RÉSUMÉ GÉNÉRAL ET CONCLUSIONS
H importe maintenant de réunir dans un tableau d'ensemble les résultats les plus certains de nos recherches, pour arriver, si possible, à nous faire une idée, sinon complète, du moins vraie, de l'existence des Àryas primitifs. Ce tableau, comme de raison, ne peut être qu'esquissé à grands traits, car les détails qui l'achèveraient font trop souvent défaut, et on doit se défendre de vouloir y suppléer par des fictions imaginaires. Les lignes principales se détacheront, je crois, avec une netteté suffisante, mais le coloris qui leur donnerait le mouvement et la vie laissera beaucoup à désirer.
Si l'on veut bien se rappeler les conclusions de notre première partie, on verra que les anciens Aryas devaient occuper une assez vaste région dont la Bactriane formait le centre, sans qu'il soit possible d'en déterminer les limites d'une manière précise. C'est là que, divisés sans doute en tribus plus ou moins indépendantes, distinctes déjà jusqu'à un certain point par le genre de vie et les premières modifications de leur langue primitive, mais liées entre elles par les souvenirs d'une commune origine, ils préludaient aux migrations qui les ont dispersés au loin. H faut bien admettre, dès lors, qu'ils
avaient derrière eux un passé déjà considérable, des siècles sans doute de développement graduel, à partir du moment où ils ne formaient encore que le premier noyau de leur race. C'est dans cette période doublement préhistorique qu'ils ont achevé la structure de leur admirable langue, pris possession, en s'étendant de proche en proche, des régions avoisinantes, accompli les premiers progrès d'une civilisation matérielle et sociale, et formé un chiffre de population qui peut seul expliquer la force expansive de leur dissémination ultérieure.
Si nous connaissions la langue des Aryas telle qu'elle existait vers le moment de leur dispersion finale, et sans doute déjà divisée en dialectes, nous pourrions y retrouver avec beaucoup de sûreté l'histoire de leur développement antérieur dans ses phases successives. On sait assez qu'il n'en est point ainsi. Les débris de cette langue ne nous sont plus accessibles d'une manière immédiate, et ne se révèlent qu'à l'aide des procédés de la philologie comparée. Les mots anciens, ainsi restitués par approximation, peuvent se comparer, toute réserve faite, à autant de cailloux roulés, détachés de formations différentes et incrustés, en quelque sorte, dans les nouveaux milieux qui les relient. H devient dès lors très-difficile, sinon toujours impossible, de distinguer leur âge relatif et d'en tirer des inductions sur l'histoire primitive des Aryas primitifs. Une seule distinction peut s'établir avec quelque sûreté entre les termes qui appartiennent en propre, d'une part aux langues européennes, et de l'autre aux Aryas de l'Orient, et ceux qui sont communs à ces deux grandes subdivisions de la race. Ceux-ci nous reportent évidemment aux temps les plus reculés, alors que l'unité était encore complète, tandis que ceux-là, quand il n'y a pas eu transmission de peuple à peuple, conduisent logiquement à admettre une première
séparation en deux groupes avant la dispersion définitive. C'est là une distinction qu'il ne faut jamais perdre de vue pour les conclusions à tirer des analogies observées, et sur laquelle nous avons insisté plus d'une fois. Le tableau général que nous allons chercher à retracer se rapportera dans son ensemble à l'époque antérieure à toute division partielle, quitte à signaler, chemin faisant, les indices d'une première bipartition.
Quant au genre de vie d'abord, tout tend à montrer que les anciens Aryas ont été essentiellement un peuple de pasteurs ; non pas à la façon des nomades, mais avec deg demeures plus fixes, teDes que les réclamait la nature d'un pays accidenté, divisé par des montagnes et des vallées, des cours d'eau et des forêts. En fait d'animaux domestiques, ils possédaient le bœuf, le cheval, le mouton, la chèvre, lo cochon, sans parler du chien et des oiseaux de basse-cour (Cf. t. I, p. 407 et suiv.); mais c'est le bœuf qui constituait leur principale et plus ancienne richesse. Des troupeaux de vaches paissaient sur les pentes herbeuses de leurs montagnes, et dans les vallées fertiles. Le pays était divisé en pâturages, propriété d'autant de communautés composées de plusieurs familles, et unies par leurs intérêts, aussi bien que par les liens du sang. Chaque pâturage avait sa station de vaches, point de réunion des troupeaux et des pâtres. C'est là que se trouvaient les étables et les enclos pour la protection du bétail; c'est là que l'on trayait les vaches, et que l'on faisait subir au laitage ses diverses préparations. C'est là que, dans les simples habitations des pasteurs, s'exerçait l'hospitalité et que le chef de la station offrait une vache à l'hôte que l'on voulait honorer. L'office de traire les vaches était dévolu aux filles de chaque famille, ainsi sans doute que celui de soigner le lai-
tage, de baratter le beurre et, avec l'aide des jeunes garçons, de maintenir la propreté de la maison et de l'étable : le tout sous la direction de la mère de famille, tandis que le père et les fils adultes vaquaient à la conduite du bétail sur le pâturage. Le laitage et la chair des troupeaux formaient, avec les produits de la chasse, la principale source d'alimentation. Telle est l'idée que l'on peut se faire, sans aucune hypothèse gratuite, du genre de vie des Aryas à l'époque la plus ancienne.
