‹ Les origines liturgiques;Chapitre 25 sur 70 · ALCUIN · texte numérisé non relu

ALCUIN

Ignosce mihi, quaesumus, Domine, quem maculate vitae, etc. (Liber Sacram. Migne, P. L., t. ci, col. 449.)

Memores sumus... gloriosissimae passionis filii tui, resurrectionis etiam, etc. (Super oblata, ibid., col. 449.)

Qui novit te novit aeternitatem, o aeterna veritas, etc.

(Praefatio, ibid., col. 447.)

Offerentes tibi, Domine, hostiam jubilationis pro delictis nostris. (Ibid., col. 450.)

Doce me scientiam scriplurarum... sic contine ut non

cadam (Ibid., col. 447.)

Si mala respexeris mea tartarea tormenta vix sufficiunt,

etc. (Ibid., col. 447.)

(1) Alcuin, dans Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, col,

1072 sq.

Nous pourrions citer plusieurs autres passages parallèles, mais ceux-ci suffisent amplement à démontrer qu'Alcuin a puisé à pleines mains dans le Liber ordinum ou dans un document qui lui est apparenté de très près. Ce qui est intéressant à constater, c'est que ces emprunts se trouvent dans des messes qui sont intitulées dans Alcuin Missae sancti Augustini. La question de l'origine de ces messes était jusqu'ici un problème pour les liturgistes. Ces rapprochements en donnent, croyonsnous, la solution. C’est Alcuin qui a donné à ces emprunts, on ne voit pas trop pourquoi, ce titre de Missae S. Augustini; leur origine est mozarabe (1).

Mais il y a mieux. Parmi ces passages empruntés par Alcuin au Liber ordinum ou aux autres livres de la liturgie mozarabe, il en est plusieurs que nous avons retrouvés dans la fameuse messe latine dite de Flacius Illyricus sur laquelle on a tant disserté au xvu° et au xvin° siècle. Nous croyons par ces emprunts être en mesure de prouver que l’auteur de cette messe, dont les protestants voulurent tirer avantage contre l’Église romaine, n'est autre qu'Alcuin, l'homme peut-être qui en son siècle a le plus travaillé pour introduire en Gaule la liturgie romaine, et qu'il a composé cette messe à l’aide de formules tirées pour la plupart de la liturgie mozarabe. Nous nous réservons de revenir ailleurs sur cette question qui demanderait une trop longue démonstration (2).

Un des mérites de l'éditeur sera du reste d’avoir fourni aux liturgistes un texte précieux sur lequel ils pourront travailler longtemps sans l’épuiser.

Le premier problème qui se pose, et que l’on peut appeler un problème brülant pour les liturgistes, c’est celui de l’origine même du rite mozarabe. Dom Férotin croit pouvoir affirmer

(x) Voir ci-après l’Appendice G sur les messes de saint Augustin.

(2) Voir notre article sur la Messe de Flacius Illyricus dans la Revue bénédictine, 1905, p. 151-164. L'article du P.S. Braun, S. J., publié ensuite dans les Stimmen aus Maria-Laach, 1905, n. vi, p. 143-155, contient des remarques intéressantes. Je dois dire pourtant que sa thèse ne m’a pas convaincu. Selon lui cette messe serait du xr° siècle seulement.

que, dans son ensemble, il n'est pas d'origine orientale; c’est, une liturgie occidentale dont le cadre général et de nombreux rites ont été importés d'Italie, probablement de Rome (1). Le reste, choix des lectures, formules, mélodies, est l’œuvre des. évêques, des docteurs, des mélodes de la péninsule, avec quel= ques emprunts à la liturgie d'Afrique et des Gaules. Cette solution nous paraît assez vraisemblable, mais l’auteur n’a pas apporté de preuves; il se réserve sans doute d'en faire ailleurs la démonstration détaillée que réclame une question aussi délicate. Il faudra dire aussi quelque jour, autant que possible, quelle fut la mesure de ces emprunts. Ce n'est pas tout; l’auteur croit qu'une grande partie de ces formules sont antérieures même à l'époque de saint Isidore. Il faudra chercher quels sont done ces docteurs anonymes assez éloquents et assez profonds pour avoir écrit ces grandes pages théologiques.

