LE BEAU-PÈRE ET LA BELLE-MÈRE
Lorsque le fils et la fille, parvenus à l'âge nubile, se marient, les rapports de parenté se multiplient pour chacun des
membres de la famille. La paternité devient double en quelque sorte, et les parents des deux époux reçoivent de nouveaux noms pour exprimer ces rapports nouveaux. Ceux du beaupère et de la belle-mère se sont conservés, dès les temps les plus anciens, d'une manière aussi complète que pour le père et la mère, le frère et la sœur, ainsi qu'on le verra par le tableau qui suit.
Scr. çvaçura, m., beau-père, et, en général, homme vénérable, çvaçrû, f., belle-mère.
Zend qaçura; pers. chumrû, cha&ûr, chasar, chasû, m., ckà- 8Ûr, chasû, châsh, chus, f. — Kourde kasû, m. (Garz.), cÀoona, f. (Lerch.) Armén. skesur, m., skesra, f.
Gr. tKVfoç, m., ixupa,, f.
Lat. socer, m., socrus, f.
Cymrique chwegrwn, m., chwegr, f.; corn, hvigeren, m., hveger, f .
Goth. svaihra, m., svaihrâ, f.; ags. sweor, m., eweger, f.; scand. svara, f.; anc. ail. suehur, m., suigar, f., etc.
Lith. szeszuras, m.
Ane. si. svekrû, m., svekriîvï, svekry, f.; russe svehorû, m., svekrovï, f., pol. svriekier, m., suriekra, f., illyr. svekar, m., xvekarva, f., etc.
Alban. yjecher, yjerr, m., vjechere, vjerre, f.
Ces noms désignent généralement le père et la mère, soit du mari, soit de la femme. Quelques langues seulement font une distinction à cet égard. Ainsi le gr. Ttv&tpoç, -tpci> et le lithuanien oszms, oszwe, ne s'entendent que des parents de la femme.
L'étymologie de çvaçura est encore débattue, mais on s'accorde à reconnaître, d'après la comparaison des langues congénères, que la forme véritable a dû être svaçura. Weber
(Z. S., VI, 319) décompose ce mot en su~aç-ura, de su, bene, et de la rac. aç, permeare (durchdringen); et du sens bien vague qni en résulterait, il arrive à voir dans le beau-père, l'homme actif, celui qui fait bien les choses (der in guter weise schaffende, der rûhrigé). Mais comment une semblable épithète caractériserait-elle la position du beau-père vis-à-vis du gendre, puisqu'elle pourrait tout aussi bien être appliquée au second par le premier? Je crois donc que Benfey est beaucoup plus près du vrai, quand il divise ce nom en sva-çura, de sva, proprius, employé comme possessif pour les trois personnes, meus, tuus, 8UU8, et rapporté ici au gendre ou à la bru, et de çura = çûra, homme fort, héros, maître. Cf. Kvptoç, seigneur, maître, Kvpoç, puissance,etc. (Cf. t. II, p. 256). On considère dès lors cet appellatif comme un titre d'honneur, analogue à notre mot beau-père, et au synonyme sansc. pûjya, c'est-à-dire venerandus. Mais ce qui me paraît achever la démonstration, c'est qu'un appellatif exactement équivalent s'applique au beau-frère du côté de la femme, à savoir âtmavîra, de âtman, ici = sva, et de vira, homme fort, héros, et qu'il est aussi désigné par le titre de çvaçwrya; cf. kvjhoç. *