Cet état de choses, d'une simplicité primitive, a pu se maintenir pendant assez longtemps, et la vie pastorale, restée prédominante chez les tribus des montagnes, a continué partout à tenir une place importante. On le voit par les associations d'idées de plus d'un genre dont les traces sont restées dans les langues à partir des temps les plus reculés. C'est à la vache qu'étaient empruntés plusieurs noms de plantes et d'oiseaux, ainsi que des mesures de diverses espèces. Les principaux moments du jour se désignaient par ceux de la sortie et de la rentrée des troupeaux. La possession des vaches constituait la richesse et le bien-ôtre, et le désir de cette possession était un mobile ordinaire d'expéditions guerrières. Le don d'une vache était une marque d'honneur réservée pour certaines occasions, comme l'arrivée d'un hôte et la célébration d'un mariage ; et, quand la mort venait atteindre un des membres de la famille, c'était encore la vache qu'on lui donnait pour compagne et pour guide dans l'autre monde, en la sacrifiant sur son bûcher. Enfin, l'imagination naïve des pâtres découvrait partout, et jusque dans les grands phénomènes de la nature, des ressemblances avec l'animal précieux. Les nuages devenaient pour eux des vaches célestes dont le lait nourrissait la terre; la terre elle-même était une vache d'abon-
dance, et, dans les astres du firmament, ils voyaient un troupeau lumineux, avec le soleil pour taureau. Ces traits divers n'appartiennent peut-être pas tous à l'époque la plus ancienne, mais tous se retrouvent, avec des analogies très-caractéristiques, chez plusieurs des peuples descendus de la race primitive.
La vie pastorale ne peut se maintenir exclusivement que dans un pays peu peuplé, car il faut aux pâtres beaucoup d'espace pour leurs troupeaux. Du moment que la population augmente, il devient nécessaire de pourvoir à l'alimentation par d'autres ressources que les produits du bétail et ceux de la chasse. De là l'introduction de l'agriculture, qui a eu lieu sans doute de très-bonne heure, et qui a pris toujours plus d'extension à mesure que la race des Aryas s'est répandue dans les vallées et dans les plaines. On peut reconnaître encore les traces de ces transitions par le fait que quelques noms du pâturage sont devenus ceux du champ cultivé. C'est ici surtout que se révèlent les indices d'une première division des Aryas en deux groupes distincts, l'un à l'Orient, resté plus fidèle dans ses montagnes aux mœurs pastorales, l'autre à l'Occident, voué davantage à la culture du sol, sans qu'il faille attribuer à ces différences une valeur trop absolue. On ne saurait douter que l'agriculture n'ait commencé déjà au temps de l'unité antérieure plus complète, puisque lès Aryas possédaient alors certainement l'orge, peut-être d'autres céréales, et sûrement plusieurs légumineuses (Cf. 1. 1, p. 322 et suiv.). A cette époque, la charrue avait déjà remplacé les premiers outils aratoires, le bœuf était soumis au joug, le char était inventé, et la préparation des céréales par la mouture en plein usage. Si, plus lard, des termes spéciaux ont prévalu chez les Aryas occidentaux pour le labour, les semailles, etc., s'ils ont
acquis quelques instruments de travail de plus, et quelques plantes cultivées nouvelles, cela ne prouve autre chose qu'un développement plus avancé de l'agriculture.
Pour arriver à fabriquer les instruments nécessaires au travail de la terre, à la moisson, à la préparation des grains, pour construire surtout des charrues et des chars, il fallait avoir fait quelques progrès dans l'industrie. Les besoins des peuples pasteurs sont simples et limités, mais ils s'accroissent rapidement avec les données plus complexes du régime agricole, et des développements sociaux dont il est le principe. Le pâtre se suffit à lui-même pour se procurer les premières nécessités de la vie, la nourriture, le vêtement, l'habitation peu fixe encore; mais avec l'agriculture commence forcément la division du travail, condition essentielle de tout progrès, et les métiers prennent naissance. Ce qu'était l'industrie au temps de la vie pastorale, on ne peut que le conjecturer, mais il est possible de se faire une idée assez complète de son développement avant toute séparation partielle des Aryas.
Le travail des bois, d'abord, était en pleine activité, et le charpentier armé du couteau, de la hache, de la tarière, du marteau, peut-être aussi de la scie, taillait, façonnait, construisait les charrues, les chars, les bateaux, les maisons et les meubles. Mais il ne faisait pas lui-même ses outils, qui lui étaient fournis par le forgeron, déjà, et non moins activement, à l'œuvre. Ces outils étaient-ils en fer ou en bronze, après avoir commencé peut-être par être en pierre? C'est ce qui ne saurait être décidé avec une entière certitude.