Nous ne pouvons l’établir ici. Aux rapprochements avec la liturgie d'Afrique déjà donnés en note par dom Férotin, contentons-nous d'ajouter quelques faits : le memento mei Domine, dum veneris in regnum tuum (2) est indiqué comme faisant partie du rite de la pénitence par Verecundus, auteur africain peu connu du v° siècle (3). La reconciliatio donatiste me paraît encore un africanisme. L’allocution dans la traditio symboli est empruntée à saint Augustin; le terme de cart appliqué aux défunts est déjà dans saint Cyprien (4) ; l'avant-messe a trois leçons comme en Afrique; l’immarcescibile corona decorari (5) est peut-être à rapprocher de l'expression inmarcibili corona tribuet Deus, d'une inscription africaine (6). Il y a aussi une cer taine analogie, qui à elle seule, il est vrai, ne serait pas suffisamment démonstrative,-dans l'emploi des cantiques, notamment celui de Manassé.

(1) Introduction, p. xu.

(2) Liber ordinum, p. 89, cf. p. 110.

(3) Dans Pitra, Spicil. Solesm., t. 1v, p. 99 sq.

(4) Liber ordinum, p. 184, 185.

(5) Liber ordinum, p. 416.

(6) Bull. épigr. de la Gaule, 1883, t. x, p. 202; Bull. d'Oran, 1884, pl. vu, cf. 128 sq.; Schmidt, dans Ephem. epigr., 1884, t. v, p. 425, 824:

Une question moins compliquée peut-être à étudier c’est celle de la composition du Liber ordinum. Primitivement les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament suffisaient à peu près à tout pour l’accomplissement des rites chrétiens. Il yÿ eut sans doute de bonne heure quelques formules essentielles qui se transmettaient de vive voix, le reste était laissé à l’impro-

wisation du célébrant qui, du reste, suivait un thème connu et

fixé d'avance. Dès le rv° siècle, au moins, on aperçoit la trace de tentatives faites pour recueillir les prières et les formules de l'office divin. Quelle méthode suivit-on dans la rédaction de ces livres, c'est ce qu'il n’est pas facile de dire. Les plus anciens livres liturgiques (et ceux-là ne remontent pas au delà du wir siècle) témoignent d’une certaine confusion. Ce qui aujourd'hui se rapporte à des livres différents, missel, pontifical, rituel, bréviaire, se trouve réuni dans un même recueil. C’est le cas de notre Liber ordinum dont la composition primitive appartient à une époque probablement assez reculée, le vi° ou le vu‘ siècle. Il a sans doute reçu des additions postérieures, de même qu'il contient aussi, comme la plupart des livres liturgiques, des rites et des oraisons qui peuvent remonter au 1v° siècle et même au delà. Dans sa rédaction définitive qui est du x siècle, il a gardé un peu cette apparence composite. À première vue et sans entrer à fond dans la question des provenances diverses qui pourrait nous entrainer loin, il semble qu'il soit sorti de la combinaison de deux livres liturgiques différents (1): un rituel proprement dit et une sorte de sacramentaire contenant des messes votives (2). Au premier de ces livres appartiennent les bénédictions de l'huile, du sel, de l’eau, avec une riche collection d’exorcismes, un ordo baptismi, les rites des ordinations depuis les plus infimes degrés de la cléricature jusqu'aux sousdiacres, diacres, archidiacres, primiciers, prêtres, abbés, bénédiction des vierges, des abbesses, rites pour les veuves, les convers,

(x) A l'appui de cette opinion, cf. A. Gastoué, Un rituel noté de la province de Milan du X° siècle, Rome, 1903, Pp I.

(2) Il faut remarquer cependant si cette hypothèse est exacte, que la plupart des messes du sacramentaire correspondent aux cérémonies du rituel.

onction des infirmes, un rituel de pénitence etun rituel fl raire, enfin un certain nombre de bénédictions comme celles qui sont contenues dans la dernière partie de nos rituels. modernes. Peut-être faudrait-il considérer à part un ordo con tenant les cérémonies de la semaine sainte, et qui vient à l& suite des bénédictions.

De cette première partie nous ne dirons rien plutôt que ‘4 dire trop peu, mais nous ne craignons pas de promettre à l'é teur que ce document prendra place à côté du pontifical d' Fe bert, comme un des trésors liturgiques les plus précieux du haut moyen âge. 4

La deuxième partie contient une collection de messes votives qui apportent quelques éléments nouveaux dans la question si discutée en ce moment du canon romain.

