniigrnnl^ égyptien^ al)aissés cl di-l'oi-més par la misère.

Il est inutile de prolonger cette énuméiation. I^^n prenant les peuj)lades les plus sau\ages de tous les continents, nous arrivons toujours à celte même conclusion: les sauvages sont des vaincus que la misère a l'ait dégénérer. D'ailleurs (pie flanalogies frappantes ne pourrions-nous pas alléguer au milieu même des peuples civilisés? Ne voyons-nous pas. soucia double intluence du vice et des privations. Ai- vrais sauvages se former et errer dans les rues même de nos grandes cités ? Qu'il nous suftise de remarcjuer ici à quelle distance tout cela nous conduit de la thèse des anthropologistes. tpii considèrent le sauvage comme un type arriéré de la l'aiiiillc humaine, comme un témoin fidèle du <!adc priuiilil' par lecpiel ont passé toutes les races.

H. Comment l'homme civilisé peut arriver à l'état sauvage. — Aucune rai-c humaine n'est par -a nature condamnée à la dégradation: tous les homme-, plaet'- <lan- de- conditions favorables. peuNcnf |)rogressei' dans la ci\ ili-ation. Cepeiidaiil toutes les races ne réagissent pas avec une égale éneigie contre les facteurs réels de l'état sauvage : la race noii'c est la plus faible, la race blanche est la plus forte. .Mais r-elle faiblesse actuelle de la race noire n'est-elle pas le triste elTel d'une longue déchéance '! — L'isolement, quoi qu'on en ail dit. n'est pas non plus vme vraie cause de dégradation. Ou une l'aniille poussée par la guerre ou la l'amiiu' émigré xcr- un

(1) Cf. Jousset, Ibid. — Vigouroiix, Les Livres .^ainls..., l. 1\'.

lieu ju'-tiiK'-là (l('-scrl. elle |t(>iin';i s'y (''l;il»lir cl v I'oiiikm- iiiic liiliii (IN ilis(''(*. |)()ui"vii (|ii(' le iiiilicn soil l'jnoralilc cl (inCllc liait poiiil aii|mi'avjtiil perdu loul ressort cractivité. (le sont les (lil'licullés de la ^ie nialérielle (ini sont les vrais fac- Icnrs de la sauvagerie. I^oic des ceutres civilisés, rejeté sur une terre iui^Tate, en lutte |)erp(''tuellc contre les climats extrcuies. toujours aux prises a\('c la l'aiin, unicpieuKMit ahsorlx' |)ar Ie< lu^soins matériels, l'homme le jiliis (''le\é >"aliiiitit prompt<Muciit sous le poids de fatigues excessives cl de continuelles privations. Là où le sol est l'erlile. comme dans le Soudan, les nègres sont agriculteurs et pasteurs, ont des demeures lix<>s: leur existence est simple, mais nullement sauvage. Au contraire, là où les milieux sont ingrats, les hommes sont chasseurs, sans domicile fixe, sans société polili(pie, sans autre religion ([ifun fétiidiisme grossier et souxcnl cruel. r(''duil<à riiidn>~t l'ie rudimentaire de la pici're laill(''(> ou poli(>.

On comprend sans peine (pielle di-gradation intellectuelle s'opère dans de telles conditions. Sans perdre l'intelligence. ni l'aptitude à rinstruclion. les sauvages redeviennent enfants, paresseux. ])leiiis d'horreur pour tout ce qui est etl'ort, di'pourvus de cette ingéniosit*' (|ui caractérise les races civilis(''es. Feut-ètre coni|)rend-on moins cpu" la d(''gradat ion atteigne cl déligure le tv|)e physi(pn* lui-même. Il en est pouitant ainsi. L'âme cl le corps sont dans tin rapport de d(''pendance troj» ('-troit poiu' (pie la d<''(di(''ance de I une n entraîne |)as la déchéance de l'autre.

Les forces musculaires décroissent jxmi à jteu. Ainsi d(> (Juatrefages (J/onimes fossiles et hommes saurat/es, p. .')'2i")) cite les r(''sultats des recherches de Pérou à ce su jet. l'Aaluant en kilogi'ammes la force des hras. IN'-ron a t i'oun ('■ 7 1 . 1 pour I Anglais, (V.), '2 pour le l'^rancais. tandis (pi'il n'a Iroinc'' <pie r)(S.7 pour le Tinioricn. .")I.S. |)()iir rAiistralien et .^O.C) pour le rasmaiiien. La même diirérence existe pour la puissance des reins, Cependant de Ouairefages nous avertit cpTil ur faut « pas trop g<'"n(''raliser la conclusion »: car certains sauvages

habiliiés ;'i la Inllc stii'|)a>^onl [larfois les lilancs en l'oroo physique.

