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LE ROI

Si la comparaison des noms du peuple ne suffit pas à prouver que les anciens Aryas n'aient formé 'qu'une seule nation compacte, elle indique du moins que leurs communautés sociales avaient atteint un certain degré de développement Une preuve plus décisive encore de ce feit se trouve dans les termes qui désignaient le roi comme chef suprême, si ce n'est du peuple entier, au moins de la peuplade ou tribu.

1) Le groupe principal, et déjà souvent signalé, est le suivant :

Scr. râ§, râtfan, roi, râtfnî, reine. Cf. r*^*, chef.

Zend ratfi, royaume (Spiegel, Avesta, II, p. 100, 211). m

Lat. rex, régis; regina, etc.

W*ÇP*fïy

Ane. irland. rty gén. Hg (Z.*, 20), mod. righ, riogh, roi; raieneach, reine (O'R.); thème rtgan (?). (Cf. Bbel, ifcftr., I, 399.) — Cymr. rAt, chef. — Cf. rûr, r^w, si fréquent dans les anciens noms gaulois.

Goth. reiks, chef, reiki} domination, reikinôn, régner, etc., mil», adj., honoré, digne; ags. rici, regnum, scand. rtlri, anc. allemand rtchi, id.; ags. rîc, scand. rîlcr, anc. allemand rîchi, potens, dives, et, respectivement, ricêian, rîkia, rîchan ou rîcMêon, regere, d'où l'ancien allemand rîchendi, regens, regnator, etc.

La racine, en sanscrit, est râtf, regere, regem esse, dans les Vôdas, puis splendere; cf. ra$, arfa réff, lucere, aoception seoondaire sans doute et dérivée de la notion de se mouvoir en ligne droite comme le rayon, laquelle explique aussi le sens de regere = dirigere. Râ$ est également une forme secondaire pour f§} ra§y comme le montrent r§u, rectus, au superl. ratfishfha, et f^ra^ dux. Cf. ù-fky&> s'étendre (en ligne droite), goth. uf-rakjan, étendre, etc.; lat. rego et rectue; ags. recan (geràht), encore verbe fort, regere, curare, mais riht} goth. raihtê} scand. rettr, anc. allem. rekt = lat rectue, etc. Cela rend compte des variations de la voyelle, <$, é, ei, t, dans le nom du roi, qui a désigné primitivement le directeur, le guide. f Si plus tard les Indiens ont rattaché leur râtfan à râ$, splendere, cela s'explique par l'éclat dont ils entouraient la royauté.2

1 Cf. Kuhn. Ind. Stud., 1, 332. Lassen, Ind. AIL, I, 808.

f Suivant Weber (Betfr., 4, 283), les deux racines râg, regere, et râg, splendere, doivent être séparées, la première se rattachant à ra$, rectum esse, et la seconde à (irg, rangy splendere. Cependant le D. P. ne les distingue pas et donne, comme première signification, dominer, régner, être le premier ; puis, secondairement, se distinguer, être en vue, briller, etc.

2) Sci\ bharatha, bkararufa, roi, maître, propr. sustentator, de bkty bftar (Cf. p. 20); bharanyu, maître.

Pers, bârii roi. Cf. bâr, bârah, Dieu, c'est-à-dire maître.

Irl barnj baran, homme noble, juge; cymr. barnwr, barnyddy armor. borner, id. — Ane. irland. brithem, judex (Z.5, 858), mod. breUh, breitheamh, etc. Cf. anglo-sax. bearn, prince, ri lef ; bryta^ brytta, maître, seigneur. Ici, peut-être, se rattache le gaul Brennu*, de brenius, berenius (?) =scr. bharanyu, probablement un titre de chef de tribu. Cf. anc. corn. brenniaty^roreta, c'est-à-dire maître du navire (Z.*, 1070). On compare ordinairement le cymr. brenin, brennin, roi; mais Zeuss l'en sépare à cause des anciennes formes brennMn, breenhin, suivant lui contractées de bregentin et dérivées de breg, brig, sublimis, altos (Ib., 86, 141). H aurait pu s'appuyer en cela sur l'anglo-sax* brego, rex, dux, peut-être celtique puisqu'il manque aux autres langues germaniques. Cf. scr. vêd. brh, e xtollere, d'où brhat, brhant, grand, etc.