Cette courte analyse du contenu du Liber ne peut révéler toutes les richesses de ce livre. On ne peut que signaler quelques points plus particulièrement intéressants pour l'his® toire liturgique.

La première de ces messes est appelée d’un titre significatif Missa sancti Petri apostoli romensis (1). Ce titre correspond à, celui de missa romensis employé dans d'autres sacramentairesk Malheureusement le texte est mutilé et le canon commencé avec les mots : et accepta habere sicuti accepta habere, etc. La missa qui suit est la missa omnimoda ou messe commune (2}; elle est des plus intéressantes. Elle donne l'ordinaire de Ja messe, le canon mozarabe et l’oraison super nomina conçue dans un style très ancien, avec la liste détaillée des noms de ceux qui offrent. Les formules super nomina du Liber me sont pas, du reste, une de ses particularités les moins remars quables. Celle de la missa singularis n° xv (p. 307) fait men: tion des diptyques sur lesquels on lit les noms de ceux qui offrent. Les fidèles s’excusent de donner si peu; ils demandent

(x) P. 227 sq.

(2) Plusieurs sacramentaires ont une Missa omnimoda; aux renseignements déjà connus sur cette messe, je signale ceux que donne en note dom Férotin,

le | APPENDICE D. — LA LITURGIE ET LE LIBER ORDINUM 221

que Dieu regarde surtout l'intention. Ces diptyques corres- | pondent au Livre de vie écrit au ciel, et si les fidèles n’ont pas | Ja prétention d'être inscrits aux premières pages avec les saints, ils se contenteront de la mention de leur nom dans les dernières. | Gette oraison et quelques autres de même nature jettent une | singulière lumière sur la nature de l'offertoire, des diptyques, | des memento etappuient certaines hypothèses récemment émises et en contredisent quelques autres. La formule de consécration, qui se présente sous deux formes différentes, est aussi à noter, ainsi que l'absence de la prière adesto, confirmation de l'opinion qui la regardait comme une interpolation. Les deux formules de memento sous forme litanique et après le Pater, la formule de fraction, l’oraison ad accedentes, tous ces rites anciens, entremêlés de formules romaines, ouvrent des perspec- | tives nouvelles devant les chercheurs.

| … Le rituel de la semaine sainte ne présente pas un moindre | intérêt. Si cette partie du rituel, dit dom Férotin, est de même | date que l’ensemble du reste des formules, nous avons là le | plus ancien texte de la bénédiction des rameaux et de la pro-

| cession.

| Les formules données ici différent de celles du Missel moza-

| yabe imprimé; elles sont bien plus anciennes et bien plus riches. Nous en citerons une pour donner un exemple de ce grand style liturgique :

Aime Pater, omnipotens Rex, omnium creator et domine, , | cujus super ethera sedis est, quem nullus cernit, et omnis laudat | | in excelsis celica dulcium fragore potestas : qui ut genus huma- . num a cremine mortis erueres, et paradisi gaudüs participem faceres. Unigenitum Filium tuum, Dominum nostrum Jhesum Christum ineffabili pietate plenum ad terras mittere es digna- | dus, ob prisce legis sacramenta et profetica adimplens, sedens super pullum asine Jherusalem civitatem intraret, et ab omni populo laudis concentum consona voce Osanna clamantis audiret; ob hoc et nos indigni laudes eius omni cum letitia concinnentes, te supplices quæsumus, te humiles flagitamus, ut ‘nos

adminiculo dextere tue a cunctis malis liberatos, ab omni etia desiderio avertas erroris et suffragüs tue gratie circumsep perenniter iubeas conservare timoris (1). |

C'est au dimanche des Rameaux que se fait la tradition du symbole aux catéchumènes, comme chez les gallicans. Le texl du symbole qui est donné est celui du symbole des apôtres (2 . | avec des variantes qui ne manqueront pas d’attirer l’attentioi des spécialistes ; notons seulement celle-ci : qui natus est de Spë ritu sancto et Maria Virgine... descendit ad inferna... resur, reæit vivus a mortuis… remissionem OMNIUM peccatorum. L'er plication du symbole qui suit est Be l'éditeur ne nous dit pas pourquoi (3). |

Le jeudi saint il y a un office pour É Tituli ou églises &lo gnées, un autre pour l'église principale, avec dépouillement. des autels, lavement des pieds, etc.