Nous avons vu, en effet, que les anciens Aryas connaissaient sûrement plusieurs métaux, l'or, l'argent, le cuivre, l'étain, et très-probablement le fer, dont le nom principal, cependant, se confond avec celui du bronze. La possession du
fer n'implique pas par elle-même une industrie bien avancée, puisque l'on sait que plusieurs tribus africaines encore l.«trbares savent l'obtenir et le travailler par des procédés fort simples. D'un autre côté, plusieurs peuples parvenus à une civilisation matérielle très-supérieure, comme les anciens Egyptiens, les Mexicains, les Péruviens, ont ignoré l'usage du fer, et accompli de grands travaux avec le seul secours du cuivre et du bronze durcis par Técrouissage et la trempe. La question n'a donc pas d'importance réelle pour apprécier l'état de l'industrie chez les Aryas primitifs. Ce qui est certain, c'est que leurs outils taillants devaient avoir les qualités nécessaires à leur emploi, et qu'une métallurgie suffisamment avancée les leur fournissait tels. Le forgeron, à l'aide d\ni petit nombre d'instruments, le marteau, la tenaille, l'enclume en pierre, le soufflet, peut-être la lime, fabriquait les couteaux, les haches, les houes, les socs de charrue, ainsi que les armes pour la chasse et la guerre. Les métaux précieux ne ^employaient sans doute que pour quelques ornements portatifs.
L'art du filage et du tissage avait sûrement acquis on certain degré de perfection. H est probable qu'on y mettait en œuvre, à côté de la laine, "les fibres de quelques plante* textiles, et en particulier du chanvre, bien que sa culture, comme celle du lin, n'ait été pratiquée peut-être que par les Aryas occidentaux. Aux temps les plus anciens déjà, on possédait des cordes, du fil, des tissus, et on savait coudre ces derniers au moyen de l'aiguille. La disposition du métier à tisser reste inconnue ; mais il paraît avoir été vertical, et le travail se taisait à la main.
H est évident aussi, par la riche nomenclature ancienne des vases de plusieurs espèces, que l'art du potier, partout, d'ailleurs, un des plus primitifs, devait s'exercer avec ^xten-
sion, bien que les termes qui s'y rapportent ne se soient pas conservés.
Cet aperçu fort imparfait, à coup sûr, de l'ancienne industrie se complète quelque peu par ce que nous pouvons savoir encore d'un certain nombre de ses produits, comme les habitations, les meubles et ustensiles domestiques, les aliments et boissons, les vêtements, les armes, les bateaux, etc.
U y avait sans doute des constructions de divers genres, en terre, en bois, en briques, en pierre, depuis la simple hutte du pâtre jusqu'à la demeure des chefs, sans qu'il sçit possible de les classer suivant leur espèce. Ce dont on peut être sûr, c'est que la maison ordinaire était fort supérieure à la case africaine ou au wigwam américain. Nous ignorons le mode usité pour construire les murs, dont les matériaux ont pu varier; mais nous savons que les maisons étaient bien couvertes, munies de portes et de fenêtres, et divisées à l'intérieur d'une manière convenable pour les exigences de la simple vie de famille. Il y avait une cuisine avec son foyer, munie des ustensiles nécessaires à la cuisson^ de vases pour les liquides, de récipients pour les solides. Il y avait, outre cela, une ou plusieurs chambres à coucher, garnies de lits et de sièges, probablement aussi quoique réduit pour conserver les provisions. L'a table ne manquait sûrement pas au mobilier, non plus que le balai pour maintenir la propreté, et la lampe pour les longues veillées de l'hiver. Au dehors de la maison s'étendait la cour, où se trouvaient sans doute l'étable, la grange pour serrer les récoltes et les outils aratoires, le puits ou la fontaine pour abreuver le bétail : tout cela, bien entendu, à l'époque des établissements fixes et de la pratique de l'agriculture.
Voilà ce que devait être à peu près la demeure isolée d'un chef de famille dans l'aisance, possesseur à la fois d'un champ
et d'un troupeau; mais, au temps de l'unité déjà, les habitations n'étaient plus toujours disséminées. H existait certainement des centres de population, des villages, des bourgades, et peut-être même des villes protégées par des enceintes, et auxquelles aboutissaient des routes carrossables.
Quant au costume des anciens Aryas, il est difficile de l'indiquer autrement que d'une manière très-générale. Il devait naturellement varier suivant les conditions, les saisons, les localités et les sexes. Tout ce qu'on peut en dire, c'est qu'il se composait d'un vêtement pour le corps, tunique ou manteau, simple ou double, d'une chaussure analogue à nos souliers ou nos bottes, et d'un couvre-chef quelconque. Des anneaux, des bracelets, des colliers se portaient en guise d'ornements.