3) Scr. puri, roi, souverain.

Cymr. por, souverain, seigneur.

Goth. frauja, dominus, ags. frea, freo, scand. /ru, anc. ail. frâ et au féminin frouwa, frôwa, domina, devenu femme en général dans l'ail mod./rau.

Le Dhàtup. donne une racine pur, anteire, precedere, à laquelle puri est rattaché dans Wilson. En tout cas, ce nom du roi se lie sûrement à pura8,purâ9 ante, pûrva, pûrvya, anterïor, etc., tout comme le goth. frauja à faur, /aura, anc all/urt, ante, etc. C'est là toutefois une formation archaïque, et Potfc rapproche frauja du sansc. pûrvya, zend paourvya, paoirya, primus, primarius {Et. F., I, 525, 2e édit.). Par contre, Pane, ail furisto, prince, chef, ags. fyrst, Scandinave fyrsti, etep, superlatif de furi, est d'une provenance pure-

ment germanique. Cf. aussi avec puri, roi, le vêdiq. puraétar, chef, littér. prœ^itor = prœtor ( Benfey, Sam. Vêd. GL, p. 124, et D. P.).

4) J'ai parlé déjà, au § 175, des noms sanscrits du roi qui se rattachent aux souvenirs de la vie pastorale, gôpa, gôpati, ffôpâla, etc. Je n'y reviens ici que pour rappeler que le pa, pâla, de ces composés et d'autres analogues, nrpa, bhûpa, bhûpâlaj etc., se retrouve dans l'irl./o et fdl, roi, prince, cymr. jffelaig, souverain, et le grec TreùAftuç, roi, avec un nouveau

suffixe.

5) Le gr. (Zcuritevç est purement hellénique, mais son étymologie probable de fictive* et de Mvç (dorique) = \&ç9 pierre, conduit à quelques rapprochements qui semblent nous révéler une coutume des temps primitifs, celle de faire monter le roi sur une pierre lors de sa consécration.1 On sait que, chez les anciens Irlandais, cette pierre s'appelait liafdil, la pierre du roi, et que, transportée d'abord en Ecosse, elle est conservée maintenant à Londres dans l'abbaye de Westminster. Grimm observe que les anciens Germains élevaient le nouveau roi sur un bouclier (Deiti. R. Ait., p. 234); mais il rapporte de plus, d'après YUpsala antiqua de Scheffer (1666), p. 342, une tradition suédoise où l'on voit que le roi était élevé sur une pierre.2 Je trouve encore un exemple remarquable de cet usage en Orient. Mayendorf, dans son voyage d'Orenbourg à Boukhara, 1826, p. 160, dit qu'il existe à Samarcande une

1 Cf. Kuhn, Ind. Stud., I, 334. Il rappelle à cette occasion le vers de Y Iliade, xvm, 503, où Ton voit les vieillards assis en cercle sur des pierres polies.

* Ib.y p. 236. Stabat ergo noviter electus rex in lapide, stabatque non nisu proprio, sed consensn manibusque procerum in eum subievatus.

pierre carrée d'un marbre bleuâtre, appelée kouk-tachf sur laquelle le khan de Boukharîe doit s'asseoir à son avènement au trône. Nous avons ainsi, chez quatre peuples de la famille arienne 3 des indices d'une antique coutume qui pourrait bien remonter jusqu'aux Âryas primitifs, et faire présumer que la royauté était soumise alors au principe de l'élection. 1

1 On sait, d'après Tacite (German^ 7), qu'il en était ainai chez les anciens Germains.

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