La morlalitr s acci'oîL (le serait la long-é\ilé (jiii siir])i'en- (Irail chez le sauvage : lirrég-uiarilé de son régime, ianialproprel('' dans laquelle il vil, le (UMaul de soins en cas de maladies. rinq)uissance à vaincre les épidémies, voilà ce (|iii décime sans cesse les races inférieures. La fécondilé ellemême ne peut manquer de se ressentir des rudes iravaux et des pi'ivalions que les femmes ont à sul)ir.

Sans (pi'on puisse formuler nue loi al)>-olnui(>ul giMK'rale. c'est du moins lui fait assez ordinaire que létal sauvage amène la diminulion du crAne, Tépaississemenl de ses parois. 1 exag'éralioii de lo-salure de la fae<'. de sorle (pu- le prognathisme et la dolichocéphalie s'accusent peu à peu. Par une étrange reversibililé d'influences, c'est le défaut de cullure qui produit la déformation de la tète, et, à son lour. la (h'-lorlualiou de la lèle rend la cnllnre plus difficile. C'est ce cpii me! le sauvage (\;\n^ un «'lai d'iniV'rioi'ih'' <pii ^■a s"acc(Miln;inl de Jour en jour.

111. Ce que devient l'homme sauvage. — Il est aisé, d'après (oui <-e (pii précède, de prévoii- cpiel sera le soii de l'Iionnue dégénéré. 1 " TanI qnil restera sousrenq)ire des dures condilions ([ui l'écrasent, il continuei-a de (h'choir, de s'affaiblir physi(juement et intellectiudlemenl : \i(lime de ses ennemis et des difficultés du milieu, sa race tiinra jiar s'éteindre. Mais, ?' (piil réussisse à se dégage!" des étreintes de la misère, (pu*, par lui-même ou par l'efTet d'une conq)assion très humaine, il soit placé dans des circonstances |>lus avantageuses, et il reuionlera la |)enli' descendue, il pourra s'ins|niire. cire ci\ilisé : c'est que. st)us les stigmates de la déchéance, l'humanité demeure entièi-e, toujours capable des plus étonnantes réactions. — Des deux hypothèses, laquelle se réalisera le plus souviMit:' La pi-eiuière assurément : car, commeni le -auvage aflaibli pourra-t-il s'implanter sur un -ol où l'èguenl des honunes plus forts (jue lui? (".onuneul. -iir la lerre ingrate où

il t'sl. (i aiilit'^ \;tiiHii^ moins loiiihés lu' Niciulraicnl-ils pas n Iciir Idiir lui (lispiilcr sa niisôrahlc uourrilure ? Conimonl ('s|K''rt'r ([lie les iialioiis civilisées, (iiii clKn'clicnl à Ncrscr leur li()|) j)l('in au dehors. t)uvi'enl jamais leur sein aux peuples inlorlunt'sde la harhaiûe? La pliilaulliropiene\ a pas juscpi'àcepoinl, Les l'ails sonl-ils daccord avec ces prévisions':'' L'Iiisloire liien ibuillée nous ré\élei"ail la cliide cl la dispal'ilion de bien des peuples. Pour demeuicr dans le sujel pn'cis (pii nous occupe, nous cilerons des tribus vraimenl sauvages qui onl disparu ou (pii sont en voie de disparaîlre. La race lasmanienne a perdu son dernier re|)résenlanl en 1877 : une nîorlalilé énorme, une 1res lailde nalalilé. la difficidlé des condilions. et aussi la cruauh' des colons, loul a concouru à son exlinclion. Il ne resie plus (ju'un petil nombre de représenlanls des Iroquois, des Esqnimanx : les sauvages des Etats-l nis diminuent chaque jour; en prévision de leur lin prochaine, el jtour conserver les restes de leui's dialectes, on a recueilli les sons de leur voix [)our les éltules de la linonistique lui lire. Les Ausiraliens. encore amoindris depuis (pi'ils ont connu l'alcool el la corruption des Lurop(''ens. ne survivroni (pie peu d'années à Tinvasion étrangère. On pcMil aussi prévoir la lin des l)OS(diimans et de bien des races alVicaines : car les Européens, en |)r(Miant possession de rAI'ricpie. supplanteront et ne i-elèveront point les tribus qui rhabitenl.