L'alimentation, limitée d'abord aux produits des troupeaux et de la chasse, ainsi qu'aux fruits et racines de quelques plantes spontanées, s'était enrichie par les conquêtes de l'agriculture. Diverses préparations de céréales, plusieurs légumes, peut-être quelques arbres à fruit cultivés, fournissaient, avec les viandes bouillies ou rôties, le beurre et le laitage, les éléments principaux d'une cuisine variée et substantielle. H est certain que le bouillon et la soupe figuraient sur la table des anciens Aryas. En fait de boissons fennentées, ils connaissaient l'hydromel, très-probablement le vin, peut-être la bière, et ils n'en usaient pas toujours avec la modération convenable.
Les armes pour la chasse et la guerre étaient celles que l'on retrouve chez tous les anciens peuples, la lance, le javelot, l'arc et les flèches, l'épée, la massue, sans doute aussi la hache de combat, et peut-être la fronde. Le bouclier servait de défense, mais rien n'indique que le casque et l'armure fussent
déjà en usage. Les données manquent aussi pour apprécier les qualités de ces armes et savoir jusqu'à quel point le bronze ou le fer y entraient comme matières. Ce dont on ne saurait douter, c'est que l'art de la guerre n'eût atteint un certain développement, à en juger par les termes nombreux qui s'y rapportaient. On combattait de plusieurs manières, à pied, à cheval, et sans doute aussi sur des chars. Le son des conques et des trompettes enflammait l'ardeur des guerriers, excités d'ailleurs par l'espoir du butin et le mobile plus noble de la gloire militaire. Les ruses de guerre concouraient au succès avec la vaillance, et l'espion jouait son rôle dans la conduite des opérations. Ces dernières ne se bornaient pas à des expéditions en rase campagne, mais s'étendaient, selon toute probabilité, à l'attaque et à la défense des positions fortifiées.
L'art de la navigation était resté dans l'enfance, faute d'un théâtre pour se développer. Le bateau à rames existait seul sûr les fleuves du pays, et, si les Aryas occidentaux se sont avancés jusqu'à la mer Caspienne, rien ne porte à croire qu'ils se soient aventurés loin de ses bords.
Cette esquisse de la vie matérielle chez les anciens Aryas n'offre rien qui les place au-dessus de la plupart des autres races d'hommes, et ressemble fort à ce qu'elle serait pour bien des peuples restés dans la barbarie. C'est en considérant leur état social, ce que l'on peut entrevoir encore de leurs coutumes, ainsi que leur développement intellectuel, moral et religieux, que nous pourrons mieux juger des aptitudes et des qualités distinctives de cette grande race.
La famille d'abord, cette base naturelle des sociétés humaines, s'était constituée, dès les temps les plus reculés, d'une manière saine et forte. Son unité et son maintien étaient assurés par l'institution du mariage, et les cérémonies qui en
accompagnaient la célébration prouvent l'importance que l'on y attachait. Le lien conjugal était celui d'un amour mutuel et d'un respect réciproque. L'époux était le maître et le soutien de la femme, la femme la maîtresse aimée du mari. Le père devenait le protecteur des enfants, qu'il appelait sa joie et les continuateurs de sa race. La sœur était pour le frère une compagne confiée à ses soins. Dans l'oncle et la tante on voyait comme de seconds parents, dans le neveu et la nièce comme d'autres enfants. Quand le fils, parvenu à l'âge d'homme, contractait mariage, il devenait, en qualité de gendre, le propagateur de la race ; la bru entrait dans la famille comme une nouvelle fille, et les jeunes époux donnaient réciproquement à leurs parents un nom qui impliquait la considération. Les beauxfrères et les belles-sœurs devenaient les uns pour les autres des compagnons et des amis. Ainsi, tous les rapports mutuels des divers membres de la famille, exprimés par des appellatifs d'une signification encore reconnaissable, étaient fondés sur des sentiments d'affection et de respect, ce qui donne une heureuse idée du naturel des Aryas primitifs.
A la famille ainsi constituée s'adjoignaient encore des serviteurs à gages, mais aussi des esclaves réduits en captivité par la guerre, comme chez la plupart des anciens peuples.
En s'étendant de proche en proche, distinguées par des noms patronymiques, les familles arrivaient à former des communautés plus ou moins nombreuses, et liées par des intérêts qu'il importait de concilier et de sauvegarder. De là les premiers pas vers une organisation sociale basée sur le principe représentatif, le seul qui garantisse les droits de tous vis-à-vis des pouvoirs délégués en vue du maintien de l'ordre. Nous avons vu comment on peut suivre encore les développements successifs de cette organisation, en passant de la famille
au clan, du clan à la tribu, de la tribu au peuple, avec des pouvoirs directeurs de plus en plus élevés, depuis le chef de cïnn jusqu'au roi. H est probable, d'après cela, que le principe représentatif a prévalu à tous les degrés de cette hiérarchie sociale, et le roi lui-même paraît avoir été soumis à l'élection. Toutefois, il est fort douteux, comme nous l'avons dit, que les microns Aryas se soient constitués en monarchie, et ils n'auront jamais formé qu'une confédération de tribus plus ou moins indépendantes. Ne voit-on pas, dans ce développement naturel des institutions, les germes de cet esprit de liberté, de cette entente de la vie politique, qui, étouffés quelquefois, mais toujours prêts à- reprendre leur essor, se sont maintenus presque exclusivement chez des peuples de race arienne ?
