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LE GENDRE ET LA BRU

Les noms du gendre se confondent quelquefois avec ceux de l'époux, comme on l'a vu déjà à l'article du mariage, où la ressemblance des racines gara, yam,§an, et de leurs dérivés, jette quelque confusion dans les termes à comparer. Ces derniers sont d'ailleurs en assez petit nombre, et n'offrent que des

* Cf. à l'appui Curtius (Gr. EU1, 130).

coïncidences trop partielles pour permettre de reconûaîtreavec sûreté quelle était la dénomination primitive. Le sanscrit a des termes qui lui sont exclusivement propres, tels que vara, signifiant aussi époux, celui qui choisit la femme, de vr, eligere, vivâhya, le marié, de vivâha, mariage, racine vah (Cf. p. 8), vifpati, le maître de la fille (viç), d'après Wilson, mais non D. P. Ici viç peut être l'équivalent de pratfâ, pra§âpatif le maître de la progéniture, c'est-à-dire des petits enfants, $ amateur, qui reviendra plus loin, etc. Aucun de ces noms ne se retrouve dans les langues européennes, qui cependant en possèdent plusieurs d'une origine certainement ancienne. Jh ont été déjà l'objet de quelques remarques incidentes au § 2&2 ; j'y reviens ici pour les réunir et les compléter.

1) Le gr. ycb/JopoÇi gendre, est sûrement pour yet/jupoç ou yctfUfoç(CL ctfiSfOTOç, pour ÀfÂforoç = scr. am?*ta)etse rattache à yctfjuo, y&iAAûû) épouser, le scr. gam} adiré femînam (Cf. p. 11). Ce nom est peut-être proethnique, car il se retrouve dans l'armor.^0r,pour gémer, comme gével, jumeau , pour gemel} le lat. gemellus, et il n'y est, à coup sûr, pas venu du grec.

On rapproche ordinairement yeLfjJofoç du sansc. tfâmâtar} gendre, mais je ne sais en vérité comment on peut apparenter ces deux formes sans leur faire violence. D'ailleurs le mot sanscrit, qui s'applique à l'époux aussi bien qu'au gendre, a une étymologie parfaitement claire; il vient de fjâ, progéniture, race (Cf. tfâvat, progeniem habens, tfâspati, père de famille), et de mâtar, m., dans le sens de créateur, producteur, racine ma, creare.1 Le gendre est ainsi celui qui propage la race du beau-père en lui donnant des petit —

1 Cf. zend zâmâtar, gendre, de zan (Justi, 125).

enfants, 1 tandis que yctfiGpoç n'exprime que la qualité du mari de la fille.

On a comparé encore avec §âmâtar le pers. dâmâd, gendre, mari, mais aussi beau-père, et proche parent en général, d'où dâmâdî, parenté. On a bien, il est vrai, quelques exemples au moins spécieux du changement de ^ en d dans le persan; mais le rapprochement ci-dessus devient douteux en présenoe du cymrique dauu, daw, dawf, gendre, primitivement dâm, corn, do/, armor. dof, deuf et dan, de danv. Cf. irl. ddimh, erse daimfieach, parent. C'est là probablement le sens primitif, lequel conduirait à rattacher plutôt dâmâd à l'antique nom de la maison et de la famille, dama. H est à remarquer que dâmâl, en persan, signifie ustensiles domestiques. Le kourde zdva, gendre, époux, que l'on a également comparé, appartient sans doute directement au kourde zà, generare = scr. §an.

2) C'est aussi à cette même racine, et avec le sens de générateur, que se rattache le lat. gêner, qui désigne soit le gendre, soit le mari de la sœur. En sanscrit, c'est la bru, gani, proprement la femme féconde, ou ganikâ, diminutif, qui tire son nom de §an, et le D. P. y rapporte également §âmi, gâmâ, bru et femme, avec la suppression ordinaire del'n devant le suffixe. Des appellatifs d'origine semblable sont le lith. zéntas, gendre, iente, belle-sœur, iéntine, fille mariée, ainsi que l'ancien si. zëtï, gendre, russe ziatï, pol. ziéé, ifl. zet, etc. Cf. scr. gati, père, pour fianti.

3) Ce que nous avons dit du gendre s'applique aussi à la bru, dont les noms désignent parfois la femme. Ainsi, en sans-

1 II est curieux de retrouver la même manière de désigner le gendre dans le caraïbe hibâli muku, c'est-à-dire qui fait les petitsenfants (Hist. nat. des Antilles, par de Rochefort, 1658, p. 518).

crit, §ani et garni, cités plus haut, et vadhû, vadhutî, épouse et bru (Cf. p. 9). Ce dernier terme doit être proethnique, car il se retrouve dans le cymrique gwaudd, ancien corn. guhit, armor. gouhéz, gouhé, belle-fille. Le scr. navavarikâj bru, proprement nova nupta, comme Fane. si. neviestay rappelle singulièrement le lat. noverca, marâtre, c'est-à-dire nouvelle femme du père.

Nous possédons toutefois d'une manière plus sûre un ancien nom arien de la belle-fille, qui s'est maintenu mieux qu'aucun de ceux du gendre; savoir :

Scr. snusM.

Pers. sunah, sunâr, sunhâr; armén. nu, pour ëtiu,

Gt. woçy pour wo-oç, iwvoç, pour iayvo'oç, avec un % prosthétique (Cf. Kuhn, Z. S., II, 263). 1

Lat. nurus, pour nusus.

Anglo-sax. snoru, anc. ail. mura, ail. mod. schnnr, avec r pour s.

Lith. nosza (?) diffère par son sens de sœur du mari,

Anc. si. snûcha, russe snocha.

Le thème primitif a très-probablement, et de toute ancienneté, subi une contraction qui est restée partout. Par une conjecture ingénieuse, Pott fait venir snushâ de sahvasâ^ sam, cum + vas, habitare, au part. pas. ushita, etc. (EL F.7 I, 230), celle qui demeure avec le beau-père, ce qui en ferait un synonyme étymologique de svasar, la sœur ( Vid. supra).2

1 Ici se rattache l'albanais nouseia, avec le sens de nouvelle mariée (Hahn,ilfôan.£tud.,p. 114).

« Pott y revient encore ( WWb., 2, 2, 478 et 4, 326), en qualifiant son explication d'irréfutable (unbestreitbar), et en ajoutant, par forme de boutade, ailes entgegengeseztes gefasels atigeachtety malgré tous les bavardages contraires !

Mais on peut présumer, avec plus de raison peut-être, que nshâ est pour mnushâ et dérivé de mnu, fils, comme ma- Ttusha, homme, de manu.1 Ce nom désignait ainsi la bru comme la femme du fils, le scand. sonarkona. Le pol. synowa, belle-fille, de *yn, fils, en est une forme moderne, mais parfaitement équivalente.2

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