L'office du vendredi saint possède une longue hymne inédit . ab ore Verbum prolatum, qui vient enrichir l'hymnaiïre mozæ rabe. Le rite pro indulgentia est ici décrit tout au long.

L'office du samedi saint diffère du missel mozarabe imprimé et nous offre aussi une riche collection de formules. Celles pour la bénédiction du cierge pascal sont assezéloignées de la romaine C'est à ce jour que se trouve aussi l’ordo baptizandi qui à lui seul mériterait une étude.

Le rituel funéraire est remarquable par l'abondance de ses formules et la richesses de ses rites. La première partie du Liber ordinum contient un ensemble de psaumes, d'oraisons, dem bénédictions, d’acclamations et de supplications pour la mort et la sépulture des fidèles. Les messes pro defunctis, nombreuses, et riches, sont renvoyées à la seconde partie. Elles serviront sans aucun doute à éclairer la question encore obscure de l'ori gine des rites funéraires dans l'Église latine. Sur ce point, 4 comme surles autres, la liturgie mozarabe, tout en empruntant

(x) Liber ordinum, P- 180.

(2) Contrairement à ce que croit Harnack, cf. Kattenbusch, Das aposts.

Symbol., t. x, p. 802, n. 67.

certains éléments étrangers, à été créatrice. Une partie de ces formules et de ces rites est autochtone.

Bien d'autres remarques resteraient sans doute à faire; nous mavons prétendu que donner une idée de cet important ouvrage ; c'est l'avantage de pareils travaux de susciter les recherches. Aussi bien serait-il temps, avant de terminer, de féliciter l’auteur. Il a eu tout d’abord le mérite de trouver deux manuscrits précieux du Liber ordinum, et sa connaissance des biblio thèques espagnoles lui a permis de les compléter opportunément par d'autres documents. Le texte qu'il nous a donné est donc établi sur une base critique vraiment sérieuse et l’avenir n’y pourra apporter que de légères améliorations. Quand on sait avec quelle négligence ou quelle fantaisie ont été traités par le passé les textes liturgiques, on ne peut qu'applaudir au zèle et au soin de l'éditeur. Surtout il faut lui tenir compte de n'avoir pas mélangé et combiné ses divers documents comme Gerbert et plusieurs de ses émules, et même comme l'impeccable Thomasi, de telle façon qu'il devient presque impossible d'en distinguer la provenance. Les cinq calendriers mozarabes constituent par eux-mêmes une découverte importante. Les notes sont rares et sobres, relativement au moins à ce qu'un texte pareil eût pu comporter. De cela, encore nous le louerons, car avant tout nous avons besoin en ce moment de textes liturgiques corrects ; l’érudition de l’auteur et sa compétence ès choses d'Espagne sont du reste indiscutables ; on en aura des preuves dans ses études si intéressantes données en appendices sur le sacre des rois de Tolède, la dédicace des églises, l'annonce des fêtes dans la liturgie mozarabe, l’Horologium mozarabe, les doxologies, ainsi que dans sa restitution du sacre des évêques en Espagne. Mais où il mérite surtout, selon nous, d'être proposé en exemple à tous les éditeurs, sans exception, de monuments liturgiques, c’est dans ses admirables et laborieuses tables qui doublent sans conteste l'utilité de cet ouvrage. Nous ne dirons rien de l’Index philologique, ou lexique : mais nous attirerons surtout l’attention sur la table alphabétique des formules ; ici l'éditeur a même donné plus qu'on n’était en droit

vn ORIGINES LITURGIQUES |

d'attendre, car le dépouillement porte non pas seulemer sur le Liber ordinum, mais sur tous les livres connus de 1 liturgie mozarabe, c’est dire qu'il nous donne, en cent quatre vingts pages, le répertoire le plus complet, une sorte de clef d la liturgie mozarabe. Très intéressant aussi et soigneusemen! rédigé l’index général qui termine l'ouvrage et devient aussi ur! instrument de premier ordre pour l'étude du Liber ordinum Le jour où tous les éditeurs de textes liturgiques auront com: pris leur devoir comme dom Férotin, on peut dire que ces études seront entrées dans la voie vraiment scientifique, qui seule permettra les sérieux progrès.

APPENDICE E

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