Pans un ordre de choses aussi bien établi, les droits de la propriété devaient être pleinement reconnus et assurés. On le voit, en effet, par l'abondance des termes qui en exprimaient la notion générale, ou relatifs aux transactions qui la concerna i^n t. On distinguait déjà les biens mobiliers des immeubles; Iôfi propriétés territoriales étaient fixées par des limites ; le droit de possession se transmettait par héritage, par échange, vente et achat, sous forme de donation ou de salaire ; on percevait des impôts et des taxes ; on empruntait et on prêtait. lm contrats étaient soumis à de certaines formalités pour en apurer l'exécution. L'usage de la monnaie ne paraît pas avoir et*; connu, et les transactions s'opéraient par voie d'échanges, où le bétail figurait sans doute en .première ligne. Il est à croire que ces transactions ne s'étendaient guère au delà du pays, et que le commerce étranger était à peu près nul.
Sur la législation des anciens Aryas, nous ne pouvons avoir que des données très-générales. Us avaient certainement, du droit et de la justice, le sentiment vif et profond qui résulte
de la liberté. Ils reconnaissaient dans la loi proclamée un principe permanent de protection pour tous, dont les transgressions devaient être réprimées. Le meurtre, le vol, la fraude entraînaient la peine de mort, la prison ou l'amende. L y avait sans doute des pouvoirs chargés de rendre la justice, et les termes relatifs à l'accusation, aux témoins, au serment, font présumer l'existence d'un mode de procédure juridique. Dans certains cas difficiles et douteux, on avait recours à l'ordalie ou jugement de Dieu, resté en usage chez plusieurs peuples de la famille arienne.
On peut être sûr qu'une race jeune, intelligente et forte, comme l'étaient les anciens Aryas, savait mêler au sérieux de la vie, des jeux et récréations de divers genres; mais ici surtout les détails nous font défaut. En fait de jeux proprement dits, ils peuvent avoir connu les dés, la balle à jouer et la poupée pour les enfants , mais ils cultivaient certainement la danse, le chant, la musique et la poésie. Les sons du chalumeau, de la flûte et de quelque instrument à cordes égayaient leurs fêtes, comme ceux de la conque et de la trompette les animaient au combat. Ils avaient, sans aucun doute, des chants populaires d'un caractère simple, comme aussi des chants traditionnels d'un ordre plus élevé, et des hymnes en l'honneur de leurs dieux. On peut même, avec beaucoup de probabilité, leur attribuer une poésie déjà très-développée dans ses formes, et à laquelle leur langue magnifique devait prêter des ressources d'une grande richesse. Les hymnes antiques du Bigvéda se rapprochent sans doute le plus de ce que devait être cette poésie primitive. Le génie poétique, d'ailleurs, a toujours été un des traits distinctifs de notre race, et ses plus anciennes créations, dans l'Inde et la Grèce, en dépit de différences considérables, semblent inspirées par une même m 94
muse, surtout si on les compare avec les productions du génie sémitique.
I/étude des usages et coutumes, au temps de l'unité, laisse encore beaucoup à désirer, et le secours des langues ne nous fournit ici que de rares indications. Nous avons pu signaler quelques traits caractéristiques qui se rapportent à l'exercice de l'hospitalité, aux idées associées à la droite et à la gauche, à la coutume remarquable du triple tour, dans l'une ou l'autre direction, en signe d'honneur ou le contraire, aux cérémonies des noces et des funérailles; mais il faut joindre ici la comparaison des faits à celle des termes pour arriver à des résultats concluants, et c'est là la voie qui reste ouverte pour pénétrer plus avant dans l'ancienne vie des Aryas. Une connaissance plus complète des Gfhyasûtras, ou rites domestiques de l'Inde védique, sera sans doute féconde en renseignements nouveaux. On peut en juger déjà par les détails précieux qu'ils nous donnent sur les noces et les funérailles, et qui nous révèlent de frappantes analogies avec les coutumes européennes. Je n'ai pu toucher qu'en passant à ce qui concerne les cérémonies du mariage, mais, pour les funérailles, j'ai pu être plus explicite, Je renvoie pour les développements à l'article qui les concerne, et par lequel on voit que les anciens Aryas brûlaient les morts sur des bûchers, avec les effets qui leur avaient appartenu, et en sacrifiant une vache destinée à les accompagner dans l'autre monde. Je remarquerai seulement à quel point ces usages, et les idées qui les motivaient, nous éclairent sur le fait d'une ferme croyance à l'immortalité de l'âme, et à une vie future plus heureuse pour ceux qui l'avaient méritée. Cotte croyance, qui se retrouve plus ou moins développée chez tous les peuples ariens, constitue bien, dans sa généralité, un trait distinctif de leur race ; car, si on ne peut la dénier
tout à fait aux Hébreux, il y a lieu cependant de s'étonner qu'elle tienne si peu de place dans l'Ancien Testament.