One les sauvages soient encore aptes à l'cmonter vers un ('•lai meilleur, c'est ce que riiisloiiv^ ne permet pas de melire en doute. Assurément nous ne voyons j)as (pie des tribus barbares, restant chez elles, soient jamais devenues civilisées. Mais sorties de leur milieu, ou aililiciellement placées dans <\('< conditions avantageuses, elles onl pu progresser. Aux Philippines, h-s Espagnols ont relevé le niveau des Négritos. Sur la c(')te occidentale de la Nouvelle-Zélande, les IUmumMcliiis onl monlr('' de (pielle éducation (''taieul encore suscej»lildes les .Vustraliens (1). Oui ne comiaît les merxcilles o|)('rées.

(1) Df .loussel, Évolution, p. 201.

jiar les ^•oills des Maristcs. dans \\\c de \\ allis (Ocranio). où l'éducation bien condnilc a rciidn des sauvages dignes d'rlic élevés à la dignili' du sacerdoce callioliciiie ".' Au resie, personne ne conlesie pins ([ue les san\a{^es ne soient, eivilisal>les. Quand ils sont descendus très bas, pcul-èlre une influence étrangère est-elle nécessaire, non seulement pour créer un bon milieu, mais encore pour triompher de leur apathie.

L'exemple des Tinneh. que nous empruntons à M. de Nadaillac (1). montre à quel point le changement des conditions |)eut provoipier dans les sauvages la inarclie \(ts le progrès. Ainsi des rameaux sortis des Tinneh sont descendus vers lAméricpie du Sud : leurs traces se retrouvent à travers la Caliroinie. l'Orégon, la Colombie anglaise. En (lalirornie. ils constituèrent, sous le nom de llu|)a. une belle et forte race, remarquable par la domination quelle excr(;a sur les tribus établies auparavant dans le pays. Des Hupa soiliicul les Navajos qui gagnèrent l'Arizona et le Nouveau-Mc\i(|U(' : c'esl là que, en 1541, les Espagnols les rencontrèrenl. cullivant le sol avec art. habitant des maisons commodes, fabriquant deobjels en argent repoussé. Les chants religieux cl les légendedes Navajos témoignent en faveur d(^ leur intiHligence, leur respect pour les fennne^ en faveur de leui- élévation morale.

(JiONCLUSlO»

Si nous faisons appel aux seules données de la science positive, sans tenir compte présentement de la Révélation, nous sommes en mesure desquisser à grands traits l'histoire de l'espèce humaine.

1" A une épo({U(^ assez reculée, don! la science ne peut fixer la date, mais qui paraît être en deçà de dix-huil à vingl mille ans, apparut sur la terre le premier rBuple humain.

I) De Nadaillac, Le yroblèmede la vie, p. 27fi.

l'orint'' l'I (l(''l<'niiiiu'' dans sa iialiirc par iiiu' |>iiissatic(' su|>»''riciirc. iiil('llii;-.'i)lr ot personnelle, (|iie nous appelons Dieu. "2" Le premier homme, dont nons ne pouvons tracer le |)orlrait pliysi<pie (pie dune l'aeon iiénérale, «'-tait doué dune intelligence vraiment spirituelle et d'une volonté libre, (lapa- Me d arriver à la connaissance de son ànic cl de son Auteur, il dut, par !(> l'ail, counaiire ses devoirs envers lui-mènu^ et envei-s Dieu, cl a\oir le senliinent de sa responsabilité morale.

'A" \ons ne Nouions pas dire ipie sa science l'ùl dével()|)pée, (piil sût tous les secrets de la natui'e, ([u'il l'ùl (\c< le début capable d'utiliser tontes les éneri>-ies physiques ([ne le monde lui prc'scnlail. (a'éé dans un élat simple, il élail destiné au ]»roi;rès. Et cesl précisément par son proi:;rès incessant dans toutes les branches de savoir et d'industrie (pu' respèce linmaine coniraste avec les es])èces animales cpii soid lii>(''es dans nne perpétuelle nnilbrmité. .\insi riiomme n"a pas évolué de l'état bestial à l'étal d'être animé par nu esprit : mais, doué de 1 esprit par sa création, ilmarclie.il évolue, si l'on veut, vers un élal loujours plus (Acxr de civilisation.

4" Celle ci\ilisation l'ut simple daltord. Placé dans un milieu a\antai>-enx, don! nous ne ponvons déterminer la ])lace i^-éoii;raplu(pn'. l'Iiomme \i\ail sans peine des l'ruils spoidanés de la terre. .V mesure ipn- respèce se multi|)lia, il l'allul ])!■<)vo(pier la terre par la culture à donner des moissons plus riches, ou chas>er plus acli\enienl les animau.x dont la chair était bonne. De là l'hounne lui amené à se l'aire des outils cl des armes. Il employa d'abord les élémenls bruts, connue la pierre (pTii avait autour de lui : puis il la l'aconna pour lui donner une l'orme |)lus utile. On ne saurai! dire au bout de (unnbien de lem[>s il eut la connais-ance de>^ métairx et découvrit leur malléabilitt''.