Notre dernier livre a été consacré aux observations relatives à la vie intellectuelle et morale, ainsi qu'à la religion. Les rares données qui nous laissent entrevoir ce que les anciens Àryas pouvaient posséder en fait de connaissances positives, seraient fort insuffisantes pour nous fournir la mesure des aptitudes de leur esprit, si les langues ne nous venaient en aide à cet égard. J'ai tenté, par leur secours, d'esquisser comme une psychologie primitive, en recherchant le sens originel des termes qui se rapportent à l'âme et à ses facultés, aux opérations de la pensée, et au sentiment du bien et du beau. Les résultats d'une pareille recherche ne peuvent être, comme de raison, que d'une nature très-générale , mais ils tendent du moins à montrer que les Aryas distinguaient 'avec netteté, et saisissaient d'une vue immédiate, les principes de l'esprit et de son activité. L'âme n'était pas simplement pour eux le souffle vital, mais bien l'élément pensant, et la pensée constituait à leurs yeux le caractère essentiel de l'homme. Pour la connaissance, la volonté, la mémoire, ils avaient des termes éloignés de toute signification matérielle, ou qui du moins l'avaient pçrdne si elle existait antérieurement. Ils offrent l'exemple, unique peut-être dans les langues, d'une distinction assez subtile entre l'élément purement abstrait, et l'existence concrète et réelle. Ici encore, on découvre les germes de cette vigueur de la pensée qui a fait des peuples ariens les créateurs de la philosophie, à l'exclusion, on peut le dire, de presque tous les autres. La libre recherche de la vérité a toujours été une de leurs tendances prédominantes.
Au point de vue moral et esthétique , les résultats sont moins concluants. On voit seulement qu'ils considéraient le
mal comme une souillure, et on peut présumer qu'ils avaient du beau un sentiment très-vif.
Il n'est guère possible de déterminer ce qu'ils avaient acquis en fait de connaissances réelles. Ils possédaient, comme beaucoup d'autres peuples, un système de numération décimale, dérivé évidemment de la méthode de compter sur les doigts. La simple observation du mouvement du soleil les avait conduits à fixer la durée de l'année à 360 jours, ce qui était un progrès sur l'année purement lunaire. Us avaient donné à la Grande Ourse le nom qu'elle a conservé, ce qui peut faire croire à d'autres dénominations pour les astres les plus brillants, mais rien ne prouve qu'ils aient distingué les planètes des étoiles fixes. Leur astronomie, d'ailleurs, était sans doute plein© de superstitions. Us voyaient probablement, dans les éclipses, un combat du soleil contre une puissance ennemie, et, dans la voie lactée, le chemin que suivaient les âmes pour monter au ciel.
Il est difficile qu'un peuple qui s'était développé régulièrement {tendant plusieurs siècles, sans perturbations venues du dehors, ainsi que le prouve la parfaite homogénéité de sa langue^ n'ait pas eu des traditions historiques ou mythiques sur son passé. Une seule toutefois, celle du déluge, peut être attribuée avec sûreté aux anciens Aryas, sans qu'il soit possible d'en retrouver la forme primitive autrement que par la comparaison des traditions plus récentes. Les traits essentiels de celles-ci s'accordent, soit entre eux, soit avec le récit de la Genèse, et nous reportent ainsi jusqu'aux communes origines des Àryas et des Sémites. Le nom de l'homme sauvé des eaux était celui de l'homme même en général, et il n'est pas impossible que celui de Japhet n'ait appartenu à l'ancienne langue arienne, où il aurait désigné le chef de la race.
Comme tous les peuples encore peu éclairés, les anciens Aryas avaient des superstitions de divers genres. Ils croyaient aux esprits et à la magie, probablement aussi aux présages, aux sorts et au mauvais œil, comme la plupart de leurs descendants. Leur médecine ne consistait essentiellement qu'en conjurations contre les maladies, bien qu'ils aient pu connaître quelques remèdes plus réellement efficaces.
Quant à leur religion, nous sommes heureusement mieux renseignés qu'à bien d'autres égards, vu l'abondance des points de comparaison. Il est évident que, vers les derniers temps de l'unité, cette religion consistait en un polythéisme déjà trèsdéveloppé, quoique plus simple, dans son ensemble, que ceux qui en sont sortis comme d'une source commune. Leurs dieux n'étaient en fait que des personnifications de la nature dans ses objets les plus grands et ses principaux phénomènes. Us adoraient le ciel, la terre, le soleil, l'aurore, le feu, les eaux, le vent, et cela sous des noms dont les significations sont encore parfaitement claires. Ils les invoquaient par la prière, et cherchaient à se les concilier par des oblations libatoires et des sacrifices. Rien n'indique toutefois l'existence d'un sacerdoce constitué, non plus que celle de temples et d'idoles consacrés au culte. Par contre, l'imagination poétique des Aryas avait déjà tiré de leur polythéisme une mythologie très-riche, dont les traits principaux se reconnaissent encore, et se dégageront sans doute plus complètement par suite des recherches comparatives entreprises sur les mythes.
J'ai cherché cependant à montrer, par l'examen des anciens noms de Dieu, que ce polythéisme ne peut guère avoir été la religion primitive des Aryas, que ceux-ci auront débuté par un monothéisme plus ou moins vague, et qu'ils en seront sortis par le besoin même de trouver des intermédiaires entre
l'homme et l'Être infini qu'ils n'étaient arrivés qu'à pressentir. J'ai montré également comment cette idée d'un Dieu unique, d'abord obscurcie, mais non complètement perdue, a reparu sous diverses formes chez les descendants des Aryas, jusqu'au moment où la plupart d'entre eux l'ont reçue dans toute sa pureté par l'avènement du christianisme.
Le tableau que nous venons d'esquisser de l'ancienne civilisation des Aryas n'offre rien en lui-même qui indique un développement bien remarquable dans aucune direction. H nous laisse l'idée d'un peuple heureusement doué à tous égards, à l'intelligence ouverte, à l'imagination vive, aux instincts généreux, aux mœurs simples et douces, mais sans aucun de ces achèvements grandioses qui ont illustré les races, k peu près contemporaines, de l'Egypte et de l'Assyrie. D semble difficile, à première vue, de retrouver dans ces modestes origines les indices des grandes destinées auxquelles étaient appelés les descendants de ce peuple primitif; et cependant un examen plus attentif conduit certainement à les reconnaître.
Nous sommes loin d'admettre que l'influence de la race soit toute puissante sur le développement des peuples, mais il faut, sans contredit, lui faire une assez large part. Cela n'implique, à nos yeux, aucune idée de fatalisme. Nous croyons bien à un développement comme organique de chacun des rameaux de la famille humaine, mais nous le rattachons à un plan providentiel dont l'ensemble nous échappe sans doute encore, mais qui se laisse entrevoir, et qui éclatera avec une évidence croissante à mesure que progressera l'humanité. Pour être moins constantes dans leurs effets que les lois de la nature, les lois du monde moral n'en sont pas moins toujours agissantes, et c'est par leur moyen que Dieu le gouverne au travers, en quelque
sorte, de la liberté humaine, et en laissant à celle-ci sa pleine activité. Ainsi, chaque race a son rôle et sa destinée qu'elle accomplit selon les voies providentielles, et cependant tous les individus qui la composent agissent librement dans la sphère où ils sont placés. Il en est de ceci à peu près, et toute réserve faite, comme des forces qui s'agitent en tous sens sur le globe terrestre sans apporter aucun trouble à son mouvement dans son orbite.
Comprendre le rôle assigné à chaque race dans le drame du monde, montrer de quelle manière elles s'en sont acquittées, ou s'en acquittent encore, telle serait la tâche d'une philosophie de l'histoire qui saurait dégager les lois permanentes de la multitude infinie des faits. Cette philosophie n'existe pas encore, mais elle est en voie de se faire, et elle se fera à mesure que nous connaîtrons mieux l'histoire de l'humanité dans son ensemble. Jusqu'à présent, on l'a beaucoup trop considérée sous un point de vue partiel, en la rattachant, à la manière de Bossuet, à un centre unique qui ne saurait être le véritable. Ce point de vue, assurément, ne manque ni de grandeur, ni de vérité relative; mais il est devenu insuffisant depuis que des horizons plus vastes se sont ouverts à nos regards. Nous ne pouvons plus, avec quelque apparence de justice, mettre d'un côté toute la lumière, et de l'autre rien que des ténèbres, comme si tous les hommes n'avaient pas toujours été les enfants d'un même Père céleste. Sans doute, les Hébreux, ces fidèles gardiens du pur monothéisme, ont eu dans le plan providentiel une part magnifique, mais qu'on se demande où en serait le monde s'ils étaient restés seuls à la tête de l'humanité. Le fait est que, tandis qu'ils conservaient religieusement le principe de vérité d'où devait jaillir un jour
une lumière supérieure, la Providence réservait déjà à une autre race d'hommes le rôle de continuateurs du progrès.