5" A jnesurc que les liouimes croissaieni au cenirc primilif cl développaient avec une jurande activité leur civilisation, des luttes ne pouvaient manquer de naître, causées par d'inévitables jalousies et surtout par les nécessités delà vie maté-

ricllc. L;i |K)|)iiIali()ii (Icvcinic Iro]) dciisc diil se dixi-cr. ( '.cilains iniiuNiiix dr l;i IVmiilIc lumuiiiu' allrrcnl rlicn-licr plii'loin la iioiiiril me cl la paix. l'Jiiporlaiil axcc r\\\ les sdiin t'iiii's d(? raniillc cl Tari *\t' l'aliiKiiicr des inslruiiiciil^. iU cummcii cèfcnl à pcupici' le j^lolx'. Tandis ([n'aii cciilrc la cix ilisal ion conliniiail à progresser, les caraxaiics cnaiilc'- dans les eon Irécs inenlles snhissaieni lonles les injni'cs des clinials cl loiiles les consétpiences dune \ ie mal assuri'c. Parmi ces émigrés, les uns troiivèi-cnl des milieux riches eu ressources el pureul progresser, lesaulrcs turcul i'er()id(''s sur <\r< Icrres iugrales où ils durent sultir une vraie; dégradalion.

( ".e lableau, si eonCormc aux données de llii^loirc ci des sciences jiréliisloriepu's, nous parai! I)ien liainioni^ci' deux liail^ (pTon donne Irop souNcni comme coniradicloires : 1 idenlilé de la ualure humaine à Iraxcrs les siècles cl sa marche incessante vers le |)rogrès.

Ici ponnaii conunencer IfeuNi'c du I héologien. (pii. aux lumicrc's de la science, ajoute <'elles de la l{é\élatiou. Sur i)ien des [)oinls où la science j)urenu'id hiunaine liésili'. la théologie présente des solutions assure'cs : en ce <pn loiiclie aux |)lus gravies udérèls de I humanili'-. ("Ile non< donne dc-connaissances que noli'c science l»orn(''e n aiuail a^'-nr(''nicnl ])as découvertes. Mais il nCidre |»as dan< noire plan de l'airece lra\ail. ("(jn(duons seulenu'id. cl c'est ntdi'c deniici' mol. (pU" I homme primitif, tel ((ue la science hien condnile le prc'-seide à la toi, est a|>te à recevoir toutes le^ connnunii'al ions d'ordi'c siM'nalui'cl, \éril:'' ou grâce, doid il plaii-a à la niuniliceni'c di\ ini' de l'eni'Kdiir.

Bibliographie. — De Qu.vntEb'AGis : L'espèce humaine, Paris, Alcan ; Inlroduction à l'étude des races humaines. Paris, 1889, Henmiyor; Hommes fossiles et hommes sauvages. Paris, 1884, J,-B. Ijailliôre. — ])c: N.VDAiLL.v(: ; Le problème de la vie. l'aiis, 1893, Masson ; [)resque tous les travaux du niùrae savant portent sur l'anlliiopologie préliisloriqui!, et nou-î y trouvons licureuseinent unies la rectitude de la pensée et la valeur du snvo r. — Jmussf.t : Evolution et transformisme. Paris,

1889, J.-l>. Haillière. — Abbé H.vmaud : L'âge de la pierre cl Vhoinine primitif. Paris, 1883, Halon. — Vigoup.oux : Les livres saints et la critique rationaliste, t. iv. Paris, 1891, Roger. — Joly : Uhomme avant les métaux. Paris, 1891, Alcan. — LuBnocK : L'homme préhistorique. Paris, 1880, Alcan. — Cartailii.vc : La France préhistorique. Paris, 1889, Alcan. — Dictionnaire diS i^ciences anthropologiques. Paris, Douin. — Vern'eau : Les races humaines. Paris, J.-B. Baillière. — Staucke : La famille primitive. Paris, 1891, Alcan. — De Mortillf.t : Le Préhistorique; Formation de la nation française. Paris, Alcan, 1897. — Hamy : Précis de paléoîitologie humaine. Paris, 1870. — Trois périodiques surtout sont à consulter : Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme, l'anthropologie, Revue mensuelle de l'école d'anthropologie. — Bkh- TRANQ : La Gaule avant les métaux.

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