Or, cette race était celle des Aryas, douée dès le début des qualités mêmes qui manquaient aux Hébreux pour devenir les civilisateurs du monde, et nulle part l'évidence d'un plan providentiel n'éclate plus clairement que dans le parallélisme de ces deux courants juxtaposés , dont l'un devait recevoir et absorber l'autre. Le contraste entre les deux races est aussi tranché que possible. Aux Hébreux, l'autorité qui conserve, aux Àr vas la liberté qui développe ; aux uns l'intolérance qui concentre et isole, aux autres la réceptivité qui étend et assimile ; à ceux-ci l'énergie dirigée vers un seul but, à ceux-là l'activité incessante portée dans toutes les directions ; d'une part une seule nationalité compacte, de l'autre une immense extension de la race divisée en une foule de peuples divers : des deux côtés exactement ce qu'il fallait pour accomplir les desseins providentiels. Ne voir dans cette disposition qu'un simple jeu du hasard, c'est vouloir fermer les yeux à la lumière.
Ainsij tandis que les Hébreux conservaient inaltéré le trésor de vérité confié à leur garde, les Aryas, déjà dispersés au loin, déployaient partout l'activité propre à leur race, formant des nationalités nouvelles, fondant des empires et des républiques, développant l'industrie et les sciences, faisant sortir de leur polythéisme même d'admirables créations de la poésie, de la sculpture et de l'architecture, tout en cherchant à se dégager de ses erreurs par la philosophie, avançant et reculant tour à tour, mais, en définitive, avançant toujours: car c'est le propre du principe de la liberté de s'égarer pour revenir au bien, et do conquérir la vérité en passant par l'erreur. Ce prodigieux mouvement des peuples ariens n'est pas le même partout, et, tantôt arrêté, tantôt détourné de sa marche naturelle,
il ne produit pas toujours les mêmes fruits. Mais où se concentre-t-il avec le plus de puissance? Là précisément où, parvenu à son terme sans avoir atteint le but, il se trouve prêt à recevoir la lumière nouvelle qui vient éclairer le monde : lumière née au sein du judaïsme, et que le judaïsme repousse dans son attachement obstiné à un monothéisme trop exclusif. Cette religion du Christ, destinée à rester le flambeau de l'humanité, c'est le génie grec qui l'accueille, c'est la puissance romaine qui la propage au loin, c'est l'énergie germa^ nique qui lui donne une nouvelle force, c'est la race entière des Aryas européens qui, sous son influence bienfaisante, et à travers mille combats, s'élève peu à peu jusqu'à la civilisation moderne. Encore aujourd'hui, ce sont eux qui répandent sur le globe entier, et la lumière religieuse, et le progrès universel, destinés qu'ils sont à en devenir les dominateurs. Et n'est-il pas curieux de voir les Aryas de l'Europe, après une séparation de quatre à cinq mille ans, rejoindre par un immense circuit leurs frères inconnus de l'Inde, les dominer en leur apportant les éléments d'une civilisation supérieure, et retrouver chez eux les anciens titres d'une commune origine ? Que ces grands mouvements ne se soient accomplis qu'au prix de bien des résistances, de bien des luttes sanglantes, de bien des perturbations formidables, c'est ce qui résulte nécessairement des conflits de la liberté humaine ; mais en se continuant de nos jours, ils tendent, et tendront de plus en plus, à s'opérer dans un esprit de justice et de tolérance. C'est ainsi que cette race des Aryas, privilégiée entre toutes les autres, aura été l'instrument principal des desseins de Dieu sur les destinées de l'homme terrestre.
Je considère comme le principal résultat du travail que je termine ici d'avoir pu remonter jusqu'aux origines de cette
race qui est la nôtre, et y retrouver, en quelque sorte à l'état latent, le3 forces qui devaient prendre un si puissant essor. Ce qui oie paraît avoir distingué essentiellement les Aryas primitif avant tout développement ultérieur, c'est l'équilibre harmonieux des facultés et des aptitudes, qui se révèle déjà à un haut degré dans la formation même de leur langue, et qui a présidé dès le début à leur organisation sociale. Un naturel heureux, où l'énergie était tempérée par la douceur, une imagination vive et une raison forte, une intelligence active et un esprit ouvert aux impressions du beau, un sentiment vrai du droit et du devoir, une moralité saine et des instincts religieux d'un caractère élevé, telles sont les qualités dont l'ensemble leur donnait, avec la conscience de leur valeur propre, l'amour de la liberté et le désir constant du progrès. C'est par cette rcunkm, unique peut>-être au même degré, des dons dispensés partout ailleurs avec plus de parcimonie, que les Aryas se sont élevés au premier rang, en accomplissant leur tâche providentielle.
Arrivé au terme de cet essai d'une paléontologie linguistique, je ne me dissimule point tout ce qu'il laisse encore à désirer. Dans cet édifice que j'ai cherché à reconstruire, on signalera sans doute bien des lacunes et des parties faibles, on y reluvera plus d'une erreur de détail ; mais j'ai la confiance que lee bases en sont solides, et que rien d'essentiel n'y sera changé. Je n'ai d'autre ambition, quant à moi, que d'avoir préparé un achèvement réservé à l'avenir, et je finis en disant avec Cicéron: Cujus rei tantœ tamque dijfficilis facultatem con- Mcufnm esse me non profiteor ; secutum esse prœ me fero {De nui. Deor.y 5).